11/12/2013

Cuba ( épisode 6 )

En effet, cela fait quelques mois que l’inspiration et surtout le manque de temps n’oeuvrait pas en ma faveur. Les jours, les semaines, les mois défilent...8 mois déjà !
Mais tout de même, réussir à puiser dans ses souvenirs toujours intactes est une évasion réconfortante qui réchauffe le cœur. Voici ma petite brève de Cuba, ( suite de l’épisode 5 ).

 

Après avoir pris le temps de me rendre à la banque pour retirer quelques espèces pour notre taxi, ainsi qu’en prévision de diverses dépenses que nous aurons sûrement dans la journée. Je m’aperçois, arrivé devant le guichet que le seul bureau de change du village connaît une panne informatique ce matin !! Bref, on oublie… Nous verrons cela plus tard à Pinar.

De retour à la casa deux individus nous attendent déjà,  plutôt  décontractés, assis sur un banc. Un peu étonné ! Je comprends que « Dent  d’or » vu la veille n’est pas venu seul aujourd’hui ! A mon approche, celui que je qualifierais de rabatteur au sourire fallacieux  se lève prestement, pour me présenter son ami le taxi, un type d’une trentaine d’années  au physique endomorphe le visage souriant et plus affable, moins hypocrite que l’autre, répondant au doux sobriquet de « Papo le taxi »

 Avant de partir, je m’assure que nous nous sommes bien compris sur l’itinéraire à suivre ainsi que le prix négocié entre nous. Le parcours se résume tout simplement : départ Vinales, Pinard del Rio, la « finca Alejandro Robaina » et d’une visite de fabrique d’humidor connu dans la région, adresse  trouvée dans l’Havanoscope, puis retour à la maison en fin d’après-midi.

Une fois installées, moi devant, madame derrière dans ce cercueil roulant ! D’où rien n’indique précisément que nous sommes bel et bien dans un taxi ! Oubliez le taxi parisien avec ses petites lampes sur le toit, tel que vous le connaissez. Une fois monté dans ces engins, vous regrettez déjà d’être monté en priant « Qu’il ne nous arrive rien ! »

Après de brèves présentations, « Papo, los gafas de sol en la nariz » ( lunette de soleil sur le nez) enquille la première dans un bruit inquiétant de musicalité ! Le chapelet accroché au rétroviseur, la petite peluche et le petit sapin virevoltent en cœur sur le rétroviseur, accompagnés un peu plus bas par les mouvements sporadiques d’une écrevisse grotesque en plastique rouge ventousée sur le tableau de bord.

Bref, tous ces objets innocents et familiers permettent d’apaiser un peu mes craintes.

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Notre première destination ‘Pinar del Rio' capitale de la province du même nom, est une ville de 150 000 âmes. Elle se situe à environ 45 minutes de Vinales, une route longue et sinueuse qui offre une succession de paysages et de véhicules hétéroclites. De nombreuses habitations bordent ces routes de campagne, certaines tellement isolées ne possèdent ni réseau électrique, ni eau potable à ce jour. Nous croisons en bordure de route des enfants en uniforme rouge et blanc sur le chemin de l’école, une multitude de gens à pieds, à vélo, à moto, de la charrette à pneus tirée par un cheval pour maxi 2 personnes au camion tôlé modifié pour en accueillir une vingtaine. Tous les moyens sont bons pour relier la campagne à la ville. Eh oui, voyez-vous, ici le covoiturage a toujours existé ! Un flot incessant qui produit à vue d’œil à l’approche de Pinar, un flux sanguin fait d’une multitude d’individus pressés de rejoindre le centre.

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Papo, depuis notre départ semble préoccupé, souvent à converser sur son téléphone portable qui suscite quelques curiosités ! Nous comprenons par ses explications que sa petite fille est malade depuis la veille, rien de très grave juste un peu de fièvre ! Mais ici une simple gastro ne doit pas être prise à légère. Papo, pas avare de commentaires, nous rassure sur son état, malgré son inquiétude.

 Afin de faciliter notre journée, Papo a pris l’initiative de prendre rendez-vous sur le chemin avec un de ses amis, un étudiant français de l’université de Pinar. En effet, quelques minutes plus tard nous nous arrêtons à proximité d’un arrêt d’autobus bondé du centre-ville. Là, un jeune homme d’environ 25 ans fait irruption, un grand black, sportif, le visage balafré, lunette de soleil sur la tête,  vient à notre rencontre nous saluer, puis monte à l’arrière du taxi, prenant place au côté de ma femme. À cet instant, pour être honnête avec vous, je ne me sens pas trop à mon aise, un peu contrarié par cet événement. Avec des explications dans un français approximatif, je devine qu’il se nomme Michel, qu’il étudie dans cette grande université, et bien justement celle que nous venons de dépasser sur notre droite ! Désolé d’être suspicieux, mais nous ne sommes pas en période de vacances scolaires, ici. Que fait-il dehors à cette heure ? C’est quoi encore ce plan. Tous les scénarios les plus obscurs me traversent l’esprit, mais je prends sur moi encore une fois ! 

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Maintenant nous devons impérativement retirer du cash pour bien commencer cette journée. Avec prévenance, Michel nous indique et nous accompagne prestement dans un bureau de change moins congestionné du centre afin de nous éviter une interminable attente sur le trottoir d’en face ! Eh, oui à Cuba « Hacer la cola » fait partie du folklore Cubain. Au guichet, munissez-vous bien de votre passeport et de votre carte bancaire pour faire votre retrait. Petit détail, avec la ‘Mastercard' vous ne pouvez pas retirer d’argent dans les retraits automatiques à l’extérieur de certaines banques, seule la ‘VISA’ peut le permettre. Mastercard=Guichet, sachez-le !

Petite précaution à prendre avant de quitter la ville, c’est le passage obligé dans une station "Oro negro", distributeurs d’essence Cubain largement représentés d’Est en Ouest de l’île sauf dans les endroits isolés, bien entendu.

 Sachez que ‘Cuba' possède une production pétrolière estimée à 9 milliards de barils par an, voire beaucoup plus si les réserves océaniques sont un jour exploitées par des investisseurs étrangers, qui porterait sa production à 20 milliards de barils par an ! Aujourd’hui, elle suffit largement à alimenter toutes ses antiquités. Une autonomie très appréciable de nos jours pour un pays isolé comme Cuba ! Bref après cette petite parenthèse, reprenons le fil de l’histoire.

Afin de gagner leur affection, et ainsi mieux les connaitre, j’invite nos deux compères Papo et Michel à boire un mojito dans un bar de Pinar. Quelques instants plus tard, sur les indications de Michel, nous nous arrêtons à proximité de la gare routière, à proximité d’un petit troquet bien connu de nos deux amis d’un jour.

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Papo !

L’extérieur anodin, l’intérieur ressemble plus à une paillote qu’un estaminet, muni d’un sol en opus incertum, d’un plafond fait de planches grossières et vernis, faussement soutenu par des poutres rondes décoratives en bois de même acabit, sur un podium dans le fond, un comptoir rudimentaire fait face et domine quelques petites tables éparses ainsi qu’une statue posthume à la gloire du chanteur cubain Polo Montanez, légende Cubaine morte trop tôt d’un accident de voiture en 2002. Après avoir pris place tous les quatre, Michel habitué du lieu, se charge de nous commander les mojitos ! L’ambiance est à la détente, nous apprécions ce petit aparté qui permet de mieux nous connaître. En effet, mes craintes s’estompent au fil de la discussion. Michel nous explique que les étudiants en université doivent pratiquer les langues dont le français, c’est très important pour eux de marquer des points pour leur diplôme de fin de session d’où la nécessité pour eux de rencontrer des étrangers comme nous ! D’ailleurs, l’instant d’après, un ami de Michel fait son entrée accompagné d’un couple de touristes Suisses résidant sur Vevey au bord du Léman.

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Michel !

Dans un débat improvisé sur nos différences, Papo comprend difficilement la vie que nous menons en France, très très loin de son quotidien. Tant bien que mal, nous essayons de lui expliquer ! Beaucoup de Cubains, fantasment sur nos vies, nos vies d’opulences ! Un bref calcul sur un morceau de papier, salaire, impôt, charges etc. lui apporte un avant-goût à Papo. Les yeux écarquillés, ils comprennent difficilement qu’un loyer puisse atteindre 600€  dans certaines régions et même plus sur Paris, ce qui fait environ 750cuc localement.

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Qu’un mojito comme celui-ci coûte 10€ dans un bar branché de la capitale contre 2,5€ à Pinar. Je le rappelle encore une fois, le salaire moyen à Cuba est de 25cuc/ 20€ pour la majeure partie des habitants.

Après ce petit moment de convivialité, je mentionne à Papo, un endroit où j’aimerais bien me rendre maintenant ? Le Havanoscope en main, je lui fais part d’une adresse, celle d’une fabrique d’humidor non loin d’ici !

Les consommations réglées, nous voilà repartis et bien décidés à remplir cette journée, n’oublions pas que nous sommes sur Vinales que 3 jours ! Pas question de perdre notre temps.

15 minutes plus tard à l’autre bout de la ville, nous arrivons non loin de la rue mentionnée par l’ADC ! Les petites ruelles se succèdent, s’enchevêtrent les unes aux autres, les nids de poules assassins ne sont qu’euphémisme, trous de mortier seraient plus justes ! Le tout dans un nuage de poussière blanche qui macule tout sur notre passage! On se croirait à Kaboul, Michel perplexe semble désorienté lui aussi, nous stoppons un instant la voiture pour questionner quelques badauds perchés sur un petit muret à siroter une ‘bibina’. Je comprends à leur signe de main que nous y sommes presque. La voiture tangue de nouveau de droite à gauche sur environ 200 mètres, nous stoppons incrédules le véhicule. Nous y sommes, me dit Michel, c’est ici ! Disons que c’était là ! C’est ce vieux bâtiment qui a plus l’air d’une ruine sur notre gauche, un habitant nous confirme que c’était effectivement bien là, mais cette fabrique a cessé toute activité depuis maintenant 2 ans déjà !

Merci l’ADC pour la visite des bas-fonds de Pinar. J’ai bien cru un moment que nous allions subir une embuscade, et nous retrouver en slip un sac sur la tête au milieu de la rue. 

Mon deuxième souhait ; visitez la plantation d’Alejandro Robaina. Oui, mais ! Michel et Papo après moult argumentations, réussissent malgré nous, à me convaincre de nous emmener dans une finca plus proche dont le nom après 8 mois m’échappe complètement, celle-ci moins fréquentée par les touristes, tout aussi passionnante et surtout meilleur marché. Un peu amer tout de même et après 20 minutes de route, nous atteignons enfin l’endroit. Cette finca censée être une des plus grandes plantations de la région, n’est représentée que par deux modestes bâtiments. À droite une casa de tabacco traditionnelle (Maison de séchage) et à gauche un long plein pied en dur aux allures d’élevage porcin, aucune indication, aucun nom sur l’une et l’autre pour confirmer du lieu. Encore une anomalie « pinarienne » qui promet de beaux instants ! Prévenu par Michel de notre arrivée, celui qui semble être le responsable des lieux vient prestement à notre rencontre pour nous saluer cordialement et nous invite dans la foulée à le suivre dans la casa de tabacco, bien docile nous le suivons sans rechigner. Je précise que nous sommes les deux seuls français dans ce coin du bout de Cuba. Eh ouais, ça sent pas très bon les amis !
Une fois dans cette maison de séchage, dans laquelle finissent de sécher des milliers de feuilles, dans la pénombre, dans le fond nous commençons doucement à distinguer un second individu chapeau vissé sur la tête et veste bleue d’usage, absorbé devant une petite table, cavette en main nous faisant face, devant un bel assortiment de cigares, Cohiba, H. Upmann, Montecristo bien en évidence !
Après une petite démonstration de roulage qu’il exécute parfaitement, suivi d’une visite en dix minutes des plantations en anglais pour commencer, puis en français grâce un troisième individu qui nous rejoint finalement avec un peu de retard. Une visite « éclair » pas vraiment plus claire, beaucoup de contre-vérités et d’âneries dans des explications souvent évasives pour touristes lambda !

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 Après cette brève perquisition des lieux, nous sommes de nouveau conviés dans ce que nous appellerons la ‘grange’, là nous nous retrouvons face à ces fameux cigares de contrebande, bien entourés de Papo, Michel et des trois autres cubains. Nous comprenons que trop tardivement notre situation que je qualifierai d’inconfortable. Avec tact et sans violence verbale, je fais comprendre à mes interlocuteurs que cela ne m’intéresse pas. L’excuse bidon que je trouve, est d’en avoir trop acheté à la Havane et au vu des quotas autorisés, ‘no es posible !’. Mais par gentillesse, je ne suis pas contre l’idée d’en prendre quelques-uns pour les fumer pendant notre séjour. Vu ma position, je ne pouvais faire autrement, bien entendu tous ces cigares sont faux, d’ailleurs de très belles contre- façon plus vraie que nature ! À s’y méprendre.

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 Mais ce n’est pas terminé, l’un d'eux me fait une offre pour 100 cigares au choix au prix de 6€ pièce, le Cohiba robusto, Esplendidos et 898 partagas ! Je préfère clôturer gentiment cette discussion, après tout de même avoir conclu l’achat de dix cigares pour 50cuc ! Nous ressortons à l’air libre, afin de rejoindre notre voiture d’un pas tranquille un faux Esplendidos incendié entre mes lèvres.

 Les trois types nous suivent silencieux, déçu de ne pas avoir fait affaire avec nous. Impossible de connaitre leur pensée à ce moment précis, nous les saluons, mais leur triste figure en dit long. À cet instant le petit dernier avec son chapeau ne compte pas en rester là, il revient vers nous dans une dernière offensive, semble-t-il ? Eh oui, vous l’aurez deviné, le cours du cigare a encore chuté brutalement…

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Avec plus de fermeté, je décide de mettre un terme définitivement à cette controverse, méthode plus risquée, mais ça marche ! Soulagé de foutre le camp d’ici et de reprendre le fil de notre expédition, nous prenons la poudre d’escampette à bord de notre taxi. Un conseil, évitez de vous aventurer dans ce genre de galère, soyez toujours vigilant, ferme et respectueux. Inutile de scander que leurs cigares sont faux, vous ne feriez qu’envenimer la situation. Malgré les mises en garde, le risque de se trouver au mauvais endroit comme nous, peut toujours vous arriver. Tous les cigares de marque provenant du catalogue officiel Habano vendus dans la rue ou ailleurs des ‘casa del Habano' sont à 99% faux ! Même si le vendeur essaye de vous compter une histoire des plus crédibles, qu’il connaît beaucoup de monde au sein des fabriques ou que lui-même a ses entrées, là où personne ne peut entrer. Sachez que ses cigares sont tout à fait fumables pour certains, mais non rien à voir avec la Liga mise au point pour un Montecristo, un Partagas ou un Cohiba, etc… À choisir, préférez un cigare non bagué que vous paierez 2 cuc chez un paysan, il sera tout aussi bon. Dîtes- vous bien, qu’un faux est toujours bien trop cher ! Même à 6 cuc. C’est un véritable cadeau empoisonné que vous offrirez à un membre de votre famille, un ami à votre retour en France.

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Faux Esplendidos !

 

09:44 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

28/06/2013

Cuba ( épisode 5 )

Aujourd’hui nous embarquons pour la région de la ‘vuelta abajo’, qui se situe à l’ouest de l’île à environ 150 km de la Havane. Avec une bonne dose d’optimisme, ce trajet devrait prendre pas loin de 4 bonnes heures de route ! N’oubliez pas que nous sommes à Cuba, et rien n’est simple ici. A Cuba, sachez qu’on ne court pas après le temps, l’importance est de relier deux points, avec la certitude de bien les rejoindre !

Pour cela, le transport le plus aisé et le plus sûr pour se déplacer est certes le bus, ‘Havanatour et Viazul’ les deux principales compagnies officient sur l’île, des agences reparties aux 4 coins de l’île. Rien à voir avec les transports bondés, les fameux bus populaires de La Havane. Au contraire, ceux-ci plus fiables, confortables et climatisés concernent une clientèle plus aisée. Le personnel de bord s’apparente à celui d’un long courrier, protocole oblige vous y trouverez toujours deux chauffeurs en uniforme , chemise bleue azur et pantalon de costume bleu marine, lunette de soleil à la ‘chips’ pour unique fantaisie. Manque juste une hôtesse pour vous délivrer la sempiternelle chorégraphie des consignes d’évacuation ! Chaque déplacement se doit d’être finement préparé, en cas de panne les bus ne peuvent compter que sur eux-mêmes, d’ailleurs chaque chauffeur possède une formation de mécanique générale transmise de père en fils, indispensable pour ce travail.

Départ de la Havane, ‘Viazul bus station Havana’ pour la destination de Vinales via Pinard el Rio ( ci-dessous le trajet )

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Sans grande exagération, les axes routiers sur lesquels vous circulez à Cuba s’apparentent à eux seuls à des rues piétonnes ou parfois des pistes cyclables, des routes pour certains d’entre eux, des terrains de jeux pour les enfants, lieux de rendez-vous pour d’autres, d’où une limitation de la vitesse fixée à 100 km/h sur les autoroutes, bien entendu après avoir évité quelques vélos, de véhicules improbables, ralentis  plus d’une fois pour laisser des piétons traverser, évités une bonne centaine de nids de poule et une pause casse-croûte obligatoire. Et devinez ! Cerise sur le gâteau, une panne de climatisation qui nous immobilisera un bon moment dans la magnifique gare de Pinard del Rio ! Fauteuils vintages en plastique rouge, murs bleus outremer ton sur ton, une petite télé cathodique à l’écran fatigué de couleur verte continue de rythmer cette vaste salle d’attente, où programmes d’informations s’alternent avec clips musicaux latino, s’enchainant dans une résonance abominable amplifiée par l’écho de la pièce.

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Avec quelques inquiétudes tout de même, nous patientons bon gré mal gré le retour de notre bus, le petit groupe épars que nous formons, composé principalement de touristes, français, anglais et quelques locaux piétine sur le quai en attente d'informations, certains font connaissance en découvrant avec surprise qu’ils utilisent le même langage ! D’autres se replongent dans leur guide en espérant trouver une rubrique « Que faire en cas de panne ? » 

Des bus entrent et repartent dans les vapeurs de gasoil et d'huile chaude, mais toujours rien en vue !

Et c’est finalement une heure et demie plus tard à la vue de notre bus que nous comprenons.

Enfin libérés, nous reprenons le cours de notre voyage vers notre terminus, où nous arriverons sur le coup des 16h à Vinales. Là où nous attend patiemment notre hôte de la ‘Casa Marie Louisa’. Partis vers 10hs30 ce matin, je vous laisse faire l’addition (4 heures est la durée du trajet, lorsque tout va bien !)

Dès la descente du bus, nous nous frayons difficilement un chemin à travers une petite foule de personnes qui s'est subitement formée à notre arrivée, nous proposant à la volée la location de casa, jouant des coudes, leurs cartes de visite tendues vers le ciel. Ce business si répandu dans les lieux dit ‘touristique’ attire nombre d’opportuniste, une source de revenus bienfaitrice dans ce petit village du bout du monde.

 

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Casa Marie Luisa.

Sur environ 150 mètres à pied, nous empruntons  la route principale aux allures de ville du Far West avec des deux côtés comme saloon, des paladars munis de terrasses couvertes suspendues par une enfilade de colonnes antiques peintes de bleu et de vert. Toujours avec surprise, peu après nous découvrons notre nouvelle casa qu’Ely a réservé pour nous pour ce séjour de 3 jours.

Marie Louisa notre hôte, une femme souriante au physique généreux s'empresse de nous faire bon accueil, et d’un pas lourd, elle nous présente notre logement dans l'arrière-cour de sa maison, une sorte de petit bungalow en dur à toit plat comme la plupart des habitations de la région. L'intérieur très bien agencé comporte une salle de bain/WC ainsi qu'une grande chambre muni de 2 lits, d’une petite coiffeuse au miroir jauni, d’une table de chevet avec son petit marbre ajusté me renvoie l’espace d’une seconde à mes souvenirs d'enfance chez mes grands-parents.

Une fois nos bagages dépaquetés, Marie Louisa nous informe que la maison propose aussi le couvert, au menu ce soir, porc, poulet ou langoustine pour un prix modique et unique de 8€ ! À votre avis que choisirons-nous ?

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Langouste 8€.

J'en profite après ce « frugal »l repas, copieusement préparé par la maman de ‘ML’, d'organiser notre journée de demain avec l’aide de Luis le fils de ‘ML’, qui lui aussi tient beaucoup de sa mère physiquement, même gabarit ! Demain au programme, excursion à dos de canasson dans la vallée de Vinales, visite des plantations et dégustation de cigare et rencontre avec les vegueros.

Un coup de fil passé de Luis, le rendez-vous est fixé pour demain début de matinée.

9h15, tous les deux bercés par nos ‘mecedora’ (fauteuils à bascule), nous guettons l’arrivée de notre guide qui maintenant ne devrait plus tarder. Effectivement, après tout juste 5 minutes, un homme à l’allure paysanne et d'un pas assuré fait son entrée en compagnie de  Marie Luisa. (Les randonnées pédestres dans la région trouvent essentiellement leurs clients dans les casas) Après de sommaires présentations, Emilio le visage cuivré par le soleil, nous emboîte le pas, nous  invitant à le suivre à une encablure de la casa. Un peu surpris nous découvrons nos montures ! Très loin de nos chevaux grassement nourris, les chevaux cubains appartiennent à une race assez petite et très osseuse d'équidé aux qualités très robustes.

 

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Emilio.

Emilio en parfait écuyer, prend les choses en main pour nous équiper et nous mettre en selle. Notre petit convoi se met donc en marche, nos deux rosses en pilotage automatique connaissent parfaitement le parcours, inutile de les guider. Emilio derrière ferme la marche et nous, devant, découvrons à la sortie d’un sentier encaissé, ce décor tant attendu fait de verdure sporadique, morcelé par ce sol rougeoyant soulevé par les coups frappés des sabots de nos juments.

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A notre gauche s’offrent des terres où le labourage vient de commencer, à l’aide d’attelage improbable mais authentique « une charrue tirée par des bœufs », sachez que le gros matériel agricole motorisé appartient à l’état, il est mis à disposition pour certaines exploitations. Mais cette scène prolétarienne de labour si commune aux paysans Cubains, appartient ici à une dure réalité, une survie de tous les jours. Sous un véritable cagnard et sans un bruit, ici les hommes exsudent leur sel en remuant cette terre argileuse. Un sol nourricier riche d’oxyde de fer qui entre pour environ 50% de sa composition (suelos ferriticos) ainsi que le sodium, le calcium, le potassium et cuivre. Minéraux indispensables  à la bonne croissance des plants de tabac noir.

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Un peu plus loin au premier bivouac après une bonne heure de selle, j’en profite pour collecter symboliquement une petite poignée de cette terre. Quelques miettes de Cuba dans un sachet étanche comme souvenir !  Cela fait bien entendu sourire notre Emilio amusé par cette scène.

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Une petite cabane au milieu de nulle part sert de poste avancéà cette petite organisation bien rodée des va-et-vient des touristes. Deux autres paysans sous cet abri attendent patiemment ! L’un deux nous propose gentiment de goûter à leur production, ce fameux cigare paysan !  Assis sur des bancs de fortune, j’accepte volontiers d’y goûter. Un module du genre petit corona au vu de la taille. Des cigares vendus en fagot de quinze sont maintenus enroulés dans une feuille de bananier. D’un aspect osseux, assez rustique sans signe ostentatoire, la cape roulée d’une semaine ou deux possède l’aspect d’une vieille peau, fine et grasse, encore légèrement humide, cette cape dégage des flaveurs simples de feuille séchée, rien à voir avec nos puros Cubains aux senteurs boisées de cèdre ou autres suavités. Et le goût me direz-vous ? Eh bien, très bon ! Dès l’allumage, les saveurs Cubaines sont nettement identifiables, mais plus végétales avec une dominante herbacée et contrebalancée d’une bonne suavité, certains y retrouveraient quelques similitudes avec un JL Piedra. Niveau puissance, rien d'agressif, le cigare s'équilibre confortablement jusqu'au-delà du second tiers, ensuite…

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La suite, entre nous ! Je m'en fiche comme de ma première communion ! Il pourrait être infect que je le trouverais sûrement très bon. Rendez-vous compte, fumer un cigare frais au milieu des Mogotes dans le berceau du puro, l’endroit le plus religieux du cigare au monde. Un moment magique de grâce que je souhaite à tous les amateurs de vivre un jour. A cet instant ce cigare ne peut être que le meilleur de la terre. Je me souviens d'une scène d'Indiana Jones dans la dernière croisade, cette fameuse quête du Graal lorsqu'Indiana choisit cette petite coupe insignifiante au milieu de celles d'or et de pierres précieuses. Cette analogie peut vous sembler tirée par les cheveux ! Encore une de mes élucubrations, une de plus. Mais ce petit corona à l'aspect négligeable et anodin enchante ici à lui seul la genèse du ‘Puro’ Un cigare brut de décoffrage, aux arômes incertains et  peut-être maladroits, mais qui possède en lui ce gène unique, commun à tous les cigares cubains. Celui d'un cépage unique de cette terre, celui de la Vuelta Abajo. Un grand merci à mes héros d’un jour, Emilio et ses compagnons.

 

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Petit avocat.

 

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Casa de tobacco.

Comme verre de l'amitié, Pedro nous offre la coco de l'amitié ! Une noix verte préparée à la machette dans laquelle on y verse un rhum bon marché, un régal les amis ! Une fois terminées, elles rejoindront les centaines de noix vides derrière la cabane, entassées là, comme de vulgaire canettes de bière, étrange vision.

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Après nous avoir roulé un cigare sur une minuscule planche posée sur les genoux, avec tout le savoir-faire d’un torcedor, nous sommes conviés à visiter la casa de tabacco ( maison de séchage )

A la manière d’un filtre, les feuilles argentées de palmier séché, cuites par le soleil laissent insidieusement circuler l’air au travers de l’édifice, afin de réguler la température et l’humidité relative. L’intérieur très sombre renferme des centaines de perches horizontales de 4 mètres, fixé sur une hauteur d’environ 8 mètres. Celles-ci supportent des milliers de feuilles en phase de sudation. Dont les plus récentes, les plus vertes positionnées au niveau du sol et les plus anciennes tout là-haut dans leur ultime étape de séchage de 40 à 45 jours attendent le bon moment. Curieusement, l’odeur qui règne ici n’est pas identifiable à celle du tabac, mais plus à des senteurs automnales de feuille morte, très loin du cigare. Les couleurs s’étalonnent dans des camaïeux de vert et de jaune, de l’ocre au marron, seul indice visuel sur l’avancement de ce cycle déshydrateur où chaque souffle de vent enivre cette masse vivante et frémissante, finit d’agoniser dans un silence mystique.

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Une fois sortis du séchoir, Emilio nous suggère de nous accompagner dans un lieu de baignade de la région pour nous rafraîchir, un point d’eau singulier et salutaire situé dans une grotte souterraine à quelques kilomètres ! Avec cette chaleur, pourquoi pas ? La petite caravane se remet donc en route, après de justes remerciements envers nos amis d’un jour. J’en profite une fois sur ma monture pour griller mon second cigare de la journée, un magnifique ‘Behike54’ visséà la commissure des lèvres, brève allégorie au western spaghetti dont je me régale intérieurement, très satisfait.

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Moi !

Après avoir traversés différentes plantations, nous abordons les contrebas boisés d’un escarpement. Là, aux abords d’un petit gouffre, un comité d’accueil prend le relais pour l’organisation, 8€ par personne pour entreprendre cette balade dans ce trou. Le prix abusif nous contraint même pas à faire demi-tour ! Par petits groupes de 5 ou 6, nous empruntons la descente à la seule lueur d’une lampe tenue par notre guide en tête du cortège. Au loin une flamme vacillante indique la direction à suivre comme unique repère. La chaleur, le cigare et le rhum aidant, mon équilibre en a sérieusement pris un coup ! A plusieurs reprises je manque de me ramasser, évitant de justesse de me vautrer dans les multitudes petites marmites du site. Ne riez pas, j’aimerais vous y voir dans cette pénombre ! Quelle connerie…et mer…j’y vois que dalle. 

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Madame !

Enfin, nous découvrons au bout cette grotte une petite étendue d’eau éclairée par une bougie posée à même le sol projetant sur les parois des ombres inquiétantes. Voici un charmant lieu de baignade ! Une eau à 12/15° gla-gla.., certains prendront l’initiative de faire trempette, un groupe d’Allemands à l’embonpoint protecteur commence par se dévêtir maladroitement, suivi de près par un jeune couple de français plutôt sympathique, humm…Une atmosphère géniale pour un remake du film ‘The Descent’ et du Projet Blair Witch. Ce sera sans moi !

De retour à la surface, nous prenons conscience que les habitants de la vallée ont vite appris le business local ! C’est bien dommage, mais que voulez-vous ? Tout est bon pour ce remplir les poches et arrondir ses fins de mois difficiles. Nous ne pouvons pas leur en vouloir, nous ferions sûrement la même chose à leur place.

 

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Madame !

Une heure plus tard, fourbus  mais contents, la montre casio d’Emilio nous  indique déjà 13h30 ! Nous voilà rentrés de cette belle aventure en terre inconnue qui restera gravée dans nos mémoires. Comptez 20€/ pers, (boissons offertes) et 25€ le fagot de 15 cigares paysans.

Au centre de Vinales en quête dun endroit pour se restaurer, un résidant affable denviron la trentaine, endimanché dune guayabera (chemisette typique cubaine), lunettes de soleil sur un crâne lisse et brillant, nous aborde dun sourire enjôleur marqué par deux dents en or. Il nous interpelle en minaudant le geste à la parole : « Amigo, que necesita un taxi ? »

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Centre Vinales.

Comme à mon habitude je rejette loffre une fois de plus. Quoiquaujourdhui après réflexion ? Malgré un look patibulaire et douteux, nous lui donnons tout de même rendez-vous pour demain matin 9h devant la casa Marie Luisa pour une équipée en taxi à travers le triangle Pinard del rio, San Juan y Martinez et San Luis dont nous nous souviendrons longtemps. ( à suivre )     

 

11:12 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

30/05/2013

Cuba ( épisode 4 )

Un endroit incontournable de la Havane est sans aucun doute la ‘promenade des Cubains’,  vaste esplanade d’environ huit kilomètres qui prend sa source de la vieille ville à l’Est à l’embouchure du rio Almendares tout à l’ouest. Cet aménagement du bord de mer fût entrepris  par le gouvernement temporaire US de 1901 pour se terminer bien après en 1952, 50 ans de travaux avec ses hauts et ses bas comme vous pouvez l’imaginer. Malecon en langage populaire espagnol veut dire ‘La jetée’ mais officieusement, l’avenue se nomme ‘Maceo’ (Antonio Maceo héros révolutionnaire pour l'indépendance de Cuba au 19e siècle) Pour faire simple, la Malecon est une immense digue sensée protéger la ville des assauts de l’océan atlantique, et accessoirement un lieu de rendez-vous plébiscité par les habitants de ville. Il accueille les pêcheurs de ‘pescado’ (poisson en espagnol), à Cuba difficile de connaitre les poissons que vous mangez dans les Paladars, vous verrez souvent affiché sur la carte ‘pescado’ comme le nom d’une espèce inconnu de poisson, inutile d’en savoir plus ! no comment...

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La Malecon.

Les jeunes cubains s’y rendent également pour s’y baigner, plus accessible que les plages de sable à l’Est de la Havane. Ici pas de sable blanc, mais uniquement des rochers saillants et tranchants pour les plus téméraires !

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Baigneurs sur le bord de mer rocheux.

Ne soyez pas surpris, quoique oui ! Si vous croisez à l’abri du vent derrière un muret, une soliste au tuba exécuter ses gammes dans une mélopée lancinante, loin du tumulte de la capitale. 

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Vous voyez, je n'invente rien !

Prévoyez de bonnes chaussures si comme nous, vous prévoyez cette balade à pied ! Ce lieu si singulier de la Havane n’a rien de comparable avec la promenade des anglais à Nice. Mais avec beaucoup d’imagination et quelques mojitos, on peut s’en faire une idée luxuriante ! Eh oui, aujourd’hui ce front de mer ressemble plus  à la ‘Corniche’ à Beyrouth pendant les années de guerre Israélo/ Libanaise, qu’à une jolie carte postale. Désolé d’égratigner  le mythe de la ‘Malecon’ mais c’est déjà fait par l’usure du temps ! Je conseillerais de vous y rendre le soir à la tombée de la nuit afin que ce décor de fin du monde s’harmonise à la lueur des réverbères avec l’esprit festif et convivial des Cubains. Malgré quelques rares investisseurs chanceux et bien sûr cubains, subventionnés par une aide financière étrangère, la restauration complète de la Malecon prendra au minimum 200 ans ! A moins qu’un assouplissement du régime permette aux étrangers de devenir un jour propriétaire. 

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La Malecon.

Maintenant essayons d’en faire une version plus poétique avec plus d’emphase ! Je reprends donc ma découverte par ce lieu charismatique aux devantures fantomatiques, construit  pour faire face tel un rempart contre l’adversité. Les anciens palais à colonnades, tous de calcaire, rongés par les pluies acides, les embruns salés continuent de les effriter inexorablement  pour disparaître un jour à leur paroxysme. Aujourd’hui, beaucoup de ces vieilles bâtisses ne sont plus que scène de théâtre en trompe l’oeil, trop coûteux pour le gouvernement de procéder à des restaurations complètes, on ne garde plus que les façades, aux dos ferraillées de poutrelles métalliques rouillant leurs vieux os ! Plus loin entre deux ruines habitées, ne soyez pas surpris de découvrir un joli paladar qui n’attend que vous pour l’inaugurer pour la dégustation pourquoi pas d'une langouste ?

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La Malecon.

Attention, où vous mettez les pieds, il n’est pas rare que certains touristes disparaissent dans une bouche d’égout entrouverte, sans signalement ! D’ailleurs toute la ville semble piégée, des trous aux racines, du goudronnage sans gravier aux passages  cloutés sans clous, les trottoirs minés de déjections.  Les plus maladroits, les têtes en l’air, ouvrez  bien l’œil ! 

Avec une largeur équivalente à une 4 voies de chez nous, la circulation sur la Malecon reste fluide et rythmée par les bus, les taxis américains, les cocos taxi, motos, vélos et autres engins à 3, 4 et 6 roues parfois !  N’engendre aucun bouchon, mais juste une vilaine pollution. Sachez que la plupart des taxis US roule au pétrole, eh oui plus rentable que le gasoil ( Environ 3 centimes d’euro le litre de pétrole ) contre 0.72€ le gasoil motor ou le 0.96€ le gasoil regular qu’utilisent les propriétaires de véhicules plus récents. Vous comprenez maintenant pourquoi ça fume noir ? Aucune importance, du moment que ça roule.

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Engin à 6 roues !

Un peu plus loin sur son rocher, l’Hôtel national conçu par le cabinet d’architecte Mc Kim, Mead and White inauguré en 1930 se dresse fièrement. Toutes les stars américaines de l’époque séjournaient régulièrement dans cet hôtel, du célèbre crooner Franck Sinatra (grand amateur de Havane qui appréciait notamment le ‘Regios de Saint Luis Rey’, à Buster Keaton, Gary Cooper, John Wayne et tant d’autres.

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Hall de l'Hôtel National.

En 1946, les plus gros mafieux de l'histoire y prirent rendez-vous  pour une réunion au sommet dirigée par Lucky Luciano propriétaire des lieux grâce à l’aval du gouvernement Bastita où régnait une corruption à tous les niveaux, totalement infiltré par le milieu. Lucky était considéré comme le père du crime organisé aux Etats-Unis, un parrain à la Don Corleone. Vous auriez pu croiser ce jour là dans les couloirs de l’hôtel, Vito Genovese dit "Don Vito", Meyer Lansky dit "Le comptable", Santo Trafficante, Joe Adonis, Franck Costello dit "Le premier ministre du crime" et bien d'autres seconds fusils, homme de main, seconds couteaux, appelez-les comme vous voulez, que des personnes très fréquentables ! Dans les années post révolution castriste, l'hôtel perd de son faste, son casino fermé en 1960. Faute de moyen et faute d'envie, le pouvoir en place n’a que faire de ce bâtiment, symbole ostentatoire d'une Amérique impérialiste. A part le mettre à disposition aux diplomates et politiques étrangers. C'est en 1990 Après la chute du mur, que Castro perd son principal allié l’URSS, à court de change, il prend la décision d'entreprendre de gros travaux de restauration afin de ré-ouvrir l'hôtel aux touristes.

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Hall de l'Hôtel National.

Situé dans un joli parc arboré et luxuriant, l’hôtel fait face à l’océan, qu’il domine avec aplomb et austérité,  en vous écrasant de ses hautes façades aux multiples facettes de vitrages opaques. Une étrange architecture où se mélange le gréco/romain, côtoyant avec fantaisie le style espagnol avec ces deux immenses tours de guet comme unique témoignage et sûrement influencés par les vieux clochers de la péninsule Ibérique. Certains tourmentés de l’esprit comme moi y verront un asile imprenable, pour savant fou. Et d’autres, plus habitués aux cités dortoirs de la métropole y verront de vulgaires barres HLM en attente de dynamitage !

Un paradoxe étrange ! Avant de connaitre la véritable histoire de ce site, les photos me semblaient plus post-révolution et d’influence soviétique ! Eh bien non.

Une fois passée le seuil d'entrée, accueillis par deux grooms en livrée, vous pénétrez dans un immense hall avec de petites alcôves en enfilade d'un côté, dont certaines abritent de petits living de détente et de l'autre divers guichets destinés à organiser votre séjour. (Réservation, visite, transport, musée, etc...)

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La piscine vide de l'Hôtel National.

Dubitatif, après quelques allers et venus dans les divers salons à la recherche de...Je me résous à m'informer au près d'un guichet " Where is the bar ? I would like to smoke a cigar, please." Une charmante employée, la petite cinquantaine et très grande pour une cubaine, nous propose gentiment de la suivre. Au bout de la galerie nous empruntons et descendons un large escalier de marbre blanc juxtaposé à l’ascenseur, qui dessert plusieurs restaurants, et de suite sur votre droite puis au fond du couloir, prenez la première porte vitrée sur votre gauche et vous y êtes presque ! Plus loin, l'espace bar composé de deux grandes pièces à angle droit culmine sur la piscine en contre bas, offre un joli point de vue. Le barman m'invite à m'approcher du comptoir, d'un geste de la main il me montre un choix restreint de plusieurs boîtes de Cohiba posé à même le bar. Voici l'unique cave à cigare du 'National Hôtel ', par dépit et faute de mieux je me contente d'un robusto. Vous m'entendez là, le mec déjà blasé, ne se contentera que d'un Cohiba Robusto ! Attablé tous les deux, face au courant d'air des hautes embrasures, je déguste ce cigare pensivement avec l'errance du fumeur en vacance. Le temps suspendu, j'apprécie chaque seconde de ce moment d'oisiveté, à ne rien faire ! Peu de personne fréquente l'hôtel en cette période, même avec 35° au soleil, le grand bassin est étrangement vide de ses baigneurs, aucune piaillerie de bambin ne vient troubler cet aparté avec mes pensées et ce cigare, que j'accompagne d'un Mojito pour changer ? Sachez qu'à Cuba, un rhum vaut largement un immodium.

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Bar de l'Hôtel National.

À raison de deux à trois cocktails par jour, je vous assure 'nada' ! Vous obtenez de suite l'immunité contre la turista et l'ennui ! Et ni voyez aucun prosélytisme à la soûlographie, mais juste un interlude contre la morosité et la monotonie pluvieuse d'une France en crise. Le temps d’achever cette dégustation, je laisse vagabonder mon regard sur ce bar qui entretient comme tant d'endroit de la Havane, le culte nostalgique des années folles, des stars de ciné de l'actors studio et de légendes du music hall reprennent vie dans une multitude de cadres aux photos noir et blanc. Dès l'entrée, de gigantesques et magnifiques fresques nécrologiques, véritables iconographies dédiées à ceux qui ont contribué à cette gloire passée, illuminent les murs,  telle la passion du Christ, contemplée par des visiteurs fraichement arrivées avides et livides, la banane sur le bide en quête de reconnaissance après avoir su identifier Errol Flynn sur le tableau !    

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Cohiba Robusto et mojito.

Mais l'heure du départ a sonné, par un bref calcul du serveur, je règle l'addition d’un total de 23 cuc pour 2 Mojito, 1 robusto Cohiba + un décorum emprunt d'histoire qui vaut bien 18 € ! Un petit conseil pour choisir votre cigare, ne le prenez pas au bar mais à la 'Casa del Habano' de l'hôtel, le choix y sera plus exhaustif.

La star à Cuba est sans conteste Cohiba, certes de très bons cigares ! Mais qui occultent un peu trop d'autres merveilles que les Cubain connaissent peu. Prenez par exemple un Partagas D4 très apprécié dans le reste du monde, aux saveurs souvent incertaines malheureusement ! Et bien ce cigare ne fait pas l'unanimité à Cuba.

Le cigare, loin d'être sacralisé comme nous aimons le faire chez nous, là-bas il se fume simplement sans suggestions chimériques et alambiquées, il se doit juste d’être bon et ainsi se conformer à un goût, une puissance, d’un ensemble doté d'un équilibre savamment mesuré. Pourquoi fumer autre chose qu’un Cohiba ? Si ce sont les meilleurs ! Eh oui…

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Monument Simon Bolivar.

Sur le chemin du retour, nous reprenons notre promenade jusqu’au vaste monument de granit noir celui de Calixto Garcia, juste à l’embranchement qui vous amène ensuite sur l’avenue ‘Los Presidentes ‘ ou en direction de Miramar tout à l’ouest. Grande figure de la guerre d’indépendance cubaine, le général Calixto Garcia, vieux soldat de plomb continue de chevaucher comme au premier jour et à veiller sur le sommeil des cubains, comme toutes les autres vieilles sentinelles de bronze, les rédempteurs de Cuba continuent de triompher fièrement, José Marti, Simon Bolivar, Antonio Maceo et Maximo Gomez pour ne citer qu’eux.

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Vue du monument Calixto sur la Malecon.

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Monument Calixto Garcia, avec au fond droite notre première casa ( immeuble orange )

Tout à gauche à l’entrée de Los presidentes, de vieilles infrastructures sportives, le ‘Stadium José Marti’ joyau de l’air soviétique présente un terrain de baseball où les écoles du coin viennent toujours s’entrainer, c’est le cas aujourd’hui. Et une piste d’athlétisme en terre battue où quelques courageux trottinent sous l’ombre fugitive des gradins, vaste auvent de béton aux couleurs patinées, blanchi par le soleil, offre quelques répits à qui veut bien transpirer un peu.

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Avenue Los Presidentes en direction de la mer. 

L’après midi se termine, nous voici enfin arrivés à notre casa particulare à la ‘calle 3’ pour un repos bien mérité. Ce soir Ely vient nous chercher pour une sortie ballet au théâtre national de Cuba, pour la représentation annuelle des meilleurs danseurs de la Havane. Un lieu fréquenté essentiellement par les parents et familles. Ça peut être sympa comme sortie, même si ce domaine m’est complètement inconnu !

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Avenue Los Presidentes.

Dans le prochain épisode, nous serons tout à l’ouest à 4 heures de bus de la capitale ( Environ 150kms ! ), dans la vuelta abajo, exactement dans la petite bourgade de Vinales (près de la vallée des mogothes) pour de nouvelles aventures au sein même de la culture du tabac noir. A suivre… 

 

12:50 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

19/05/2013

Cuba ( épisode 3 )

Continuons mes pérégrinations par un passage obligé à la fabrique ‘Partagas’, ce haut lieu touristique du cigare Cubain se dresse à l'ombre derrière le Capitole, à deux enjambées des vieilles vapeurs. Ces machines échouées loin des hauts fonds comme de vieux monstres marins, lourdes et agonisantes. Ces locomotives d'acier et de fonte rongées et figées par la rouille finissent de rôtir sous le soleil cuisant de la Havane, exsudant leurs dernières sueurs d’huiles de leurs carcasses hurlantes, vestiges fossilisés d'une époque oubliée.

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Derrière le capitole.

La ‘Real Fabrica de Tabaco Partagas’ se dresse là, au n°520 de la rue Industria depuis maintenant 168 ans. Malheureusement, le bâtiment a beaucoup souffert et n'abrite plus aujourd'hui, pour raison de sécurité, l’essentiel de la fabrication des cigares, transféré dans d'autres fabriques officielles de la ville. Difficile de ne pas être ému à l'approche de ce monument , ce temple du tabac noir qui fût pendant toutes ces décennies, l’unique ‘Fabriqua‘ voulue à l’image de son inventeur Jaimes Partagas. Des générations de Torcédors s’y sont retrouvées et succédées au rythme des galères, ces derniers y ont passé des vies entières à confectionner jour après jour des milliers de cigares, sous des chaleurs moites et étouffantes, la perle au front entre le brouhaha des ateliers comme unique chanson et les lectures d’Alexandre Dumas comme unique visa. Là, où la misère du corps et de l’âme pourrait en oublier le ciel et l’horizon, afin de satisfaire, bon nombre d’Aficionados à travers le monde. 

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Cimetière des vieilles vapeurs.

Aujourd'hui j’ai cette chance d’y être ! Le rez de chaussée s’ouvre sur un vaste porche qui mène aux différents étages, fermés au public et rigoureusement gardés par trois fonctionnaires. Le seul accès autorisé se cache derrière cette porte anodine sur votre droite, là se trouve une des plus atypiques 'Casa del Habano'. Dès le seuil franchi, une sensation de fraîcheur vous glace un instant, puis les pupilles se dilatent  pour découvrir une pièce plus sombre et bien climatisée ! A l'intérieur une fois acclimaté à ce milieu, les odeurs subtiles de bois provenant des vieilles vitrines fusionnent avec les boîtes de cèdre et de tabac, se mêlant à la fois aux arômes de café d’un client servi au bar. L'espace ne fait guère plus de 40m2, mais compensé par une très belle hauteur sous plafond et soutenu par de solides voûtes. L’ensemble a des allures de chapelle ! muni d’un petit escalier, analogue à celui de la chaire que l’on peut trouver dans certaine de nos églises. Quelques humidors destinés à la vente, disposés comme des reliquaires. On s’attendrait presque à voir apparaître un pasteur scander son homélie aux fidèles !  « Mes biens chers frères, mes bien chères sœurs, reprenez avec moi tous en cœur…Dieux est un fumeur de havane suivi de ‘Have a cigar’ des Pink Floyd », vous connaissez bien sùr toutes ces chansons ?

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Tout de suite en entrant sur votre gauche en guise d’harmonium, ‘China’ ( de son vrai nom Léopoldina, une ancienne  Torcedor ) assise à sa table, joue de la feuille pour quelques curieux en quête d’authenticité moyennant une petite pièce ! Impassible, de ses mains expertes elle vous roule un corona en 3 minutes. 

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Big mama. ( je ne sais plus son nom ! )

Contrairement à la France, le choix des cigares à la pièce dans les civettes cubaines est  très restreint, vous ne trouverez pas tout le catalogue Habano. Le choix se porte seulement sur une trentaine de modules différents, une sélection judicieuse des meilleures ventes du moment.

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Hamlet.

Mon choix aujourd’hui se porte sur un Sir Winston de H.Hupmann qu’on m’invite cordialement à déguster dans la sacristie, euh… excusez-moi je voulais parler du salon privé ‘VIP’, inscrit sur la porte et situé dans le prolongement du grand comptoir destiné aux ventes de boîtes. Un peu suspicieux, je demande tout de même ‘ It’s free ?’ On ne sait jamais, vieux reflex du continent où tout se paye avant même de poser la question.

cuba la havane,sir winston h.hupmann

H.Upmann ' Sir Winston'

Le salon ‘VIP’ Partagas  s’offre à moi, enfin presque, nous sommes deux fumeurs, un Allemand, un senior  cigare en bouche en grande conversation avec ce qui paraît être sa compagne, les deux installés dans le premier boudoir sur la gauche en entrant. Sur la droite derrière de grandes vitres, la réserve de la boutique avec toutes ses boîtes soigneusement empilées, celles-ci attendent patiemment de trouver acheteur. Je décide de m’installer, moi et ma ‘chère et tendre’ au fond du local, confortablement assis dans les fauteuils de cuir de couleur fauve  pour une dégustation dans le sacro-saint du cigare pour environ 1h45 de fumage. (Merci à ma femme pour sa patience et son amour, car ces séances se reproduiront à divers endroits de l’île !)

 

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Et moi !

J’en profite pour faire connaissance avec Hamlet, le gardien des lieux, un charmant gaillard  tiré à quatre épingles et passionné  par son métier. En effet  Hamlet a commencé à travailler dès l’âge de 19 ans dans la fabrique. Aujourd’hui figure incontournable de la boutique, son expérience et sa disponibilité envers les visiteurs contribuent  à la convivialité de cette casa. Nous échangeons un instant quelques points de vue, notamment sur les cigares vendus aux abords de la boutique. Faux ! bien entendu, malgré les tentations et la curiosité de certains et au risque de vous attirer de gros ennuis, fuyez-les ! sans vous énervez. ( conseil  avisé d’Hamlet ) Leurs méthodes douteuses vous attirent, le plus souvent chez eux dans un appartement, dans le but de vous présenter des Cohiba ou autres cigares garantis 100% vrais : 8€ l’Esplendido ou 5€ si vous en prenez un lot de cent pièces. Le risque dans l’histoire, ce n’est pas de les acheter et de vous faire gruger de quelques centaines d’euros, mais de ne rien prendre au contraire, certains pourraient se montrer agressifs et faire preuve d’intimidation pour vous inciter à les acheter.

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La sacristie ( porte de droite )

En France avant de partir, comme tout bon aficionado qui se respecte, j’ai pris le temps de composer une petite liste de cigares à me procurer, devenus introuvables ou trop coûteux : Magnum 50 de 2005, Gold Medal Bolivar, Partagas série D1 de 2004 ou toutes éditions limitées antérieures à 2009, avec l’ambitieuse illusion de dénicher une boîte oubliée dans une vieille cave, cette boîte poussiéreuse à laquelle, nous rêvons tous qui renfermerait ce jolie trésor.

Hamlet me confirme cette réalité, ces cigares n’existent plus à Cuba !! Ou peut être réservés à une certaine clientèle privilégiée et  reconnue dont je ne fais malheureusement pas partie, pas encore ! Où peut-être n’existent -ils ‘plus’, comme le dit simplement,  Hamlet. 

Mais ma déception n’égale pas mon plaisir du moment. La dégustation de ce ‘Sir Winston’, accompagné d’un bon rhum (Havana club 7 anejo), n'est qu'enchantement. Dans l’ambiance feutrée et voluptueuse, madame souhaite jouer le jeu, le temps des vacances : ‘fumer un cigare avec moi’, c’est avec bonheur circonspect que je lui propose hésitant , un ‘Half Corona H.Upmann’ acheté précédemment, qu’elle accepte.

Nous nous éternisons là pendant plus de 2 heures entre regard complice et amusé, écoutant les discutions animées et bruyantes de cet Allemand auprès duquel s'affaire avec déférence notre ami Hamlet, qui d'ailleurs nous retrouve entre deux clients, et en bon vendeur ! me propose d’acquérir le coffret exclusif de 10 grands corona ‘San Cristobal’ édité spécialement pour le XVe festival Habano de mars 2013. Création réalisée, suite à une demande des participants frustrés de ne jamais profiter des nouveautés, Habano anticipe ce souhait et c'est chose faite cette année  avec ce coffret en cuir à bandoulière qui fût proposé aux festivaliers pour la somme de 100cuc/ 80€. Uniquement disponible dans les casa de la Havane et non à l'export. Certains jugeront ce cigare trop marketing, je leur répondrai ; sûrement. Et je m’en fiche. Je vous dirai cela lors d'une prochaine dégustation sur mon ressenti. En tous les cas il dégage une odeur très avenante et sympathique.

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San Cristobal XVe Festival Habano. ( grand corona )

Eh oui, toutes les éditions limitées, nouveaux modules arrivent presque toujours 4 à 6 mois plus tard sur le marché international. C'est même pire pour Cuba, puisque les premières boîtes disponibles seront destinées uniquement au marché extérieur, pour finalement les trouver dans une année à Cuba, le dernier servi.

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Coco taxi.

Après cette pose salvatrice, nous reprenons notre route vers de nouveaux desseins. Du Capitole, nous regagnons à pied 'Parque Centrale' (où se trouve l’arrêt de bus pour se rendre aux plages à l’Est de la Havane) où nous rejoignons l'avenue de 'Paseo de Marti' en direction de la Malecon. Sur ce trajet d'environ une bonne quinzaine de minutes, nous serons interpellés au minimum par 12 taxis cubains, 5 cocos taxi et 3 bici-taxi ! Les Cubains très soucieux de votre santé et de votre confort n'hésitent pas à vous proposer leur service toutes les deux minutes !  Mieux vaut  interpréter cela comme un excès d’amour, sinon c'est le ‘ pétage’ de plomb assuré ! Souvenez-vous en le jour où vous débarquerez à Cuba, restez zen en toutes circonstances. (à suivre )

14:21 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook |

03/05/2013

Cuba ( épisode 2 )

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Cuba est pour beaucoup d'entre nous un Eldorado, une terre sainte, la Mecque du cigare. Un terroir unique au monde jalousement protégé par l'Etat cubain, mais il y a un paradoxe à cette histoire qui étonnera plus d'un. À ma grande surprise, peu de Cubains fument le cigare à la Havane, vous trouverez plus de vendeurs de faux Cohiba que de fumeurs dans la capitale ! Pas si étrange que ça, les Habanos sont inaccessibles pour la majorité d'entre eux, même si les prix sont plus intéressants que dans l'hexagone, un Partagas D4 revient à 5€ ( 6,15 cuc ) 1/5e du salaire d'un simple ouvrier. Beaucoup préfèrent se tourner vers la cigarette meilleur marché ( Popular, Hollywood pour les plus connus se partagent le marché cubain ). Pour ceux amateurs de tabac noir, ils peuvent trouver dans les épiceries locales ( Libra ) pour quelques pesos cubains un cigare correct de type Corona, reconnaissable par sa petite bague bleu, fréquemment retrouvée dans les caniveaux.( un cigare produit uniquement pour le marché intérieur, plus communément appelé cigare paysan )
Par contre, pour moi ce ne sera pas un frein à ma consommation. Je ferai en sorte de fumer égoistement 2 à 3 cigares par jour dans les plus beaux endroits de la ville, hôtel, patio, bar...exactement 40 dégustations en tout et pour tout !

cuba épicerie


Retournons à la vieille Havane où les glaçons de mon Mojito finissent de fondre et de reprendre ainsi notre visite avec notre charmante guide Carmen. Nous atteignons maintenant La basilique San Francisco ( Saint François D'assise ) avec sa statue éponyme située non loin des quais, s’ensuit la cathédrale de la vierge Marie à deux pas de la Bodeguita del Medio située dans la petite rue Empedrado. Ce bar rendu célèbre par ‘Ernest H’ abonde de touristes en tous genres, chacun pose pour la photo souvenir devant la façade paraphée de centaines de pensées griffonnées au feutre par des fans du monde entier. Étonnant pour un écrivain, plus de 40 ans après sa mort, son empreinte reste indissociable des années Batista, malgré une rencontre furtive par la suite avec Fidel Castro lors d'une poignée de main fallacieuse entre les deux hommes, maintenant immortalisée pour la postérité sur de nombreuses cartes postales.

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Faîtes un tour sur le marché permanent sur la place des Armes, face au palais des Capitaines Généraux. Un lieu singulier pour ramener une part plus authentique de la Havane à la différence des breloques à souvenir. Un endroit parfait pour le chineur que je suis, et quelle découverte ? un exemplaire du 'Club Cigare' n° 33 de 2006 avec son magnifique reportage sur Zino Davidoff et sur l'histoire de Cohiba. Les étalages regorgent de livres sur la vie du 'Che', ‘Jose Marti’et sur Fidel, prosélytisme d'une révolution passée mais toujours présente à Cuba, ces livres côtoient aujourd'hui l’ennemi de toujours, dans des face à face improbables, parmi les héros de western immortalisés sur des romans photos et de vieux magazines américains, très à la mode dans les années 60. Des bagues de cigare pour les vitolphilistes, vieille montre à gousset, pièces de monnaie et décapsuleur coca vintage offrent aux flâneurs, d'innombrables tentations d’objets inutiles et hétéroclites. Pourtant un énorme livre attire ma convoitise, une encyclopédie qui n'est autre qu'un exemplaire unique, un recueil répertoriant tous les cigares du catalogue Habano antérieurs à 1959 ! Véritable trésor vendu pour 250€, trois kilos de papier que je préfère vite oublier afin de ne pas exploser mon budget dès les premiers jours, mais quel dommage !!

cuba le che guevara


Nous terminons par un petit repas dans le patio de l’hôtel Conde de Villanueva dans la rue Mercaderes n°202 en compagnie des paons qui se pavanent avec insouciance parmi les flâneurs. Ce lieu abrite aussi un lieu prisé des amateurs, la célèbre petite ‘Casa del Habano’ se trouvant à l’étage, accès par l’escalier de vert vêtu tout de suite sur votre droite, vous mène directement à ce repaire authentique et chimérique des vieux comptoirs du 17e siècle.

casa del habano

J’espérais y déguster un cigare, mais malheureusement impossible !, cette casa est très fréquentée par les groupes de touristes en provenance direct de Varedero ( station balnéaire située à 150km à l’ouest de la Havane ) pour la visite éclair de la ville, pas forcément experts de bonnes volutes. Dès le seuil franchi  se bousculent des grappes de 10 à 20 personnes où les femmes à leur grand désespoir sortent leurs mouchoirs pour se prémunir de l’odeur manifeste de cigare, certaines plus écoeurées finiront par quitter les lieux ! Accompagnées de maris dociles qui ne trouvent rien à y redire. Certaines oseront lâcher que «ça pue ! » vraiment lamentable me direz-vous ? Je suis de tout cœur avec vous. Préférez le matin vers 9h à l’ouverture ou  vers la fin d’après-midi vers 17h, les vendeurs seront plus disposés à vous conseiller et vous pourrez avec quiétude vous relaxer dans le petit salon au fond à droite. A défaut, je me suis contenté du patio pour un tête à tête avec un ‘Cohiba maduro 5’ réputé injustement très fort, accompagné d’un café aromatisé d’un peu de rhum qui s’est associé à merveille aux notes corpulentes et onctueuses de ce module exceptionnel. ( à suivre… ) 

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20:09 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

25/04/2013

Cuba ( épisode 1 )

Difficile de se remettre de pareil voyage, toutes ses émotions vécues à Cuba résonnent encore dans ma tête comme les cloches de Pâques. Une aventure unique que j'essaierai de vous faire partager dans quelques articles si vous m'encouragez à le faire ! Ce périple, je l'ai tant fantasmé et je me devais de le vivre pleinement, bien sûr 3 semaines c'est toujours trop court pour apprendre à connaître tout un pays me direz-vous ?

cuba,voiture américaine

Notre taxi !

Ce voyage que nous avons entrepris moi et ma petite femme se voulait proche des habitants, pour cela nous avons opté pour le logement en casa particolare qu'une amie Cubaine s'est chargée de nous réserver dans différents lieux de l’île. Ceux qui ne connaissent pas les casas particulares sont des chambres quune famille cubaine peut louer aux touristes de manière légale et très réglementée par les services étatiques du pays qui sapparente chez nous au gîte dune manière éloignée. Une chambre pour 2 personnes revient entre 25 cuc et 35 cuc suivant l'endroit pour une nuit ( 1 cuc = 0.8euro). Le cuc pour faire simple est la monnaie locale utilisée par les touristes. Sachez qu'aujourd'hui 2 monnaies coexistent à Cuba, le cuc ( pesos convertibles) et le Cup ( pesos non convertibles) celui-ci est difficilement accessible aux étrangers, utilisé par intrinsèquement par les Cubains dans leur vie courante pour lachat de denrées, marchés, épicerie ( libra), rémunération. ( 1 cuc = 26 Cup). Le salaire moyen représente environ 650 pesos cubain "cup" ou 25 cuc ( 20). Mais attention, détrompez- vous Cuba fait partie des destinations les plus onéreuses au monde malgré le mojito à 1.5 ! Comptez un budget confortable pour une personne denviron 35 à 45 par jour hors logement. Voilà quelques informations utiles, si vous projetez ce voyage un jour prochain.

cuba,voiture américaine

Notre premier contact avec le pays fut celui avec les agents gouvernementaux de l'aéroport, environ 1 bonne heure d'attente debout, je précise ! Sous une chaleur à faire fondre un Daiquiri en 30 secondes. Interminable où il faut s'armer de patience, où chacun doit se présenter muni de son passeport, de sa carte de touriste ( visa cubain) devant une des 15 guérites pour la prise de photo souvenir, des différents tampons administratifs, des vérifications en tous genres dont même l'agent n'en connaît pas toutes les significations, appelez cela le folklore administratif communiste. La représentation est gratuite, mais évitez tout de même dapplaudir ! Enfin nous voilà sorti, nous sommes à la Havane ! La chaleur est humide et pesante, la brillance de votre épiderme vous annonce un séjour sous le signe de la transpiration. Eh oui ! À Cuba il fait très très chaud, sachez-le. Évitez Juillet août, la période la plus chaude qui selon les Cubains est insupportable. En Avril, le thermomètre flirte tout de même avec les 35° ! Voilà pour la petite intro....

cuba,voiture américaine

la havane capitole,cuba

Le capitole en restauration et ses calèches

Première étape après 30 minutes de taxi s'est déroulée pour une semaine à la Havane dans une habitation modeste proche de Malecon ( le grand boulevard qui s'étend sur plus de 7 km sur le front de mer ), proche de la casa del America' aux prémices de l'avenue Los Presidentes' pour ceux qui situent l'endroit. Petite parenthèse sur le taxi, que je voulais en vieille américaine qui fut chose faite grâce à Ély qui nous attendait à l'aéroport José Martí. ( prévoir 25 cuc de l'aéroport au centre-ville, c'est le forfait non négociable en vigueur par tous les taxis, ensuite pour tous les déplacements dans la Havane le tarif syndical est de 5 cuc quelle que soit votre destination dans la ville. Un petit conseil, demander toujours avant d'embarquer cela vous évitera des déconvenues) eh oui les prix peuvent varier selon la tête du client, mais tout peut se négocier facilement avec le sourire.

Après une nuit que je qualifierai de chaude ou de très bruyante, c'est à choix ! Soit vous essayez de vous endormir avec le moteur d'un avion de chasse qui vous sert de climatiseur, soit vous choisissez le silence absolu avec pour compagne la chaleur étouffante et lourde du climat tropical. La majorité optera pour l'air conditionné, malgré le vrombissement incessant du réacteur. À cela ajoutez un petit décalage horaire de 6 heures ainsi qu'un changement à l'heure d'été au départ de Genève pour vous donner le tempo des vacances.

Après un petit déjeuner réconfortant et copieux, non compris dans le prix de la chambre, comptez 4 à 5 cuc ( 3 à 4 euros) composé principalement d'oeufs brouillés, de pseudo pain, d'Apisun ( miel cubain, le petit ourson ), de fruit exotique, de café ou de thé, d'un jus de mangue ou de goyave. Voici le petit déj traditionnel de l'île réalisé pour les touristes en casa particulares, très appréciable pour démarrer la visite de la Havane accompagnés de notre guide francophone "Carmen" et oui ça ne s'invente pas, pour rappel Carmen est une cigarière opérant au XIXe dans les fabriques de cigares de Séville, héroïne dune nouvelle écrit par Prospère Mérimée.

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Bar du Café de Paris ( La Havane )

10 minutes de taxi plus tard, nous voici face au Capitole en rénovation depuis quelques mois, centre névralgique de la capitale où le ballet incessant des vieilles guimbardes; Chevrolet, Buick, Bel Air, Ford, Lada vous enivre de leurs senteurs monoxydées où règne une frénésie embruns de nostalgie d'un monde perdu, celui dun temps où l'impérialisme américain sévissait sans partage sur l'île, une époque ou Hemingway dégustait son daiquiri au Floridita et son Mojito à la Bodeguita ou les bars, les casinos tournaientà plein régime, l'argent coulait à flots entre trafics d'alcool de la période faste de la prohibition des années Capone et autres mafieux, et de l'autre l'or blanc de l'industrie sucrière à lorigine des plus belles fortunes de l'île. Toutes ses voitures en sont le témoignage vivant, un patrimoine émouvant sorti dune vieille série B du genre "Des incorruptibles avec Éliot Ness" ou du film "Miss Daisy et son taxi", et plus récemment "LA confidentiel" avec Kim Basinger et Russel Crowe. Toutes ses voitures rutilantes, ronflantes et bardées de chrome ont pour la plupart été empruntées à leurs propriétaires fortunés pour un bail à durée indéterminé, repeintes au pinceau pour certaines, rafistolées, bricolées, retapées, restaurées, à bout de souffle pour d'autres. Elles continuent depuis plus de 60 ans à user leurs gommes jusqu’à la corde sur le bitume brûlant de la ville, dans un va-et-vient fantomatique permanent sur "el paseo de Martí" cette artère principale qui délimite le centre de la ville et celle de la vieille Havane.

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Hôtel où séjournait Hemingway

A cet instant, j'en profite pour griller mon premier cigare un joli Cohiba Siglo XVI et de me couvrir du chapeau traditionnel de paille acheté précédemment. Le chapeau de paille est le signe distinctif du touriste en visite dans la capitale, aucun cubain ne le porte hormis dans la région de Pinar del Rio par les campaseno et veguero, sachez-le. Chapeau = touriste lambda.

Le cigare entre les lèvres, je suis aux anges, la visite continue vers la rue Obispo qui nous fait naturellement sourire, un des endroits les plus fréquenté par les quidams comme moi. Inutile de chercher à passer inaperçu dans ce métissage urbain ou se côtoient Havanais et touristes, un courant qui nous mène directement et naturellement dans le centre historique. Le cigare, la chaleur, la marche... un Mojito serait fort appréciable et simpose, petit arrêt sur la terrasse du café de Paris face à lhôtel Ambos Mundos où résidait l’écrivain, pour une petite pause. Premier cocktail, premier cigare d'une très, très longue  série... ( à suivre )

 

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Havana Club ( eau de source locale ) à consommer avec modération

 

11:09 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |