03/09/2014

Ma journée avec Hendrik Kelner ( 2e partie ) Davidoff

 Lien pour la première partie.

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Davidoff République Dominicaine.

ED : « Est-ce que la cape ‘Yamasa’ a évolué depuis les tous premiers modules ? ».

HK : « Oui, bien sûr. A l’époque, la terre était difficile à travailler, en raison d’une acidité trop grande (Ph très bas). Pour neutraliser ces effets, nous y ajoutions du calcium pour équilibrer son Ph. Mais ça demandait beaucoup de temps avant que tous les paramètres biochimiques de la terre soient profitables à la croissance de la plante. Lors des toutes premières récoltes, nous récoltions souvent de petites et épaisses feuilles, leurs structures cellulaires étaient moins ouvertes et cela posait aussi des problèmes de combustion. D’où la production dans un premier temps de petits modules. (Sachez qu’une belle feuille de cape demande à être très grande et très fine pour convenir esthétiquement à un beau cigare).Il nous a fallu nous perfectionner dans nos méthodes de production et apprivoiser ce terroir afin qu’il produise des feuilles plus développées et plus souples à la fois ».


ED : « Comment se fait-il qu’Arturo Fuente, bien avant Davidoff réussit à produire un puro dominicain qui n’est autre que l’Opus X ? ».

HK : « La patience, le travail et l’évolution ! Notre terre était brute comme un cheval sauvage, il nous a fallu plus de temps pour la dresser pour quelle puisse produire de bonnes feuilles de cape. La seule explication, c’est qu’Arturo Fuente produisait ces feuilles sur un terroir plus adapté au nôtre ! La terre Yamasa est d’une composition faite de sable et le calcium avait tendance à rentrer trop vite dans la terre, de ce fait le tabac ne prenait pas à certains endroits. Donc pour mieux préparer les terres, nous devions nous y prendre 2 mois à l’avance pour y ajouter du calcium sous forme de chaux, 1 mois avant et une semaine après la récolte des feuilles, pour que le Ph se stabilise entre 6 et 7, mais ce calcium a aussi d’autres propriétés dont celui de bloquer l’aluminium néfaste à la plante. Dès les premières récoltes, le tabac ne poussait pas uniformément car la chaux était répandue manuellement, il nous a fallu moderniser et mécaniser ce procédé pour la pulvériser sous forme de poudre afin que les terres reçoivent équitablement les bonnes doses. Et c’est à ce moment-là que la terre fût enfin stabilisée, mais uniquement après la 3erécolte ! C’est très joli à voir ce linceul blanc de chaux qui recouvre les terres en cette période ».

ED : « Mais, pourquoi avoir choisi cet endroit ? ».

HK : « J’ai choisi cette terre de Yamasa en fonction de son climat particulier, son hygrométrie assez haute emmenée par les vents de l’Est, ‘les alizés’ soufflent sur les marais non loin de là et transportent cette humidité constante sur nos terres. Cela a pour effet de produire des feuilles de tabac avec une structure cellulaire plus ouverte moins serrée qu’au début. Voici l’explication : quand la feuille commence à sécher une fois récoltée, le processus de vie de la feuille s’arrête en temps normal. Mais grâce à l’humidité importante qui règne dans cette région, le cycle de vie de la feuille perdure pendant un moment lors de son séchage ».

ED : « Que se passe-t-il chimiquement pendant cette opération de séchage ? ».

HK : « Lorsque la feuille passe du vert au jaune, des premiers changements s’opèrent chimiquement au sein de la feuille par une transformation des  hydrates de carbone en sucre. Quand la feuille meurt, il y a oxydation des phénols. Sans entrer dans des explications trop compliquées que seul un chimiste expérimenté comprendrait ! Pour faire simple, ces phénols, cette molécule aromatique est séparée par une membrane très fine, quand la feuille meurt cette membrane se met en contact ! La couleur passe de jaune à marron et c’est à ce moment-là que les saveurs commencent à se développer. La même chose se produit sur un fruit, quand celui-ci est vert, il n’a pas ou très peu de goût, mais tout doucement le fruit murit, sa membrane se colle, le fruit change de couleur et le goût apparaît miraculeusement ! La feuille de tabac est comme ce fruit d’une certaine manière, elle doit être mûre pour développer ses phénols. Par exemple un fruit qui tombe sur le sol active ce même processus, à l’endroit du choc, les phénols oxydés et l’acide phénolique entre en contact et le murissement s’accélère ! C’est une manière d’expliquer comment la feuille de tabac réagit au séchage. Par contre, il faut savoir arrêter ce processus à temps ! »

ED : « Oui, mais comment savez-vous quel est le bon moment ? ».

HK : « La dernière partie de la feuille à sécher est sa nervure centrale, dès son séchage complet, elle détermine la fin du ‘process d’exsudation’. Un autre élément visuel pour le vegueros concerne la position des  perches sur  lesquelles les feuilles sont attachées, celles-ci remontent progressivement vers le haut afin de laisser la place aux feuilles plus vertes et plus récentes vers le bas, une fois tout là-haut vers le faîtage de la ‘casa del tabaco’, elle confirme qu’il est temps de les retirer. A ce moment-là, tous les échanges biochimiques intrinsèques terminés et stabilisés ne bougeront plus ! Par contre plus la feuille est épaisse, plus elle a du corps et plus il y aura d’humidité dans le rancho. L’oxydation sera beaucoup plus complexe et sa couleur deviendra plus sombre vers des teintes maduro/oscuro.

Toutes ces découvertes sont généralement issues d’accidents heureux. Prenez par exemple le tabac de Virginie (tabac à cigarette). L’histoire de ce tabac à la couleur si singulière remonte au 18edans l’état du même nom. En ce temps cette région souffrait d’un climat trop humide. Pour résoudre ce problème, les ‘casa del tabaco (maisons de séchage) devaient  être chauffées artificiellement avec des braises pour sécher les feuilles et évitez qu’elles ne pourrissent. Ces braises que l’on mettait dans un trou creusé généralement au milieu du bâtiment, dégageaient une source de chaleur qui devait être constamment maîtrisée durant toute la nuit, une tâche ingrate souvent confiée à des esclaves. Mais un jour l’un d’entre-eux chargea plus qu’il n’en fallait cette fosse en braise, sûrement  pensait-il s’être débarrassé de cette corvée afin de gagner quelques heures de sommeil ! Grosse erreur ! Cette manipulation hasardeuse permit une montée trop rapide de la température et donc un séchage inadéquat. Au petit matin, quel fût la surprise pour le ‘maître’ en découvrant la couleur jaune de ses feuilles !

Cette esclave évita pourtant une punition exemplaire pour avoir gâché toute une récolte.

Eh oui ! Etonnamment ces feuilles rencontrèrent un véritable engouement lors de la vente la semaine suivante, ainsi le paysan réussit tout de même à vendre sa production 4 fois plus chère qu’à l’accoutumer. Personne ne connaissait cette couleur si jaune et  n’avez vu quelque chose de semblable ! Avec ce goût si particulier, très douceâtre et légèrement suave qui offrit à la filière du tabac de nouveaux horizons aux USA. Comme quoi une erreur peut parfois aboutir sur une étonnante découverte ! 

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Hendrick Kelner.

ED : « Alors que s’est-il passé cette nuit-là ? ».

EK : « Le processus de séchage trop chaud et trop rapide a stoppé l’oxydation naturelle de la feuille verte ‘la chlorophylle’ vers le marron ‘ la carotène’, en fixant sa couleur au moment où elle commençait à jaunir. Au même moment les hydrates de carbone contenus dans la feuille sont devenus sucre (En temps normal ce sucre perd de son pouvoir et s’estompe progressivement pendant la phase de séchage de 40 à 45 jours pour le tabac noir). Mais pour le tabac de Virginie ce cycle se réduit à 3/ 4 jours de séchage dans des séchoirs modernes, au gaz pour la plupart et régulés automatiquement. Ils obtiennent un tabac plus doux que le tabac noir, plus adapté pour aux fabricants de cigarettes.

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Tabac de Virginie.

La ‘capa verde’, la cape verte rejoint à peu près le même développement évoqué ci-dessus. Sauf que dans ce cas, on n’attend pas que la feuille change de couleur, elle est séchée encore plus rapidement pour fixer sa couleur verte. Ici ce processus se réduit à une cinquantaine d’heures. La feuille verte n’a pas eu le temps de transformer ses hydrates de carbone en sucre, le goût est donc bien différent du tabac de virginie qui se traduit par un goût insipide très végétal comme de l’herbe. Cela n’apporte rien gustativement, c’est juste un effet de mode de fumer un cigare de couleur verte ».

les cigares selon edmond_davidoff camacho verde.jpgED : « Comment déterminez- vous le moment juste pour commencer la récolte? ».

HK : « Pour le vin, lorsque les vendanges approchent, le vigneron peut mesurer la teneur en sucre du raisin avec un instrument appelé réfractomètre. Cet outil de mesure détermine la concentration en sucre dans un liquide par réfraction de la lumière, ce qui permet au vigneron de commencer les vendanges au meilleur moment. Mais pour le tabac, c’est bien différent ! Aucun instrument savant ne peut nous aider ! Mais avec de l’attention et de l’observation, et cela en parfaite adéquation avec la nature nous comprenons chaque message qu’elle nous suggère à chaque nouveau cycle de sa croissance. Chez nous, nous attendons le tout dernier moment, lorsque la feuille de couleur s’éclaircit vers un vert un peu plus plus clair pour commencer la récolte. Ce signe, c’est la plante qui le décide, il faut simplement comprendre et respecter cette nature. Comment ? Eh bien, avec une présence permanente de tous les jours dans les plantations, vérifier, décoder tous ses petits signes. La feuille d’une certaine manière nous parle. Elle doit se détacher sans résistance, sans effort de sa tige centrale ! Avec un petit bruit, un petit claquement bref ! Ce son si singulier se répercute au travers des champs de tabac comme une véritable musique, c’est unique et très beau à entendre ! Par contre si vous essayez de retirer une feuille pas encore mûre, le pétiole (la queue) se déchirera de sa tige principale. Une métaphore que j’aime partager est celle-ci : ‘Après avoir changé de couleur, la feuille se prépare à un long voyage en tirant sa révérence. Lourde, elle se penche vers la terre comme dans un ultime soupir et lui murmure un merci de l’avoir si bien nourri. C’est fini, je peux m’en aller maintenant’ ».

ED : « Comment procédez-vous ensuite ? ».

HK : « Nous commençons par les feuilles basales du plant (les feuilles du bas), ce prélèvement minutieux est toujours effectué par paires, car celles-ci ont mûri ensemble ! Après 3 à 4 jours on recommence l’opération avec une autre paire de feuilles et cela jusqu’au sommet de la plante. Certains peu soucieux de la qualité et surtout pour gagner du temps, récoltent 4 feuilles en même temps pour minimiser le travail et ainsi augmenter leur rentabilité. La récolte par paires est plus contraignante, plus chère et plus longue, mais beaucoup mieux pour la qualité ! »

ED : « Y a-t-il une taille réglementaire de la plante qui s’impose dans toutes les cultures de tabac noir ? ».

HK : « Non ! Cela dépend de plusieurs choses dont la génétique de la semence. Quand la fleur commence à sortir, c’est comme pour l’adolescente qui vient d’avoir ses menstruations en devenant femme, sa croissance s’arrête à la suite de cet évènement. Pour le tabac, c’est un peu la même chose, certaines semences donneront un plant plus petit ou plus grand selon le moment où la fleur apparaît (les menstruations pour la femme), ça c’est le génome de la plante qui le détermine. Il y a des pratiques de culture où on élimine très tôt la fleur d’où certaines conséquences pour la plante, l’essentiel de son existence est de perpétuer les  prochaines générations. La plante est programmée dès sa naissance pour produire la meilleure semence contenue dans la fleur, en la retirant trop tôt celle-ci se venge et produit des fils non désiré en partie basale qui seront dévastateurs à la toute première pousse qui sera délaissée nutritivement au profit de ses fils ! D’où la nécessité de les éliminer très rapidement sur chaque plant. Cela peut engendrer à l’ensemble de la plantation un travail supplémentaire non négligeable et des répercussions très importantes sur la rentabilité de la récolte si ça vient d’une erreur d’appréciation du veguero. Pour certaines cultures, on peut faire le choix délibéré d’éliminer que très  tardivement la fleur, comme pour les feuilles de cape du Connecticut par exemple, en laissant la plante nourrir la fleur, les feuilles s’appauvrissent et produisent une texture plus fine et légère en goût, idéale pour les feuilles de cape. Par contre, si on veut plus de puissance et de corps, on élimine le bourgeon très tôt ! Afin que la plante nourrisse et produise en priorité les feuilles, celles-ci seront plus petites et plus grasses. Dans les plantations d’Estelli au Nicaragua, ce goût plus intense vient directement de ce choix, chez eux ils choisissent de stopper la croissance de la plante très tôt pour ne récolter que 12 feuilles contre 16 en République Dominicaine. Le goût nicaraguayen provient principalement de ce choix, offrant un goût plus brut et intense très apprécié par de nombreux amateurs.

Une chose est la génétique et l’autre la culture. Mais un autre facteur déterminant concerne le climat ! Pas assez de pluie, la plante se sent stressée, elle se dit « Je vais crever ! » Pour sa survit elle sort ses fleurs plus tôt avant qu’il ne soit trop tard pour elle, mais elle ne produit pas assez de feuilles. Cette année en 2014, nous avons subi une sécheresse exceptionnelle en Rép. Dom, les plants n’ont pas produit le nombre de feuilles souhaité ! A l’inverse trop de précipitations, les fertilisants iront trop profondément dans le sol, devenant inaccessibles aux racines.

Un facteur de croissance indissociable des autres concerne la qualité nutritive de la terre. Celle-ci s’épuise très rapidement par la culture du tabac. Sans cesse nous devons la fertiliser, lui apporter tous les minéraux nécessaires pour être un bon nutriment à la plante. Une carence ou un excès d’eau d’un terrain peut être aussi très néfaste, trop gorgé d’eau les racines deviennent plus petites et la plante ne se nourrit plus comme à son habitude. Il y a quelques années lorsque je suis allé à Cuba visiter les plantations en tant que touriste (petit sourire) Dans l’une d’elles je me suis aperçu que certaines zones poussaient de manière sporadique, très vite j’en compris l’origine. En effet, le système d’irrigation n’était pas uniforme, certains plants recevaient trop d’eau et d’autres pas assez. Discrètement, je me suis permis de le signaler au veguero. D’abord étonné et intéressé ensuite par mes conseils, il m’interpella amusé : «Toi, tu n’es pas un simple touriste ! » (Rire) 

ED : « Qu’est-ce qui fait cette différence entre le tabac Cubain et Dominicain ? D’où provient cette différence de goût ? ».

HK : « A la différence de Cuba, nous avons une terre plus acide (Ph faible)que nous devons équilibrer avec l’ajout de calcium. Par contre ce calcium qui équilibre la terre autour de 5 à 6 de Ph à aussi un effet pervers, puisqu’il  bloque l’assimilation du fer par la plante. Même si l’on ajoute des suppléments ferreux, la plante ne l’absorbe pas comme il faut. A Cuba, la terre est riche en fer et son Ph est naturellement beaucoup mieux équilibré que le nôtre».

ED : « Qu’amène le fer de si important dans la perception des saveurs ? ».

HK : « Le rôle du fer dans le cigare apporte plus de persistance dans la dégustation, c’est ce qui différencie principalement le goût cubain avec celui du tabac dominicain. Dans la zone de partido à Cuba la terre est très rouge, très riche en fer et d’un ph neutre. En république Dominicaine à part la terre de Yamasa qui est une zone de culture expérimentale, à part des autres, le reste des cultures traditionnelles Dominicaines sont moins riches en fer. Par exemple pour la création des cigares Millénium, nous avons trouvé une région proche des montagnes, plus au centre, une terre moins acide et mieux équilibrée naturellement en fer,  cette terre permet d’offrir aux dégustateurs des mélanges de tabacs  plus persistants. Une sensation appréciée en général par les fumeurs de cigare Cubain ».Tous les ans à Yamasa, nous mesurons le Ph pour s’assurer qu’il ne tombe pas à 6, mais qu’il reste sur une valeur plus neutre comme 7. (Voir tableau sur le Ph ci-dessous pour comprendre les différentes valeurs d’acidités) ».

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ED : « Que se passe-t-il, si au contraire la terre contient trop de fer ? ».

HK : « S’il y a trop de fer le tabac devient trop épicé et trop poivré, à Cuba cela donne un goût de bois ».

ED : «Pourquoi avoir choisi cette région de Yamasa pour produire de nouveaux tabacs ? ».

HK : « Cette région que nous qualifierons d’expérimentale offre un sol d’une qualité rare en Rép. Dom grâce aux montagnes environnantes qui nous apportent naturellement son lot de minéraux dont nous avons besoin grâce aux pluies et aux ruissellements. De l’autre côté des montagnes on trouve des exploitations minières d’or, de fer, de cuivre et de nickel, bien sûr suffisamment loin pour ne pas nuire à nos plantations. La présence de ces mines atteste de la richesse exceptionnelle de cette région. Cette terre de Yamasa, nichée au pied de ses montagnes est une bénédiction de la nature pour produire des tabacs toujours meilleurs ».

ED : « Y a-t-il un autre élément pouvant nuire aux saveurs ? »

HK : « Trop d’aluminium dans la terre a aussi une influence non négligeable qu’il faut aussi surveiller ! Mais un autre facteur sur la qualité du tabac est bien entendu la fertilisation à base de produits naturels dont le soja par exemple ».

ED : « Comment du soja ?

HK : « Ce soja réduit en poudre provient essentiellement du Brésil, plus précisément ce sont les résidus de la filière de production d’huile de soja d’Amérique du sud. La particularité de sa provenance, c’est qu’elle contient encore une quantité infime d’huile très intéressante pour la qualité des feuilles. Bien plus bénéfique que le soja américain beaucoup trop raffiné, trop pauvre ! Nous pourrions aussi utiliser directement les graines broyées, mais les coûts de fertilisation exploseraient bien évidemment. Cette huile a un effet direct et visuel sur la feuille en lui apportant une plus belle brillance !

En Ecuador, ce n’est pas le soja mais les résidus de la transformation du coton qu’on utilise pour la fertilisation. La chaux, le soja stimule la microbiologie en facilitant l’assimilation de tous les composants nutritifs à la plante. On y ajoute aussi du potassium, du phosphore et aussi un peu de magnésium. Ce magnésium influence la combustion du cigare par une couleur de cendre plus blanche. Dans cette alliance calcium/magnésium, le calcium donne de la tenue à la cendre, sa densité et sa friabilité. Si pendant la phase de curation des feuilles, il y a trop de magnésium ! La feuille reste trop verte, ne mûrit pas et ne sèche pas. Pour la couleur de la cendre cela dépend aussi de la structure cellulaire de la feuille, (plus serrée = plus sombre) et (plus ouverte = plus clair) ».

ED : « Y a-t-il un composé chimique extrêmement nocif à la plante et quels sont les effets ? ».

HK : « Le premier ennemi de la plante, c’est bien le chlore !!

Le chlore empêche la combustion, beaucoup de producteurs connaissent ces effets dévastateurs sur la plante, mais peu comprennent exactement cette biochimie complexe. Voici ce que je peux expliquer simplement pour que vous compreniez, le tabac comme le raisin contient des acides (citriques et maliques). Et ça, ce n‘est pas bon pour la combustion et le goût. Pour annuler ces effets, nous ajoutons du potassium ! Dans le résultat de ses échanges moléculaires de potassium avec les autres atomes (citriques/ maliques) se créent de nouvelles molécules appelées ‘sels organiques’ qui eux seront combustibles. Mais ces nouvelles molécules fragiles ne supportent pas le chlore ! Ce chlore au contact des ‘sels organiques’ sépare à nouveau la molécule en 2 parties, le potassium d’un côté et les acides de l’autre. Ces effets seront néfastes à l’aromaticité de la feuille, s’illustrant par un mauvais goût en bouche et une combustion très difficile. C’est une des raisons majeures qui influence la saveur d’un cigare produit au Honduras, au Nicaragua, en république Dominicaine, à Cuba, etc…

ED : « Concernant l’eau utilisé pour l’irrigation du tabac, d’où provient-elle ? ».

HK : « Cette eau provient essentiellement des puits et des cours d’eau, mais comme pour la terre, l’eau est aussi très acide. Cela n’était pas sans conséquence dans le passé, surtout pour le traitement des plantes contre diverses maladies à l’aide de produits chimiques, malheureusement  moins efficaces lorsque la terre est acide ! Ce qui nous obligeait à sur doser pour rendre leur efficacité.

Aujourd’hui tout a bien changé,  nous stockons d’abord cette eau dans des bassins avant d’irriguer, pendant un laps de temps déterminé afin que le ph se neutralise autour de 7, ensuite nous irriguons. Grâce à ce procédé nous avons divisé par 2 l’emploi de pesticides, et nous travaillons constamment à baisser ces doses. Une des solutions efficaces pour lutter contre ces maladies est la modification génétique des plantes, en créant de nouvelles semences (des hybrides) offrant plus de résistance aux différents parasites. Mais un hybride est stérile, il ne peut pas produire de nouvelles semences de manière naturelle par pollinisation. Chez nous, il existe un secteur de production d’hybrides, nul besoin d’être très grand puisqu’une fleur produit à elle seule jusqu’à 30 fleurs, et une fleur produit jusqu’à 40 000 semis !! Nous ne prenons pas toutes les fleurs, mais uniquement celle du haut et nous n’utilisons pas toutes les graines. Celles-ci sont triées pour sélectionner les meilleures, les plus belles et les plus grosses qui représentent seulement 30% de cette production. Le but est de concevoir des semences toujours plus résistantes.

Il faut constamment se battre contre la nature, faire des analyses d’eau, de terre afin de garantir un tabac fidèle aux orientations gustatives de la marque. C’est un travail de patience et d’abnégation au sein des cultures, la moindre erreur de jugement et une récolte peut être anéantie ».

ED : « Quelles sont les différences d’appréciation entre un cigare Cubain et un cigare Davidoff ? ».

HK : Chez Davidoff, La philosophie du goût est complètement différente des autres pays producteurs. Nous, nous recherchons une activation olfactive globale de toutes les différentes zones de la bouche. (Voir schéma ci-dessous). La stimulation Cubaine est plus linéaire, vers le fond de la bouche, mais peu sur les côtés ! Chaque mélange a un rôle à jouer pour activer une zone sensorielle plus qu’une autre à l’intérieur de la bouche.

Un cigare typiquement dans la philosophie Davidoff est bien le Notables (Puro d’Oro), un cigare d’une très belle complexité aromatique qui stimule toutes les différentes zones. Par contre si tu fumes, un Magnificos (Puro d’Oro) ou un Eminentes toujours dans la ligne Puro d’Oro, ces deux là stimuleront en priorité le fond de la bouche à la manière d’un cigare cubain, ce sont des stratégies de marché! Mais quoi qu’il en soit, dans l’ensemble nos cigares résultent d’un travail ordonnancé vers une ouverture gustative toujours plus large. Si je prends du tabac‘ San Vicente’, je sais qu’il activera les côtés latéraux de la langue ! Maintenant les Cubains se tournent vers des cigares plus suaves et plus légers, car le marché connaît une forte demande pour ce type de sensation. Alors que Davidoff fait tout le contraire, nous allons vers des sensations plus fortes et intenses ».

ED : «  Comment avez-vous procédé pour la nouvelle ligne ‘Davidoff Nicaragua’ ? ».

HK : « Pour notre cigare ‘Davidoff Nicaragua’, nous avons fait quelque chose de complètement différent, nous avons pris du tabac d’Ometepe et un tabac de Condega qui stimule les côtés de la langue de manière moins traditionnelle qu’un cigare classique du Nicaragua.

Le mélange typique d’un cigare du Nicaragua se compose souvent de tabac d’Estelli et de Jalapa (plus linéaire en bouche) ».  

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ED : « Fumez-vous parfois d’autres cigares que du Dominicain, peut-être du cubain ?

HK : « Non, non…Le seul que j’ai fumé, c’est en Russie la semaine dernière, un cigare cubain spécialement conçu pour l’événement auquel je participais !

ED : « Mais lorsque vous créez un nouveau mélange, est-ce que l’inspiration vous vient de la synthèse des différents terroirs de par le monde ? »

HK : « Après avoir fumé tant de cigares dans ma vie, je peux me passer de cette corvée ! Pour répondre simplement à cette question, je dirai qu’aujourd’hui nous faisons de la création, nous expérimentons à l’aide de nouvelles semences uniques au monde, le Davidoff 100e anniversaire a été conçu avec ce genre de tabac. Des tabacs uniques pour un goût unique qui n’existait pas avant ! La synthèse des autres terroirs ne me sont plus d’aucune utilité ».

ED : « Pourquoi certains cigares fatiguent plus que d’autres ? ».

HK : « Quand la bouche sèche, tu salives plus, la fumée se dilue dans celle-ci et tu fatigues moins ! Un ‘Magnificos’ donne envie de boire par exemple, mais un ‘Notables’ non ! Dans la même ligne de cigare comme le Puro d’Oro, tu peux avoir de grosses différences de mélange de tabacs. Ce n’est pas juste le format qui change !

ED : « Pourquoi certaines capes sont brillantes et d’autres mats ? (Question suggérée par Olivier Nehr, collaborateur de Mr Mathys)

HK : « Si la structure cellulaire est plus ouverte à cause de l’humidité, les huiles consécutives à la photosynthèse vont d’une certaine manière mieux se fixer, à cela ajoutons la petite incidence du soja. Tous ces facteurs donneront une cape plus brillante. A l’inverse, si la constitution cellulaire est trop serrée due à un climat trop sec et un séchage inadéquat les huiles essentielles sur la surface de la feuille ne seront pas en quantité suffisante pour lui donner suffisamment de brillance.

ED : « Mr Kelner, il est déjà 18h30 ! Je pense que nous allons nous arrêter là, avec regret je vous libère de cette interview, en vous remerciant pour votre disponibilité et votre générosité pour ce moment de partage, qui je l’espère, passionneront mes lecteurs. Encore merci à vous pour cette journée !

L' intégralité de l'interview se trouve ICI au format PDF.

 

 

11:52 Écrit par Edmond Dantes dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2014

Ma journée avec Hendrik Kelner ( 1er partie ) Davidoff

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Nous sommes le 20 mai 2014 et il est précisément 13h30 ! Lorsque je reçois un appel inattendu de Thomas Mathys (responsable de la boutique Davidoff à Genève) : « Bonjour Edmond, c’est Thomas ! Une petite info qui devrait te plaire pour ton blog. Hendrik Kelner sera sur Genève cette fin de semaine, que dirais-tu de le rencontrer ce vendredi  lors d’un déjeuner suivi d’une interview exclusive autour d’un cigare au sein de notre boutique ? »

Waouh…je n’en croyais pas mes oreilles !! Un peu abasourdi et après quelques secondes de réflexion, pas beaucoup plus ! : « C’est génial d’avoir pensé à moi Thomas, c’est un grand ‘OUI’ bien sûr ! Un privilège que je ne manquerai pas.» Passons les détails afin de m’organiser, le rendez- vous était pris pour 14h30, restaurant « La Cigogne » établissement Genevois très réputé de la ville, situé place de Longemalle à 50mètres de la boutique. Un peu anxieux tout de même de rencontrer ce personnage, celui par qui Davidoff conçoit aujourd’hui et cela depuis presque 25 ans tous les cigares dominicains du groupe Davidoff en passant par AVO et Griffin. Il est aussi l’ami des premières heures de Zino Davidoff, rencontré dans les années 90, une collaboration courte mais efficace entre ces deux hommes de talent qui façonnera à jamais le renouveau de la marque jusqu’à nos jours. Malheureusement Zino quitta l’aventure en 1994 (date de son décès).

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Hôtel "La Cigogne"

Cette rencontre avec Hendrik Kelner me donne l’occasion inespérée d’effleurer le génie d’un homme dont la vie entière a été consacrée au cigare, comme si un gastronome amateur se voyait invité à se joindre à la table d’un Paul Bocuse ou d’un Alain Ducasse et dans le même temps déguster en fin de repas un vieux rhum Clément sous la tutelle avisée d’un Mr De La Guigneraye’! Cette analogie des genres n’est en rien exagérée pour tout aficionado qui se respecte. Voici pour vous le résumé de cette journée trépidante, une interview construite sous forme de brunch anecdotiques et métaphoriques, d’explications agronomiques et passionnantes signées Henky (Hendrik Kelner).

Vendredi 23 mai 2014, 14h…Le jour J.

Après avoir pris place, moi, Thomas, Mr Kelner et Mme Kelner sans oublier Roxana une amie Cubaine qui s’est volontiers jointe à nous pour m’aider dans les traductions espagnoles. Nous commençons tranquillement nos agapes entrecoupées de quelques généralités, de discussions légères et curieuses sur les différents choix culinaires de nos plats. Pour ma part, je choisis les ris de veau cuits au four à l’étouffée dans sa feuille de tabac, tout à fait de circonstance pour commencer cette journée. 45 minutes plus tard, le serveur revient et me présente le ris de veau à la sortie du four encore tout enveloppé, amusé par ce plat Henky demande à sentir de plus près ce drôle de paquet ! Après quelques minutes de réflexion, il affirme tranquillement : « C’est sûrement une feuille de Virginie, la couleur très ‘amarillo’ (jaune) et son goût douceâtre s’adapte parfaitement à la cuisine de chef » Le regard médusé, nous acquiesçons cette première leçon avec étonnement. Plus détendu maintenant en cette fin de repas, le vin aidant, nous conversons allégrement entre espagnol, anglais et français sur des thèmes divers et variés sous l’égide et la bonhomie d’un Henky toujours soucieux de nous donner les meilleures explications sur les diverses questions abordées, sans oublier la gentillesse et l’altruisme de Mme Kelner pour qui la culture du tabac fait partie de sa vie, en effet Mme Kelner participe activement aux diverses recherches agronomiques entreprises en République Dominicaine par son mari.

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Mme Kelner & Mr Kelner

ED : « A la question, quel est votre secret pour créer de nouveaux mélanges ?  (Question un peu absurde quand on y pense, mais pas forcément !), Voici son idée sur la question ».

HK: « Quand je rêve, je crée ! Vois-tu lorsque tu dors, il est difficile de se souvenir de tout. Mais avec le temps et de la concentration, j’ai pris l’habitude de prendre une douche tiède de suite au réveil, pendant ce moment de quiétude avec moi-même je me remémore mes rêves avec plus de clarté, tout me revient doucement au bout de quelques minutes ! Ainsi en dormant je travaille à de nouveaux mélanges, de nouvelles idées tout en rêvant. Ensuite lorsque je retrouve mes fidèles collaborateurs et amis, certain en me voyant arrivé me lance d’une voie ironique «  Vous, vous avez pris une bonne douche ce matin, qu’avez-vous rêvez pour nous ce matin señor Kelner ? » Le secret de la réussite est très simple: ‘Dormir pour ne pas se reposer, mais dormir pour rêver ! » Un très bel aphorisme dans lequel nous pourrions tous puiser notre inspiration et nos ambitions ».

ED : « Et aujourd’hui Mr Kelner, qu’elles seraient vos rêves de cigare pour l’avenir ? ».

HK: « On ne peut pas savoir quelles seront les meilleurs mélanges à venir. Et je ne crois pas qu’un jour nous le saurons, c’est quoi un bon cigare ?, c’est quoi la meilleure terre ?, c’est quoi le meilleur terroir ?, la meilleure semence, etc…Si nous arrivions à répondre à toutes ces interrogations, tous nos espoirs et nos rêves n’y survivraient pas. Chaque nouvelle journée doit être consacrée à créer et tester de nouvelles choses et les améliorer, apprendre et comprendre un petit peu plus chaque jour sur la nature. La condition n°1 pour éveiller l’apprentissage, c’est l’humilité ! On peut s’instruire de quelqu’un qui cultive la terre alors que cette même personne ne sait ni lire et ni écrire. Celui qui prétend tout savoir n’est qu’un âne, en définitive,  il ne sait rien, il ne comprendra jamais le travail des paysans ainsi que la nature et le temps qui façonnent jour après jour la semence, la plante.  Encore une seconde chose, plus tu penses avoir compris, moins tu en sais ! Parcequ’une découverte apporte à son tour son lot de nouvelles questions, comme une multitude de portes qui s’ouvrent simultanément vers d’autres horizons, d’autres interrogations ».

ED : « Comment depuis 25 ans de collaboration avec Davidoff, votre travail s’effectue-t-il  en république dominicaine? Etes- vous influencé, voire dirigé par les différents responsables qui gèrent les intérêts commerciaux de la marque aux quatre coins du monde ? ».

HK: « La création, la composition d’un cigare s’écrit comme de la poésie, celle-ci provient de l’intérieur de soi, elle fait appel à des émotions très personnelles que l’on couche un jour sur du papier pour ne pas les oublier, je sais  ça fait très romantique, mais tout commence comme cela ! Mais à côté, comme tout commerce, les impératifs de marché nous rappellent que nous devons  satisfaire certaines demandes du marché. Ecrire ce que l’on vend demande à suivre un cheminement précis alors que la poésie est illimitée! Dans le cigare, comme dans la poésie il doit y avoir de la rime. La seule différence entre un cigare et un poème, c’est qu’un poème ne change pas, il se lit toujours de la même façon grâce à une ponctuation précise. Alors que le cigare, lui change tout le temps, il faut sans cesse équilibrer la stimulation et la consistance qui évoluent à chaque fois afin d’être le plus proche possible de la recette initiale.

J’aime comparer le cigare à l’amitié. Qu’est-ce que l’on attend de son meilleur ami ? On attend d’un ami qu’il soit fidèle avant tout, (rire) mais rien à voir avec l’autre le ‘Fidel…

Bref tu attends d’un ami une amitié loyale et équilibrée à chaque fois que tu le retrouves. Les relations avec un ami du type bipolaire ou lunatique par exemple deviendraient angoissantes pour à rencontre !

Un cigare est comme votre meilleur ami, même après 1 semaine, 1 mois, 1 année, les retrouvailles doivent être les mêmes et conformes aux premiers jours de votre rencontre. Pour le cigare, cette régularité et cette consistance donnent au fumeur un sentiment  sécurisant et de quiétude. Le fumeur retrouve dans sa dégustation un souvenir olfactif rassurant et apaisant, celui des retrouvailles avec un fidèle ami ! ».

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Hendrik Kelner

ED : « Mr Kelner poursuit cette discussion, sur les origines du goût que nous percevons en fumant un cigare. ».

HK : « Tout provient de la fumée qui encense et stimule les différentes parties de notre langue. Prenons deux cigares différents, leurs stimulations respectives sont déterminées par leur génotype (c'est-à-dire le patrimoine génétique de la semence) et de son environnement (la terre, le climat et le labeur des hommes). Cette saveur perçue dans ta bouche provient du type de terroir, de la graine choisie, du choix des feuilles sur la plante, du soleil, de la pluie, ensuite vient le séchage et les divers processus de fermentation, jusqu’au mélange final qui déterminera l’identité de ce cigare. Toutes ces phases de production donneront une composition chimique unique à la fumée, ainsi qu’une consistance propre à ce type de cigare. Et ce mécanisme qui semble immuable évolue sans cesse à chaque récolte ».

ED : « Comment faites-vous pour retrouver chaque année les caractéristiques olfactives et individuelles de tel ou tel cigare? ».

HK : « Dans un premier temps, Il faut séparer les semences et les attribuer en fonction de chaque terroir, ensuite au stade de la récolte vient le rôle de la sélection des feuilles (les différents étages foliaires), puis l’attribution de l’année de récolte, tout est minutieusement répertorié et stocké dans des entrepôts. C’est comme la cuisine d’un grand restaurant, le cuisinier mélange chacun de ses ingrédients pour réaliser une recette écrite et répétitive pour chaque service.Voilà, pourquoi tu associeras 20% de tabac de celui-là avec  40% de celui-ci, etc… ! Afin de toujours respecter une nomenclature précise et établie.Chaque tabac joue son rôle dans le goût, certains stimuleront uniquement le fond de la bouche, d’autres ce sera plus sur les côtés de la langue et parfois le bout de la langue avec des tabacs plus épicés. On trouve aujourd’hui des tabacs sucrés, salés, amers, acides, piquants, des sensations démultipliées par une multitude de nuances avec lesquelles nous composons chaque jour ».

Petite intervention de Thomas Mathys.

TM : « Maintenant, nous allons passer de la théorie à la pratique et nous rendre au magasin choisir un bon cigare, car la meilleure façon d’en parler, c’est bien sûr dans fumer un ! »

ED : « Quelles sont vos plus beaux souvenirs de cigare ? ».

HK : « J’ai bien des souvenirs, mais je ne pense pas que ce soit si important que ça ! Par contre, je me souviens d’une chose anodine qui me semblait peu importante à l’époque, mais s’est révélée dans le futur d’une belle réussite que je peux classer comme ‘bon souvenir’. Cela remonte à 11 ans maintenant, à l’époque nous avions décidé de changer le profil d’un cigare Davidoff, pour cette demande je m’étais procuré de très belles feuilles de cape en provenance du Nicaragua, malheureusement après moult débats divergents avec les différents responsables, ce projet de feuille de cape Nicaraguayenne tomba dans l’abandon et finalement toute cette production fût tout simplement oubliée pendant 10 ans. Mais passé ce temps, les choses ne pouvaient qu’évoluer dans le bon sens, puisque le marché du cigare au Nicaragua très florissant nous suggérait de créer une ligne ‘Davidoff Nicaragua’. Après un bon rêve et une bonne douche (rire complice),  l’idée d’utiliser mes feuilles oubliées du Nicaragua devenait limpide ! Voilà un très bon souvenir, comme quoi rien n’est jamais perdu ! »

ED : « Petite pause après être sorti du restaurant, le temps de nous rendre de l’autre côté de la rue à la boutique Davidof ». Nous nous retrouvons  tous maintenant dans la boutique où nous croisons un fidèle des lieux, Mr Charly Schwarz, personnage singulier et attachant de Genève ( ancien reporter de presse, politicien et artiste photographe ) et bien sûr amateur de cigare, forcément quelqu’un de bien !

Charly profite de cet instant pour questionner Mr Kelner ».

CS : « Selon vous, quel serait le meilleur choix de cigare réunissant à la fois le goût à un prix moyen entre 8 et 11 CHF dans l’ensemble des marques Davidoff ».

HK : « Le Z - Class 643 Zino Platinium à 9,60 CHF réunit très bien ces deux qualités ! ».

ED : « Cette question anodine de Charly oblige Mr Kelner à développer sur la nature de la sous-cape, cette semence rare connue sous le nom de ‘Pelo d’Oro’, choisie justement pour la ligne ‘Z – Class ».

HK : «Le « Pelo d’Oro » est une semence hybride créée par les agronomes cubains au milieu du XXe siècle, croisement entre un tabac oriental turc et mexicain, mais en raison d’une trop grande vulnérabilité aux maladies, ce tabac expérimental fût rapidement abandonné dans les années 80 après quelques incidents majeurs dans les cultures de la vuelta à Cuba. Aujourd’hui quelques rares vegueros l’utilisent toujours pour une consommation locale uniquement dans la partie centrale (remedio). Aujourd’hui le Pelo d’Oro n’est plus utilisé dans les Caraïbes, le seul endroit possible pour le produire se trouve au Pérou dans une région suffisamment isolée sur les hauts plateaux, des conditions favorables à son développement. Pour les mêmes raisons, il pourrait aussi être cultivé dans certaines régions d’Ecuadors, je pense ! (L Pelo d’Oro est connu pour être un tabac assez puissant, savoureux ainsi que douceâtre).

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ED : « Que préférez-vous fumer Mr Kelner ? ».

HK : « Je fume souvent le robusto Special R parce qu’il est léger et qu’il n’irrite pas contrairement au Puro d’Oro Magnificos qui est beaucoup plus puissant et intense en goût. Ce type de format correspond très bien à ma physionomie, je vous rappelle que la traduction du mot espagnol ‘robusto’ se traduit en français par petit et costaud ! » (rire)

ED : « Alors moi, du haut de mon mètre 90, vous me conseillez surement un double R ! (double corona) » (rire). Sur les conseils avisés de Thomas Mathys, mon choix se confirme sur un ‘n°3 Anniversario colorado claro’, sans être une ‘édicion Limitada’ officielle, la production de ce cigare reste toutefois limitée ! Parfait comme transition ».

«  Je suis certain Mr Kelner que derrière ce cigare se cache une belle anecdote concernant sa création ! ». 

HK : « Dans les années 90, lorsque la stratégie marketing de lancer les cigares Davidoff dominicains sur le marché américain, notre renommé ex-directeur le docteur Ernest Schneider voulait pour ce nouveau départ des cigares légers et pas trop forts. Alors que jusque-là Cuba offrait une palette aromatique bien plus intense et forte. Il nous fallait alors se distinguer par des saveurs complètement différentes, un pari risqué mais qui s’avéra judicieux par la suite. D’ailleurs une de nos premières publicités aux USA illustrée par la photo d’un homme distingué et sans visage disait : « Les fumeurs ont affiné leurs palais, leurs goûts, leurs désirs et nous, nous avons affiné vos cigares avec un Davidoff n°1 ». En effet nous avions repris le n°1, N°2 et Ambassadrice, nom de leur homologue Cubain, mais cette fois dans leur version Dominicaine, aujourd’hui  plus connue par la ligne actuelle ‘Classic’. Des cigares dont la cape tirait résolument vers le jaune, plaisaient énormément en ce temps-là ! Une couleur beaucoup moins appréciée aujourd’hui.

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Doc Ernest Schneider

La toute première ligne Dominicaine fût la série ‘Mille’ mais sans le 6000 qui ne vit le jour que bien des années plus tard, suivi ensuite de la ligne ‘grand cru’ en remplacement des célèbres Châteaux. Puis la série anniversaire dont le n°2 remplacerait dignement l’extraordinaire ‘Don Pérignon’ cubain.

Lorsque la nouvelle mouture du magasin, 2 rue de Rive à Genève, ré-ouvrit, notre ex-responsable développement tabac/ cigare Mr René Hollenstein, émit l’idée que nous devions nous aussi posséder un format robusto dans notre gamme ! Mais un robusto d’une consistance plus forte, différent des précédents mélanges. Par contre, pour toujours nous distinguer, il ne devait pas s’appeler ‘robusto’. Voici comment est né la ligne ‘Spécial’ et le format robusto baptisé ‘Spécial R’ d’ 1/8e de pouce en moins sur la longueur, le ‘R’, clin d’œil à(R)ené Hollenstein l’initiateur de ce projet ! Tous les formats de cette série se succédèrent jusqu’au défi de rouler un format ‘pyramid’ appelé ‘Spécial T’,mais sans les moules que nous ne possédions pas encore, une véritable prouesse pour nos torcedores.

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René Hollenstein

Peu de temps après, toujours aux USA, un nouveau cigare très apprécié par son format plus long qu’un ‘robusto, baptisé ‘toro’ faisait son apparition sur le marché ! Forcément, nous devions offrir à nos clients ce type de module, mais sans l’appeler ‘toro’ bien évidemment. Voilà comment est né l’Anniversaire n°3, un nom plus chic dans l’esprit Davidoff pour lui donner plus d’élégance et une meilleure impression. Par contre notre cape était beaucoup trop claire pour les Etats-Unis, les développeurs marketing voulaient une sélection différente avec une couleur plus sombre pour les USA, la cape claire pour l’Europe et une teinte moyenne spécialement destinée à l’Espagne. (Un petit rappel, pour obtenir des feuilles de capes plus sombres, il faut choisir les feuilles du haut du plant de tabac qui s’accompagnera d’un séchage et d’une fermentation plus longue) .

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Bien entendu, nous allions répondre à cette demande et ainsi fournir des capes plus sombres pour l’Anniversario n°3 aux USA, je vous passe les détails de son développement ! Mais au moment du tri de ces feuilles, nous nous sommes aperçu que certaines d’entre elles étaient encore plus sombres ! Que pouvions-nous en faire ? Les utiliser, mais comment ? L’idée de créer un nouveau cigare en petite quantité s’est trouvé être une excellente idée, ce que nous fîmes. Mais une fois lancé, cette ligne rencontra un succès étonnant sous le nom de ‘colorado claro’, la demande pour ce cigare était exponentielle, nous subissions la pression du marché américain qui en voulait toujours plus ! Malheureusement  nous ne pouvions pas en produire plus, ces feuilles plus rares ne suffisaient qu’à une petite quantité de cigares! Mais la demande était là, toujours plus forte, nous devions réagir rapidement. Après réflexion et quelques essais, nous avons créé une nouvelle cape en production limitée, plus simple à développer, laquelle serait un hybride (habano- Connecticut) bien plus aromatique que l’autre. Et voilà en quelques mots, l’histoire de ce toro ‘colorado- claro’ que vous dégustez actuellement. »

ED : « Mr Kelner, j’entends souvent dire que la cape n’influence pas le goût du cigare ? Qu’en pensez-vous ? ».

HK : « La seule réponse que je puisse donner en argumentant et : ça dépend ce que vous fumez !!

Explication ! Sur un  gros diamètre, la cape aura peu d’influence. Mais  prenez au contraire un diamètre plus petit, il y aura une influence évidente. Dans un cigare la cape représente de 15 à 25% de son volume total selon le type de module, elle n’est pas proportionnelle au poids du cigare. Prenons par exemple un format ‘perfecto’, vous êtes d’accord sur le fait qu’au départ, vous fumez plus de cape au milieu et plus vers la fin !! Un autre facteur important concerne la tripe, plus elle est légère, plus la cape influence son goût et à l’inverse pas du tout. Donc ça dépend !!

Voici une analogie qui résume cette influence, prend une soupe (environ 2 litres), tu ajoutes environ 2% de tabasco, et bien l’influence sur le goût dépend de ce que l’on ajoute dedans ainsi que la quantité !

Pourquoi certains cubains disent que ça a peu d’importance ? A Cuba, vous trouvez des terres principalement dédiées à la culture de cape, mais le rendement est très faible environ 18 à 20%, c’est très peu ! Mais le tabac non utilisé en cape n’est pas perdu pour autant, il est recyclé comme tabac de tripe !! Il y a quelques années lors d’une discussion avec un responsable  Cubain, concerné justement la non influence de la cape sur le goût du cigare, voilà ce que j’ai pu lui dire : « Imagine que je prenne une belle feuille de cape et que je mets mes 2 doigts au travers, ce n’est plus une cape ! Cela devient forcément une feuille de tripe, mais maintenant tu me dis que cette feuille a de la saveur ! Juste avant aucune et maintenant une influence ! » Il me répondit : «Oui, cette cape influe tout de même un peu sur le goût ».

Certaines sont sucrées, d’autres ont une légère salinité, voire même de l’amertume parfois, d’où une influence certaine sur l’ensemble de la dégustation, bien évidemment ! Prenons un dernier exemple sous forme d’expérience soumise à des visiteurs venus me rendre visite en république Dominicaine, je leur ai préparé 2 cigares identiques, sauf pour la cape dont l’une était une feuille ‘Connecticut’ et l’autre une feuille ‘Yamasa’. Après la dégustation de ces deux cigares, je leur pose ‘la question’ ? « Quel est votre cigare préféré ? » La plus grande proportion des gens choisit celui avec la cape ‘Yamasa’ plus épicé, plus intense et doux avec une complexité aromatique bien plus étendue qu’une cape ‘Connecticut’ ».

L' intégralité de l'interview se trouve ICI

( Fin de la première partie, à suivre... )

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Henky et moi

08:53 Écrit par Edmond Dantes dans Interview | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

23/04/2014

Interview "Paul Garmirian" Avril 2014

Voici quelques mois, je vous ai parlé de ce monsieur devenu un ami depuis ‘Paul Garmirian’. Cette interview est une manière de rendre Hommage à son travail méconnu en France et en Europe, depuis plus de 2 décennies. Eh oui 20 ans, ce n’est pas rien ! Dans ce métier la durée est souvent synonyme de qualité et d’abnégation pour une passion tel le cigare. Mais chez nous, ce nom ne dit pas grand-chose, peu d’entre vous ne le connaissent et pourtant ce monsieur fait partie des grands ténors du cigare aux USA, de la vieille école comme on le dit souvent. Aujourd’hui âgés de 71 ans, son dynamisme et sa capacité de partage ne peuvent qu’évoquer une certaine élégance et respect, si souvent suggérée par la délicate essence de nos cigares. Que cet interview attise votre curiosité et plaisir, bonne lecture à vous tous.

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Paul sur une chaine télé Libanaise.

Edmond :

Bonjour Paul, comment allez vous ? Avant tout, J’aimerais dans cet entretien réaliser un portrait des plus fidèles sur votre savoir, ainsi que sur votre vie. En Europe peu de personnes connaissent les cigares « PG »  Paul Garmirian, ainsi que votre histoire toute singulière. Vous vivez en Virginie aux USA, vous parlez très bien le français, l’anglais, l’espagnol, l’arménien et  le libanais je crois ? Mais de quelle origine êtes-vous au juste ?

Paul :

Je suis d'origine Arménienne, né au Liban en 1943. Mon éducation secondaire était chez les frères du Sacré Cœur et le Lycée Franco- Libanais à Beyrouth. Le Liban est un pays multi- culturel où j'ai appris l'Arménien avec mes parents, et l'Arabe la langue du pays, le Français au collège des frères, et l'Anglais au Lycée en Angleterre. L'espagnol était un vrai défi après avoir commencé à produire des cigares à Santiago en République Dominicaine en 1990.

Edmond :

En quelques mots Paul, quelles sont les différentes étapes de votre vie, jusqu’à la création des cigares ‘PG’ en 1990 ?

Paul :

En 1961, J'ai continué mes études d'économie et de droit en Angleterre jusqu'à la fin de 1964. Entre 1965 et 1975, j'ai fait des études en Sciences Politiques et Relations Internationales à Washington où j'ai obtenu mon Ph.D. (Doctorat D'Etat).Je suis retourné au Liban pour enseigner aux Haigazian University et Beirut University Collège. En 1977, j'ai pris une position à Washington comme directeur adjoint à l'Assemblée arménienne, qui représente toutes les organisations politiques et culturelles aux Etats-Unis.

De 1978 jusqu'en 1990, j'ai travaillé dans l'immobilier (construction de maisons, achats et ventes de terrains). Durant la période 1983-1990, je faisais des recherches sur les cigares pour augmenter mes connaissances que j'avais depuis 1960 et éventuellement pour publier mon livre  ‘The Gourmet Guide to Cigars en 1990’. Une des plus grandes inspirations était une visite à Genève ou j'ai connu Zino Davidoff en 1960.

Depuis 1990 jusqu'à maintenant, je fais fabriquer mes 9 mélanges différents de cigares ‘PG’ chez Tabacos Dominicanos Davidoff sous la direction et avec la collaboration d’ Hendrik Kelner et son équipe.

Edmond :

Un parcours impressionnant et formidable ! Le cigare partage votre vie depuis combien de temps maintenant ? Et quels sont vos meilleurs souvenirs ‘enfant’ qui ont contribué à cette passion. En 1960, vous étiez très jeune lors de votre rencontre avec Zino ! 17 ans...  

Paul :

Le cigare fait partie de ma vie depuis 1959 et même avant. Mon père était un grand connaisseur de cigares. J'étais toujours curieux de l'arôme des cigares Cubains que mon père fumait comme: H.Upman, Partagas, Punch, Montecristo, Romeo y Julieta, Hoyo de Monterey de Jose Gener, Bolivar et d'autres. J'avais une fascination énorme pour les odeurs des cigares de mon père et les parfums de ma mère. A l'âge de dix ans, je mettais le nez

dans les boîtes de cigares de mon père pour profiter de l'arôme des cigares qui m'emmenait dans les îles des Caraïbes d'après les lithographies ( vista ) sur certaines boîtes de cigares Cubaines.

Mon père m'a offert mon premier cigare à l'âge de 16 ans, un H.Upman. Il se réjouissait d'avoir un nouveau compagnon pour partager ses cigares Cubains. J'ai eu aussi le plaisir de connaitre Zino dans sa boutique à Genève en 1960 à l'âge de 17 ans.

Edmond :

A 17 ans, vous étiez tout jeune, Zino aussi d’ailleurs ! Vous ne pouviez pas imaginer ce destin extraordinaire que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que votre histoire analogue dans les décennies à suivre. Quelles étaient vos relations avec Zino ?  A-t-il eu un rôle prépondérant dans votre vie ? 

Paul :

Avant de parler de Zino, Je voudrais vous dire que mon intérêt dans la musique était tout aussi important que les cigares. Entre 1959 et 1961 avant mon départ pour l’Angleterre, je  chantais et j’accompagnais à la guitare à la télévision Libanaise, des chansons Françaises, 

Italiennes, Espagnoles et Américaines. Dès le début, j'ai trouvé que les cigares et la musique avaient beaucoup en commun. L'équilibre, la balance des notes identiques à l’harmonie que l’on peut trouver dans le mélange de la tripe d’un cigare.

J'ai maintenu une forte amitié avec Charles Aznavour entre 1965 et 1991. Et je suis apparu à un concert à Washington sur le même programme que Sammy Davis Jr et Louis Armstrong. Je passais du temps avec Aznavour à  chaque fois qu'il donnait des concerts à Washington et à New York, à Londres et au Casino de Beyrouth au Liban. Mais la musique n'était malheureusement pas pour moi.

 

Photograph-002_email.jpgPaul et Charles Aznavour.

D'ailleurs plus tard avec Hendrik Kelner, notre amitié a commencé par la musique durant ma première visite chez Tabadom à Santiago. Ayant fait sa connaissance à New York en novembre 1990 quand les cigares Davidoff Dominicain ont été lancé, Hendrik Kelner m'a  invité à visiter sa plantation dans la vallée de Cibao.

Dès janvier 1991, je recevais déjà mes premiers cigares ‘PG’ par l'intermédiaire d’Avo Uvezian (les cigares AVO) rencontré auparavant quand j'ai commencé à concevoir les cigares ‘PG’ avec Kelner, nous étions arrivés ensemble au dîner organisé à « Camp David » Lui, jouait du piano et m'a demandé de l’accompagner à la guitare. Avo a annoncé à toute l’assemblée que son copain Arménien venait de Washington, et qu’il emmenait dans ses bagages tout son amour de la musique et des cigares. Ce fût une fiesta mémorable !

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Paul et Henky.

Le lendemain à mon entrée chez ‘Tabadom’, avec la présence d’Hendrik Kelner, Eladio Diaz, le bras droit de Kelner, m’a mis son bras autour de mes épaules et m'a annoncé: "Après la fête d’hier soir, vous n'êtes plus un client mais un membre de notre famille". J'avais un sentiment d'honneur et de fierté de savoir que mes cigares allaient être fabriqués par Kelner, choisi aussi par Zino Davidoff pour fabriquer leurs cigares après la coupure avec Cuba. 

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Eladio Diaz et Paul.

J’admirais le travail de Davidoff depuis la publication de son livre "Le Livre du connaisseur de cigare" publié en Français en 1967 et en Anglais en 1969.

Pendant des années, j'ai profité avec mon père des cigares Davidoff de la Havane qui étaient élégants, doux, subtils, avec beaucoup de finesse comme le Dom Pérignon de la série des châteaux.

Durant mes recherches pour mon livre « The Gourmet Guide to Cigars » J’aborde le sujet des problèmes entre Davidoff et Cuba qui avaient commencé à faire du bruit dans la presse Européenne. Le conflit a débuté à la mi-Juillet en 1989 durant la guerre froide entre Davidoff et les autorités Cubaines après un échange de communiqué de presse concernant la décision de produire les cigares Davidoff à Santiago en république Dominicaine, due à la détérioration de la qualité des cigares Cubains. Durant cette période, Santiago de Los Caballeros en Rép Dom devenait un nouveau centre de production pour les cigares de haute qualité.

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The Gourmet Guide, livre de Paul signé par Zino.

Après beaucoup d'anticipation, les nouveaux cigares Davidoff Dominicains ont été introduits le 13 Novembre 1990 à New York durant une réception très élégante avec la présence de Mme Philippine de Rothschild, Raymond Scheurer, Dr Ernst Schneider et Zino Davidoff qui  déclarait: "J'ai le plaisir de vous annoncer l'introduction de nos nouveaux cigares." Durant un moment privé, j’en profitais pour interviewer Zino pendant 15 minutes et je lui rappelais que j'avais visité sa boutique en 1960. Nous avons chacun signé nos livres respectifs, je lui ai demandé comment les nouveaux cigares Dominicains allaient se comparer face à la grande qualité des Davidoff Cubains. Il y avait un peu d'énervement dans sa voix quand il a répondu: 

« Monsieur, ce n'était pas notre intention de reproduire les mêmes cigares d'avant. L'un n'a rien à faire avec l'autre ! Nous avons établi cette nouvelle ligne de cigares qui ont leur personnalité. Ce sont des cigares légers avec un très bon arôme... Ce sont des cigares de haute qualité qui ne se bagarrent pas avec vous quand vous les fumez. » ( INTERVIEW DE PG ET ZINO DAVIDOFF.THE SKY CLUB LE 13 NOVEMBRE 1990. NEW YORK ) 

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Zino et Paul.

En conclusion, je n'avais aucun lien avec Zino Davidoff pour faire fabriquer mes cigares chez Kelner. C'était plutôt l'encouragement de copains comme Avo Uvezian et d'autres amis.

Edmond :

Le cigare, la musique sont indissociables pour vous ! Sa dégustation est toujours analogue à une partition de musique, un morceau choisi. Mais vous, Paul ! Comment définiriez-vous la musicalité de chacun des mélanges ‘PG’ ?     

Pour moi et heureusement pour Henky et Eladio, nous sommes tous les trois des amoureux de la musique. Le choix de la musique qu'on écoute est très subjectif ainsi que les mélanges qu'on fait pour les cigares. Les permutations sont illimitées. Tout dépend de ce qu'on aime, le confort qu'on ressent quand on écoute un morceau particulier d'un compositeur favori et d'un cigare qui satisfait le sens de l'olfactif et la décision de fumer un certain cigare.

Mais on peut tout de même classifier la musique et les cigares objectivement du point de vue de la douceur ou de la force de la musique ou d'un cigare. Moi j'utilise un barème de 1 à 10

pour la puissance du cigare, cela dépend des feuilles de tripe. Un cigare comme le PG Gourmet est moyen de force 5 sur 10 mais un goût ou un arôme de 8 sur 10.

En 2005, durant  une interview jointe de Kelner et moi-même avec Jedd Babbin l'auteur de l'article "Cigar Symphony" dans le magazine Américain Spectator, la question suivante a été posée à nous deux: "Comment donnez-vous satisfaction à un consommateur qui cherche

un cigare Wagnérien et un autre qui veut fumer un Tchaïkovski ?" La réponse de Kelner: Wagner avec ses idées révolutionnaires et nationalistes représentaient une musique forte qui pouvait torturer les oreilles. Un cigare Wagnerien est un cigare fort, intense, excitant qui fatigue le fumeur. Kelner continue: Tchaïkovski a une musique soulageante, harmonieuse et spirituelle avec les complexités d'un génie sans attaquer les sens. Un bon cigare pour la méditation. Comme Zino Davidoff m'a dit en 1990, il ne faut pas qu'un cigare se bagarre avec  le fumeur. 

La musicalité de mes cigares vient de la source des mêmes compositeurs: Henky et Eladio. Durant une visite à Tabadom à Santiago en 1996, Je leur ai fait une remarque à Henky et Eladio

en leur disant : Messieurs, Vous êtes des génies. Moi je vous dis ce que j'aime, je compose la musique et vous l'exécutez à la perfection. La réponse de Kelner: Paul, tu n'écris pas de la musique, tu composes des symphonies. Pour moi c'était un moment rempli d’émotion qui m’a amené les larmes aux yeux. D'ailleurs c'est pour honorer cette phrase de Kelner que j'ai nommé le PG du 20e Anniversaire de la série SYMPHONY.

Et maintenant pour s'amuser un peux je peux vous dire qu'aucun de mes cigares est Wagnérien. J'aime la douceur, l'élégance dans un cigare raffiné.

Pour la série Gourmet et Artisan Sélection, ce sont des cigares confortables à fumer. Pas d'agressivité. Elégants comme la musique de Debussy. Ni voyez aucune présomption dans cette analogie à la grande musique avec ces exemples ci-dessous, dont je suis loin de rivaliser avec leur talent de musicien. 

  • ·         La série Soirée, c'est comme la musique de Bach.
  • ·         Réserva Exclusiva, c'est la musique de Mozart.
  • ·         Série Maduro musique de Franz Liszt.
  • ·         Série15 ème Anniversaire et l'Artisan Passion. Des cigares robustes. Musique de Tchaïkovski et Aaron Copland
  • ·         Finalement, la série Symphony, c'est mon compositeur favori Aram Khatchatourian: « La Danse du Sabre ». 

 

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Edmond :

Paul, y a-t-il une symphonie à ce jour inachevée ? Une partition pour laquelle, les instruments n’ont toujours pas trouvé de chef d’orchestre. Aujourd’hui, que vous reste t-il à accomplir après toutes ses intenses années de passion ?

Paul :

Je vais parler du passé avant de parler de l'avenir. Tout ce qu'on fait dans la vie, c'est dérivatif de ce qui nous influence et à quoi on s’expose. Les expériences de la jeunesse, la culture, la musique, l'art, les sciences, les nouvelles et les découvertes dans différents domaines, ça forme nos idées et nous aide à voir comment voir la vie, et ce que nous aimons faire.

Pour moi, les meilleures expériences après mon entrée dans le monde du cigare ont été la reconnaissance de certaines célébrités comme Pierre Salinger, Arnold Schwarzenegger, Rudy Guiliani, ainsi que des gens très ordinaires comme le boucher, le camionneur ou de jeunes étudiants. Ils avaient tous une chose en commun: le plaisir et la joie de fumer un bon cigare.

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Pierre Salinger et Paul.

Leur appréciation par des connaisseurs a créé un sens de la camaraderie avec beaucoup de fumeurs dans plusieurs pays sauf l’Europe. A part les cigares, mes seules productions en France sont les briquets PG chez S.T. Dupont, les boîtes (humidors) chez Elie Bleu et les étuis à cigares chez Ducas, les coupes- cigares de haute précision en Angleterre et les cendriers en Belgique qui ont donné une valeur ajoutée à mes cigares.

Malgré le fait que la gamme de mes cigares et des accessoires soi t complète, on ne peut pas se reposer sur ses lauriers. A présent, c'est le moment de travailler sur un nouveau mélange un cigare que j'imagine déjà, et la musique et les sons que j'entends pour célébrer le 25e anniversaire de PG en 2015 et de familiariser les connaisseurs en Europe avec mes cigares. Les instruments jouent dans ma tête pour pouvoir composer une nouvelle création pour le 25e anniversaire. Mais ce n'est pas une finalité. L'avenir présente toujours de nouvelles idées. Celles-ci seront toujours des symphonies inachevées.

Edmond :

Merci Paul pour cette jolie parenthèse, en espérant que ces lignes suggèrent l’envie à mes lecteurs de découvrir tes cigares et ton travail. Malheureusement je dois clore cette entrevue que j’aimerais bien sûr prolonger, mais ce serait abuser de ta gentillesse ! Par contre, si quelqu’un désire poser une question subsidiaire à Mr Paul Garmirian, il se fera un plaisir de vous développer sa réponse.

 

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Kevork Garmirian (fils) à gauche, l"ambassadeur Dominicain à Washington, Paul Garmirian et Hendrik Kelner à droite.

Site internet cigare "PG"

mail: contact@pgcigars.com

07:51 Écrit par Edmond Dantes dans Interview | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

20/02/2014

Interview "Patrick Blanche" ( auteur du livre El Puro )

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Edmond: Cela fait combien d'années que tu es un photographe professionnel Patrick ? Est-ce une passion qui a évolué depuis l'enfance ?

Patrick:   Cela fait une dizaine d'années maintenant que je partage mon temps entre le reportage, presse et l'édition, et un travail de maquettiste freelance. La photographie, finalement, s'est imposée progressivement dès mes premiers voyages en Europe. Une manière de partager son voyage et certaines expériences avec mes amis au retour. Une école de photoreportage m'a alors  permis de concrétiser cette passion, en vivre un peu d'abord, puis pas mal ensuite (vente de sujet complet texte et photos). 

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Edmond: Concernant ce livre "El puro" que tu publies en tant qu'amateur de cigares. Fait-il partie pour toi d'un parcour initiatique dans le sacro- saint du cigare ?   

Patrick: Cela va peut être te paraitre étrange mais ce livre n'est pas vraiment un livre sur le cigare. Tout commence après avoir terminé un long travail de portrait en noir et blanc, en moyen format, de l'homme au travail à Cuba.

voir le lien : http://www.imagesdailleurs.com/fr/galeries/cuba/synopsis.html

Après avoir sillonné l'île de bout en bout, tantôt chez les charbonniers ou les ouvriers du train, tantôt chez les cireurs de chaussures ou les musiciens ambulants, je suis retourné à Santiago de Cuba chez une famille chez qui j'allais tout le temps. Entre temps j'avais découvert les joies du cigares, pas ceux des grandes marques pour l'export, mais les cigares que les cubains se procurent grâce à leur carnet de rationnement.

Je me dis qu'il serait finalement intéressant de trouver un lien entre les cubains et ces cigares populaires, non pas en sillonnant toute l'île encore une fois, mais ce quartier qui m'était si cher.

Je dis "qui m'étais" car cela fait 10 ans que je ne vais plus à Cuba. Une trame de départ qui va m'amener vers un travail sociologique. Cette fois-ci mon regard ne se pose plus sur la matière des ateliers et des usines, mais sur des visages. Chaque jour pendant un mois entre 15h et 20h, je pars à la rencontre des gens. Il s'agit de raconter Cuba à travers un quartier avec comme prétexte le cigare. Soit je rencontre le fumeur, soit un visage m'interpelle et je m'engage vers un échange en offrant d'abord un cigare. Chaque portait est une rencontre, jamais une photo volée. Je vais alors rencontrer des gens qui me raconteront leur histoire : des candidats à l'exil, des vendeurs de langouste clandestins, des anciens guerilleros, les musiciens au talent exceptionnel... plus d'une centaine de rencontres puis viendra alors l'idée d'en faire un livre, mais cela est une autre histoire. 

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Edmond: En quelque sorte, un travail en totale immersion ! Ah, c'est fameux cigare à 1 peso que j'aimerais aussi goûter lors de mon prochain voyage à Cuba, sont-ils si emblématiques de Cuba, Hemingway en parlait comme sa madeleine de Proust ! C'est une bonne approche que tu as faite là auprès des Cubains, tu aurais pu appeler ces rencontres " J'irais fumer un cigare chez vous", est ce difficile de travailler à Cuba en tant que photographe ? Y a-t-il de la méfiance auprès des autorités ? 

Patrick: Oui c'est un travail en profondeur. Evidemment je suis un touriste comme tous les autres mais le tourisme "classique" m'ennui très rapidement.

Pas cher en effet ces petits cigares cubains, et vraiment sympa. Nous ne sommes pas dans le raffinement et le goût incomparable des Hoyo de Monterey ou autres Magnum 48, mais c'est pas mal non plus. Goût presque fruité et sucré, souvent ! Chaque petite ville en produit. Ceux de Baracoa, à l'extrême Est de l'île, bagué "Cacique" sont très bon, mais il y en a des dizaines de marque comme cela dans le pays. Du coup on a vite fait d'en fumer 10 par jour.

Concernant les conditions de travail en tant que photojournaliste, cela c'est détérioré. Lors de mon premier séjour en 1996, le gouvernement cubain se devait d'ouvrir progressivement le pays au tourisme, afin de relancer tant bien que mal son économie sinistrée.  Les cubains soumis aux pires privations venait  de se réfugier dans les ambassades puis vint le drame des balseros...  Un pays ou les gens vous disent : "chaque matin, dès que nous nous levons et mettons un pieds par terre, nous sommes déjà dans l'illégalité", humour toujours un peu excessif à la cubaine certes, mais c'est un peu ça, évidemment cela laisse dubitatif.

Dans un contexte ou le touriste devient roi, il semble facile de travailler à la seule condition de ne pas de faire repérer. Tant que le gouvernement à l'impression que vous êtes une bonne poire bon qu'àlâcher des dollars, tout va bien. De toute façon dans ce genre de pays géré par une poignée de cinglés, si nous sommes jugés "non désirable" on vous met dans le premier avion et un retour illico presto à la case départ. Finalement pas trop de risque !

Mais le système de délation à Cuba est si bien rodé que mon travail, après plusieurs séjours ne passait plus inaperçu. Un type qui s'entretient aussi longtemps avec les locaux et ne fume que des cigares à 1 pesos évidemment ca ne plait pas beaucoup et c'est pas rentable ! Finalement j'avais tout tout du touriste lambda et très souvent accompagné par un de mes nombreux amis cubains. A partir des années 2000 le gouvernement a souhaité reprendre la main sur le tourisme qu'il ne contrôlait plus et qui commençait à enrichir quelques entrepreneurs. Bah oui, des cubains qui gambergent toute la journée et tentent de trouver des solutions au lieu de prendre une chambre à air et se barrer sur Miami.  C'est bien dommage, les cubains commençaient à souffler un peu. L'appareil répressif s'est durci notamment à l'été 2002 lors des purges dans les quartiers populaires, afin d'étouffer les contestations, notamment les associations clandestines en faveur des "droits de l'homme". Septembre 2002 fût donc mon dernier séjour. La famille qui m'hébergeait venait d'être emprisonnée de façon arbitraire, et pour des motifs absurdes. Bref les autorités récupèrent maison et biens matériels d'une famille qui avait mis 7 ans à reconstruire sa maison avec l'aide de tout un quartier et quelques dollars venu des USA. Finalement je pris alors conscience de l'aspect tyrannique et absurde de ce régime et décidait de ne plus jamais y retourner et pourtant j'y avais passé des mois superbes et découvert enfin le cigare. Prise de position sur laquelle je ne suis jamais revenu. De toute façon il me semblait que je ne pouvait plus y travailler. Lors de ce dernier séjour, Santiago était devenue une prison et le tourisme devenu un pion à plumer. Il me fallu changer 4 fois de maison, tout était soudainement devenu interdit. Adieu Cuba !  

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Edmond:  Ta vision de Cuba égratigne la jolie carte postale que nous connaissons tous de la Havane, malheureusement ces conditions de vie sont une triste réalité pour de nombreux Cubains ! Que penses-tu des gens qui s'inquiètent égoistement pour leurs cigares si un jour le régime de Cuba viendrait à vaciller ? Je pense par exemple à la chute du mur de Berlin, ton texte colle parfaitement à cette époque, eux avaient un mur à franchir, les Cubains un océan ! 

Patrick: C'est vrai que je charge un peu ! je vais tacher d'adoucir ma plume histoire quand même, de ne pas plomber ton blog et qu'on continue à aller à Cuba fumer ces cigares divins. Comme j'ai une fuite d'eau cher moi depuis ce matin je me venge sur Castro, ahahah !

Non Cuba restera une place à part dans tous mes voyages et les gens, vraiment adorables, il faut quand même le préciser. De toute façon je voyage pour les gens. Je reviens d'un reportage en Birmanie et j'y ai vu une situation semblable donc rien de nouveau sur les ondes, les dictateurs sont des salopards.

Si le régime cubain vacille je ne sais pas ce que deviendra ce prestigieux et unique terroir : la vuelta abajo. Encore faudrait-il qu'il reste entre les mains de personnes compétentes qui en assurent la pérennité, car ces cigares sont uniques. J'ai goûté des cigares des Philippines, d'Indonésie, du Honduras, de la république dominicaine... rien à voir ou si peu.

Mais dans un contexte de mondialisation, je ne voudrais pas que les chinois fassent des stations de ski artificielles aux coeur des plantations. Derrières des vitrines ils seraient capables de déguiser les paysans cubains en Che Guevara et les touristes  repartiront à Pékin avec des hecho a mano sans sous capes, coloré en vert et signé EL CHE. Je dis ca , j'ai bien vu en Chine des "nouveaux riches" boire du Bordeaux à la paille et avec... des glaçons.

Non le tempérament cubains ne le permettrait pas et la fierté nationale prendrait le dessus, je pense. J'espère que les passionnées sauront se mobiliser au bon moment si dérive il y a. Et puis peut être que des Davidoff reviendront pour le meilleur je l'espère !

Après tout si on doit sacrifier le cigare pour la liberté des cubains tant pis pour nous et tant mieux pour eux.   

cigare-pt-4.gifEdmond: Oui, en effet nous allons penser en parfait humaniste et "Viva la Libertad" ! Sans être un éminent sociologue, nous savons que ce jour viendra tôt ou tard, "Pour qui sonne le glas" sera pour bientôt le livre de chevet de tous les dirigeants cubains. Tu as raison d'espérer que de gros investisseurs passionnés retourneront à Cuba pour notre bonheur à tous, le cigare survivra et nous survivra !, depuis 300 ans il a toujours su se montrer ferme et souple à la fois pour résister aux plus grosses tempêtes.

Et toi Patrick, quelles sont tes cigares cubains préférés ? ainsi que tes autres terroirs ? 

Patrick: Pour Cuba : Magnum 48 / Partagas D4 / Hoyo de Monterey 1 et 2 / Trinidad. Coté Indonésie très déçu, pas contre un très bon souvenir d'un cigare pyramide de la fabrique Flor de la Isabela. 

 

cigare-pt-5.gif Edmond: Flor de la Isabela, c'est un cigare des Philippines que je ne connais pas, pour le moment ! Pour les autres très bon choix, rien à dire, de grands classiques Cubain. Lors de tes voyages à Cuba, quel est ton meilleur souvenir de cigare à Cuba, peux t-être parmi ceux que tu as photographié ? ainsi que ton pire souvenir cigarophile ?

Patrick: Non les cigares asiatiques sont souvent très décevant mais ce cigares était très intéressant !

Mon meilleur souvenir reste mon premier cigare: un Roméo et Juliette Churchill. Parmi les cigares à 1 pesos: Les Caciques de Baracoa ou les Penamil de Vinales sont de bon souvenir également !

Le pire ? un faux Cohiba. une horreur ! 

cigare-pt-6.gif Edmond: Eh oui les faux Cohiba sont légion dans les Caraïbes !
Lors de tes voyages, est-il possible de déguster un bon cigare sans être apostrophé par des quidams non fumeur ? ou sa terrasse chez soi est tout de même le meilleur endroit pour fumer, tout dépend de ta consommation biensùr. 

Patrick: En Asie ou je me rend 1 à 2 fois / an pour mon travail cela ne pose pas trop de problème, sauf au Japon ou la loi est très stricte concernant les fumeurs. Il y a encore quelques années je me rendais entre amis au Cubana Café, rue Vavin dans le 14è à Paris. Mais le fumoir a dû se mettre aux normes et nous fumons dorénavant dans un "sauna" et plus de service directement en salle, donc plus aucun intérêt. Dorénavant cela se passe entre amis en appartement ou en jardin en province.

Je dois fumer, une vingtaine de cigares par an maximum. Un petit amateur donc !  

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Edmond: Tu fumes dans un "sauna" hum intéressant, est-ce une bonne adresse sur Paris que tu pourrais conseiller à quelques amateurs ? 

Patrick: et oui avec toutes ces lois anti-tabac, les fumoirs deviennent hermétiques, comme on en voit encore dans certains aéroport (des 10m2 pour 20 personnes), évidemment c'est moins drôle. Malheureusement je ne connais plus d'adresse à conseiller sur Paris. Les cigares se fument maintenant au grand air et à la campagne pour être peinard ! 

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 Edmond: Et pour les jours à venir, quels sont tes nouveaux projets photographiques ?

Patrick: Je reviens d'un long séjour en Birmanie et au Japon. Toutes les nouvelles sont sur www.imagesdailleurs.com

Il me faut maintenant rédiger mes articles pour les magazines qui m'ont fait confiance et faire valider un nouveau projet d'édition. Métier passionnant certes, mais aussi beaucoup de travail ! 

 

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Edmond: Merci à toi Patrick, de nous avoir permis de voyager et rêver un peu à tes côtés, ton métier est très exaltant, mais aussi très risqué parfois ! Ta passion nous met à disposition de fabuleux clichés qui illustreront nos fantasmes de voyage sur ces contrées lointaines. Peut-être un jour aurons-nous l'occasion de fumer un cigare ensemble ! Si tu exposes tes photos sur Genève, il y a des chances que nous nous y croisons. Je te remercie d'avoir joué le jeu de cette interview web et ainsi pus te connaitre en toute simplicité. Pour conclure, une dernière question: Quels conseils donnerais-tu à tous ceux qui désirent un jour emprunter cette voie de reporter photographe ?  

Patrick: Reporter photographe, quels conseils ?? oulala que c'est difficile à répondre. 

Bon ! donc voila :  métier passionnant, évidemment, mais aussi très difficile bien sûr. De mon côté ce qui m'a permis de m'en sortir, c'est de vendre des reportages complets TEXTE et PHOTOS (même si cette interview est bourrée de fautes), mais aussi de conserver mon activité de maquettiste, ma formation initiale.

j'alterne ainsi reportage (du grand air, du large, de l'aventure, etc...) et un travail de maquette (bureau entre 4 murs et machine à café) avec des clients réguliers : catalogue / publicité... L'avantage à cela est de faire le point après chaque voyage avec  un boulot "normal" et au calme et ainsi préparer consciencieusement le prochain séjour. Proposer aux rédactions un partenariat / commande et rentabiliser le séjour.

Mais ce métier demande de produire, mais surtout présenter son travail et de préférence aux meilleurs magazines. Surtout ne pas s'isoler indéfiniment en engageant des frais sur des voyages ou du matériel photo, sans démarchage. Montrer son travail fait partie du métier et cela prend parfois bien plus de temps que celui passé sur le terrain. Affronter la critique c'est aussi évoluer et écouter des conseils.

A mes yeux il est important de pouvoir se remettre en question, de temps en temps, mais sans perdre son âme bien sûr, bref tout un programme ! Il faut pourvoir répondre à une commande mais aussi faire un travail qui plaît.

Mais bon la passion et le travail finissent souvent par payer. 

Encore une chose pour les débutants ne pas tout lâcher au départ pour le reportage. Préserver un boulot "alimentaire " en parallèle est essentiel. J'ai trop vu de photographes s'engager sur des années, tête baissée, pour finalement s'endetter sans jamais aucune rentrée d'argent ou presque, bref de la folie ! Certains sont encore en errance au fin fond de l'Inde ou je ne sais où. Donc molo avec le mythe du "photo-reporter" !

Merci également à toi Edmond, cet entretien était très sympa. Et bon courage pour ton blog, très original ! Si je passe ou expose un de ces jours sur Genève, pas de soucis je te ferai signe. Avec un bon PURO ce sera parfait.

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Patrick Blanche
Photographe

34 rue François Bonvin
75015 Paris - France
Tel : 01.47.83.30.07 / 06.77.72.30.45

www.traditionsequestres.com
www.patrickblanche.com

www.imagesdailleurs.com

08:15 Écrit par Edmond Dantes dans Arts photos/ illustrateurs, Interview | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/07/2013

Interview "Thomas Mathys" ( responsable Davidoff Genève )

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Cliquez sur la photo.

Davidoff Geneva, 2 rue de Rive.

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Cliquez sur la photo.

Edmond : Thomas, vous dirigez la boutique Davidoff Genève, un lieu emblématique pour tous les amateurs du monde ou tout a commencé pour la marque. Mais pour vous, ‘Mr Mathys’ ? A quel dessein étiez- vous prédestiné ? Enfant nous rêvons tous, d’être pompier, pilote de chasse ou policier. Mais pas marchand de cigare !

Thomas : Effectivement, dans ma tendre jeunesse je n’imaginais pas diriger ce magasin historique. Mes rêves étaient bien loin d’un magasin au coin de la rue de Rive à Genève. Par contre le cigare est arrivé très tôt dans ma vie.   Je me souviens très bien des réunions familiales ou, en fin de repas,  le cigare était roi. Mon grand-père, mon père, mes oncles ainsi que ma tante aimaient déguster un cigare avec une eau de vie de couleur ambrée qui semblait les rendre heureux ! La salle à manger devenait alors un lieu de discussions passionnées suspendu dans un nuage intense de fumée bleue.

 

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Thomas Mathys.

Edmond : Oui, mais de là, à en faire sa profession !  j’imagine que c’est une histoire de rencontre et de passion qui vous a amené chez Davidoff. 

Thomas : Ayant été amateur de cigares, parfois mauvais (ignorance et budget de pauvre étudiant affamé), depuis le début des années ’80, c’est tout naturellement que j’ai saisis cette opportunité qui se présentait à moi en 1995. Lorsque l’on m’a invité à rejoindre le Oettinger Davidoff Group au 1er avril, j’ai pris soin de m’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie douteuse….. mais commençant à connaître les personnes qui m’avaient engagé et les différentes « épreuves » subies pour gagner leur confiance je savais que la famille Davidoff m’avais ouvert ses bras et accordé sa confiance. Bien qu’un contrat de travail ait légalement scellé cet engagement mutuel, il s’agissait avant tout d’un poignée de main entre personnes partageant les mêmes valeurs. Donc, depuis 1995, je suis le gardien temporaire voir éphémère de la clé du lieu qui vit Zino Davidoff construire son œuvre. Aujourd’hui les données sont néanmoins fort différentes car sous l’impulsion du Docteur Ernst Schneider (l’acquéreur du magasin et de la marque Davidoff), la marque Davidoff  parti, d’un coin de rue à Genève, à la conquête de la planète cigare pour arriver, à ce jour, à 65 magasins « flagships » établis sur les 5 continents. Chose que peu de personnes savent, vu le nombre d’appels encore reçus à Genève, c’est que le siège de la société est, depuis l’acquisition du magasin, à Bâle. La passion du produit est le fil conducteur de cette activité sans quoi j’aurais migré vers d’autres horizons. Quoi de plus plaisant que de vendre du plaisir !

Edmond : Dans le cœur des amateurs, Genève restera  à toujours le siège de Davidoff !’ De l’eau a coulé depuis la disparition de Zino en 1994, mais que reste t-il aujourd’hui de cet héritage ? mis à part ce développement exponentiel à travers le monde et ces 65 « flagships »,. Est-ce que Davidoff a su garder cette proximité avec ses clients comme le faisait Zino ?

Thomas : Zino nous a légué de nombreux idéaux qui font, encore aujourd’hui, partie de l’ADN de la maison. Parmi ceux-ci, l’obsession de la qualité, sans compromis, est ancrée à tout jamais dans nos valeurs essentielles.  Zino aimait bien dire que le respect du client passe inévitablement par une qualité irréprochable ! Davidoff est, plus que jamais, la référence dans ce domaine. Zino était aussi un aventurier et un homme curieux qui aimait rencontrer la nouveauté. Il aurait sauté à pied joints dans l’aventure Yamasá (nom du lieu où sont produites les capes qui habillent la série Puro d’Oro) et aurait été enthousiasmé par la beauté et la saveur incroyable et complexe que délivrent ses tabacs ! Il aurait aussi été admiratif du chemin parcouru et du fait que Davidoff est aujourd’hui la première marque mondiale dans le monde du cigare de luxe. La passion faisait partie de son quotidien. La passion pour ces clients et pour les produits qu’il vendait. C’est aussi une valeur qui est au centre de la motivation qui nous anime quotidiennement. Aujourd’hui, comme par le passé, le client est au cœur de notre activité dans le sens où tout est mis en œuvre pour sa satisfaction. Nous envisageons cette relation plus comme un partenariat, une amitié, une passion partagée pour l’univers enchanteur et savoureux du cigare que comme une relation purement commerciale.

Edmond : Je confirme vos dernières lignes !’ En 18 ans, qu’est-ce qui a changé fondamentalement dans les habitudes des amateurs ?, Comment se comporte le marché du cigare en 2013 toutes marques confondues ?

Thomas : Le changement le plus important est sans aucun doute une ouverture croissante pour les origines autres que Cuba. Il existe un véritable engouement pour les cigares de la République Dominicaine, du Honduras et du Nicaragua. Ces origines, en particulier, prennent régulièrement des parts de marché aux cigares cubains. Ce phénomène paraissait fort improbable il y a 18 ans mais quelques personnes y ont cru ! Les meilleures manufactures ( les seules qui puissent survivre sur le marché européen ) percent grâce à une qualité de manufacture parfaite alliée à des mélanges de tabacs ayant une palette aromatique très large et fort intéressante. Les puros dominicains de la nouvelle génération rivalisent aisément, gustativement parlant, avec tout ce que Cuba produit mais avec une qualité incroyablement régulière en plus. Que dire du Nicaragua qui nous réserve déjà de belles surprises et dont l’avenir s’annonce sans aucun doute radieux. N’oublions pas le Honduras avec quelques marques emblématiques qui sont de dignes ambassadeurs de ce merveilleux terroir à des prix humains ! Ceci dit, le monde des saveurs est subjectif et très personnel mais le tsunami est là ! Un autre changement de taille, c’est en effet le cas de le dire, est la tendance des cigares à prendre un embonpoint certain. Des cepos inimaginables il y a 10-15 ans voient aujourd’hui le jour. Je me rappelle de l’époque où certains considéraient le robusto comme un format un tantinet trop gros et préféraient un corona gorda esthétiquement plus classique. Personnellement, vu le « cepo » de ma bouche, je me vois naturellement exclue de la catégorie super-lourds (60 et plus).

Edmond : Aujourd’hui, la république Dominicaine et le Honduras représentent dignement Davidoff dans les marques Zino classic, Zino Platinum, Camacho, Private Stock, Cusano et Davidoff. Mais une rumeur court qu’un puro du Nicaragua viendrait à son tour étoffer la gamme, info ou intox ?

Thomas : Cette information est exacte. Cette nouvelle ligne saura mettre en évidence les merveilleuses qualités de ce terroir exceptionnel.  Plus d’informations suivront. J’ai la certitude que la composition du mélange des tabacs en étonnera plus d’un et révèlera à quel point Davidoff ne s’endors jamais sur ses lauriers et se remet toujours en question !

 

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Thomas Mathys.

Edmond : Mr Mathys, Que conseillez-vous comme cigare ? à celui qui désire voyager dans le terroir Davidoff ? La gamme est vaste, par quoi débuter ?

Thomas : Une excellente initiation au Monde Davidoff, pour un débutant (j’insiste), serait sans aucun doute le N°2. Format panatella, il délivre des saveurs légères, fines mais néanmoins très intéressantes et invite à la découverte de l’univers du cigare. Ce format, qui n’est malheureusement plus tellement à la mode mais qui reste néanmoins un des cigares les plus vendus de la marque, à la capacité de proposer un bel équilibre entre la force des tabacs (relative avec ce blend) et leur arôme. Magique ! Deux autres alternatives intéressantes et légères dans des formats plus actuels, seraient le 2000 (corona) et le Special R (robusto). Anecdote triviale mais révélatrice, il y a,  quotidiennement à travers le Monde, un cigares Davidoff 2000 allumé toutes les 30 secondes ! Le monde du cigare Davidoff propose aujourd’hui une palette extrêmement large en terme de puissance, d’arômes et de styles. On peut, en fait, commencer avec un cigare léger et tout au long de la journée varier ses plaisirs en changeant, selon son humeur et l’envie du moment,  les formats, les saveurs et les intensités tout en restant dans la grande famille Davidoff. A ce niveau de qualité, nous sommes les seuls  à pouvoir proposer tant d’alternatives réellement intéressantes et différentes ! L’avènement de notre dernière création (avant les prochaines ), la série Puro d’Oro, en juin 2010, à véritablement conquis les amateurs de sensations fortes et complexes. Nombre d’aficionados de longue date qui ont tenté cette aventure gustative ont été conquis par une tenue, une richesse et un équilibre en bouche remarquable. Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, la série Puro d’Oro a converti (et continue à le faire) nombre d’amateurs recherchant complexité, vivacité, richesse et, bien sûr, qualité. En conclusion je dirais que du plus fin et élégant au plus riche et corsé, Davidoff est une proposition plus que incontournable !

Edmond : Et vous Mr Mathys, quel genre de fumeur êtes-vous ? Vos cigares de prédilection, Davidoff et autres.

Thomas : Je suis un fumeur qui ne fume le cigare que quand j’en ai le temps, que j’en ai l’envie et que le lieu s’y prête. Je suis particulièrement respectueux de mon entourage et privilégie donc la dégustation en compagnie d’autres « compagnons du cigare ». J’aimais bien fumer le cigares avec mon père et mon beau-père malheureusement disparus. Ils avaient une approche du cigare empreinte de respect pour le produit et ceux qui le confectionne, d’humilité (car on sait pas tout sur tout), de curiosité, de gamins dans une bonbonnière et enfin de convivialité gentlemanesque (nouveau mot à soumettre à un académicien – fumeur de cigares naturellement). Un mariage avec une nouvelle eau-de-vie était un challenge permanent, trouver le couple idéal. Dans un monde idéal sans contraintes de temps et de lieu (voir de personnes antipathiques), le double coronas reste le roi. Son rapport longeur/diamètre/évolution aromatique est, pour moi, le plus intéressant. J’aime, en principe presque tous les formats à l’exception des diamètres XXXL et XXXS. Dans la ligne des Davidoff, mes préférences vont vers un N°2, le matin (petite mise en bouche sympathique), un Short Perfecto l’après-midi et un Puro d’Oro Eminentes en fin de journée. Ceci dit, mon palais n’est pas monopolisé par Davidoff, loin de là. J’aime aussi m’orienter vers d’autres origines établies (Cuba) ou en devenir (Nicaragua, Honduras) ou vers des « blends » d’origines diverses (Zino Platinum – Z-Class en particulier).Certains cigares aujourd’hui disparus, Partagas Lonsdales, Punch Super Selection N°1 & 2 en cabinet de 50’s étaient de véritables chef d’œuvres que quelques années de patience permettaient d’atteindre des sommets gustatifs. Ils me laissent encore aujourd’hui un arrière-goût sympathique sur le palais. Et les Davidoff cubains…en particulier le 5000, le Château Mouton-Rothschild et son altesse le Dom Pérignon, que d’émotion et de plaisir dans ces cigares . La noblesse aromatique à l’état pur.

Edmond : En effet, cette période Cubaine appartient aujourd’hui à une certaine mythologie cigarophile ! Dont malheureusement je suis étranger… En tous les cas, ce n°2 que je ne connais pas aura toute mon affection prochainement. M Mathys, pensez-vous que le double corona est voué à disparaitre un jour ? Y a-t-il toujours des inconditionnels de ce format chez les amateurs ?  

Thomas : Le double coronas garde un nombre, restreint il est vrai, d’amateurs qui ne jurent que par ce format majestueux. Il s’agit de personnes qui ont le temps et pour qui ce rituel reste un des moment incontournable de leur quotidien. C’est un moment de réflexion, de méditation et de sérénité. Je ne pense pas que son avenir soit compromis car il est plutôt le cigare d’une étape de la vie, d’une certaine expérience.

Edmond : Mr Mathys, quelles sont les meilleurs ventes de Davidoff aujourd’hui à travers le monde ? En 2006, le n°2 était le cigare le plus vendu, est-ce toujours le cas en 2013 ?

Thomas : Les meilleures ventes de Davidoff sont le 2000, le N° 2 et le Special R. Comme tout objet culte, ces formats sont des classiques depuis des décennies et le resteront encore longtemps.  

Edmond : « Le meilleur cigare du monde ? Celui que vous avez choisi ! » disait Zino, et pour vous Mr Mathys, la définition d’un bon cigare ?

Thomas : Un bon cigare est la rencontre de différents éléments. Sa beauté fatale, son odorat à froid envoûtant, son tirage parfait, sa combustion régulière et sans défauts, une cendre qui vous raconte une histoire et une évolution gustative qui ne cesse de stimuler et surprendre le palais.

Un bon cigare est comme un vieil ami, vous avez toujours le même plaisir à le revoir et il ne vous prends  jamais en défaut car il reste fidèle à lui-même. Constance et qualité.

Un bon cigare c’est aussi celui qui vous procure autant de plaisir qu’une assiette affectueusement élaborée par un grand chef ou qu’un vin qui vous renverse de plaisir et d’émotion. Tous évoluent dans le registre aromatique complexe. Le lieu,  la compagnie, la température et l’humidité naturelle ainsi que votre état de relaxation influent naturellement sur la perception aromatique que vous allez avoir.

En fin de compte, un bon cigare est celui qui vous fait le regretter une fois ce dernier abandonné dans un cendrier.

Edmond : Difficile de ne pas en parler, les lois anti-tabac !

Que pensez-vous ? Lorsque qu’un pays comme la Norvège planifie et prévoit l’interdiction totale et définitive de vendre du tabac en 2020 sur son sol. Comme pour les paradis fiscaux, devrons-nous un jour nous rendre aussi dans ce genre d’endroit des  ‘paradis pour aficionado’ peut-être ?  Pour déguster sereinement nos précieuses vitoles ? Désolé pour cet avenir sombre que je vous dépeins, mais il serait aveugle de n’y prêter aucune attention.

Thomas : La lutte anti-tabac est arrivée à un point de non-retour. Malheureusement, un amalgame existe entre le cigare et principalement, la cigarette lorsque l’on parle génériquement du tabac. Ceci est fort regrettable car il existe un monde, non, une galaxie, entre le produit cigarette et le noble cigare.  Tout les différencie profondément et à part le nom commun que porte leur matière première (tabac), je ne vois rien de commun entre eux. Malheureusement, le commun des mortels ne semble rien n’y comprendre et met le cigare dans le même sac. Je reconnais qu’une personne savourant un cigare à Central Park, New York (où sa consommation est maintenant interdite) met gravement en danger la vie d’autrui qui pourrait inhaler un peu de fumée. Par contre, il est EVIDENT  que les gaz émis par les V8 (pas de dernière génération et dont l’entretien est des plus douteux parfois…) des dizaines de milliers de Yellow Cabs qui sillonnent le pourtour de ce parc fantastique n’y sont pour ABSOLUMENT rien. LOGIQUE !

J’espère simplement que les lounges à cigares ne deviennent pas la cible de ces campagnes anti-fumée qui sont déraisonnables lorsqu’elles empiètent sur notre droit de déguster, dans le respect de la loi et d’autrui, un produit légal. Cette limite ne doit pas être franchie car elle ouvre la porte à un nombre d’interdictions dans bien d’autres domaines, de la part des Ayatollahs de bien penser, qui pourraient un jour toucher ceux-là mêmes qui prônaient des interdictions tous azimuts.

Edmond : Genève ne propose plus de lieux appropriés pour les fumeurs de cigare ! Certain comme ‘Gérard & fils’ propose dans sa civette une innovation appelée, le système ‘Airkel’. Qu’en pensez-vous ?, Est-ce une solution ?, Est-ce que dans un avenir proche, nous pourrions imaginer ce genre d’espace chez Davidoff ?

Thomas : Genève est assez timide, en comparaison avec le nord de la Suisse,  lorsqu’il s’agit de créer des espaces fumeurs. Davidoff et nos propres marques avons, à ce jour, environ 50 lounges dans diverses villes et dans des palaces de renommée internationale. Ces endroits sont rapidement devenus des lieux de rencontre incontournables pour fumeurs de cigares et leur rentabilité semble bonne. Même conclusion pour Londres ou il faut impérativement réserver pour y trouver place. Chose intéressante, les boissons de luxe y coulent à flots !

Il existe plusieurs systèmes, fort efficaces, d’extraction d’air. Nos magasins de New York (Madison Avenue et Columbus Circle) en sont équipés et leur efficacité ne peut être prise en défaut, même avec un lounge plein à craquer. Davidoff développe un nouveau concept de magasin dont la mise en application est en train d’être faite. Ce nouveau concept intègre un espace fumeur et Genève en sera doté dès que le magasin sera refait début 2014.

 

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Humidor privatif ( Davidoff Geneva )

Edmond : Excellente nouvelle, ça c’est un scoop ! Un nouveau concept, je suppose à l’image du flagship de l’aéroport de Zurich réalisé en 2011. Je pense que vous allez créer l’événement à Genève avec ce projet qui se doit d’être très ambitieux. Sur cette belle note d’optimisme, et pour conclure cet entretien. Que pourriez-vous ajouter qui n’est pas été dit Mr Mathys ? Un souhait, peut-être... 

Thomas : Le magasin du Duty Free de l’aéroport de Zürich n’est pas la version définitive mais plutôt un prototype fonctionnel qui nous a permis de mieux cerner certains besoins. La version Rue de Rive 2014,  qui sera plus aboutie d’un point de vue architectural et technique, sera emblématique, du nouveau visage des magasins Davidoff of Geneva qui vont parsemer le monde, actuels et à venir.

Pour terminer, je souhaites rendre honneur à Zino Davidoff.  Cet humaniste nous laisse un héritage noble empli de sagesse. Déjà, à l’époque, il prônait un certain savoir vivre empreint de respect  et invitait les gens à manger moins mais mieux, boire moins mais mieux et enfin de fumer moins mais Davidoff !

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Boutique Davidoff Genève.

Edmond : Merci à vous, Mr Mathys pour ce temps précieux que vous m’avez accordé en toute abnégation. Je pense que mes lecteurs passeront aussi un agréable moment en votre compagnie, riche d’enseignements et de grande ouverture d’esprit. Certains d’entre eux qui connaissent Davidoff uniquement de nom, trouveront surement un nouvel élan dans leurs choix pour découvrir vos cigares. J’en suis sure !

Thomas, j’ai une dernière faveur à vous demander. Seriez-vous d’accord d’être mon guide pour réaliser un reportage photo au sein de la boutique de Genève avant les grands travaux de 2014 ?

      Thomas : No problema ! 

 

davidoff_geneva,cigare davidoff

Boutique Davidoff Genève.

 

( DAVIDOFF GENEVA )

 

Suite à cet interview, le rendez-vous fût pris le vendredi 26 Juin 2013 à 15h.

Une rencontre mémorable en aparté avec le maître des lieux Mr Mathys, avec qui recevoir ne se résume pas à de simples mondanités d'usage. Mais un moment de partage et de grande générosité autour du cigare notre passion commune. Le temps d’une après-midi, suspendu par nos volutes et nos échanges insatiables sur Davidoff et le monde du cigare en général.

Une surprise m’attend ! Après 2 bonnes heures de discussion, Mr Mathys m’invite à le suivre, rare privilège qui m’est offert par Thomas. Accéder à l’endroit le plus secret de la boutique, la porte de la cave située au sous-sol où sont stockés les milliers de cigares du magasin. Je découvre avec enchantement des boîtes mythiques que me présente Thomas, conservées précieusement depuis 20 à 30 ans pour quelques clients fortunés, parfois oubliés pour certain. Une époque où Davidoff confectionné ses cigares à Cuba jusqu’au début des années 90 avec les séries de légende, des châteaux, du n°1 et 2, de la série des milles) Des cigares prestigieux dont la valeur aujourd’hui est inestimable, pouvant atteindre des sommes considérables. ( de 20 à 25 mille francs suisses dans les ventes aux enchères pour une simple boîte Davidoff ‘Dom Pérignon').

Voici les photos de ces trésors que je partage avec vous aujourd’hui, en cliquant sur les photos ci-dessous pour les visualiser en plein format. Régalez-vous !

"La reproduction, distribution, communication des images et textes publiés sur ce site ne peut s’effectuer qu’avec mon accord."
Me contacter: edmond_dantes@orange.fr

 

 

 

 

06:00 Écrit par Edmond Dantes dans Interview | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

13/01/2013

Interview "Jean Michel Haedrich" ( écrivain )

Connaissez-vous Jean-Michel Haedrich ?

Pour beaucoup ce nom ne vous dit surement rien, et pourtant peut-être sans le savoir, dans votre bibliothèque vous possédez un de ces livres sur les cigares ( Le Manuel de l’amateur de cigares, Habanos ou quelques ‘ Havanoscope' parue dans les années 90/2000), pour ceux qui ont connu la revue ‘Club cigare’, Jean-Michel faisait aussi partie du staff, comme un des éditorialistes de ce magazine. Ma rencontre récente avec Mr Haedrich remonte maintenant, il y a quelques mois lors de son intervention sur " le blog : Les cigares selon Edmond’, je ne connaissais rien de lui. Je connaissais uniquement son site sur le cigare qui malheureusement depuis n’est plus accessible ! Tout amateur de cigares se doit de connaitre ce monsieur, aujourd’hui retraité et toujours grand passionné de Habanos. Je vous invite à découvrir ce personnage, figure emblématique du cigare en France par ce modeste interview, dont Jean Michel a bien voulu se préter.


Edmond: Vous êtes écrivain, journaliste mais encore ? beaucoup  ne vous connaissent pas et c'est bien dommage. Ensemble j'espère que  nous allons y remédier. Pour commencer Jean Michel, qui est Mr Haedrich ? Vous êtes originaire d'Alsace de la ville de Munster si je m'abuse.

Jean Michel : Écrivain (?) oui certes, même si mes livres sur les cigares ( et les pompiers! diable, vous êtes bien  renseigné ! ) ne m'ont pas apporté la fortune. Journaliste? J'ai notamment vécu 30 ans à Paris Match. Mais, depuis que Club Cigare, harcelé par Défense des Non Fumeurs, s'est sabordé, je ne suis plus qu'un retraité. Qui tente d'écrire des romans, hélas sans réussir à séduire des éditeurs. Si mon père est effectivement né en Alsace, à Munster il y aura cent ans le mois prochain, moi je suis né à Lyon. Il y a un peu plus de 70 ans. Du temps où Lyon faisait partie de la "zone libre" et où mes parents s'étaient réfugiés. Mais je connais peu la "Capitale des Gaules": dès la Libération je suis "monté" à Paris. Comme je pense que vous avez d'autres questions… il me paraît inutile de m'étendre davantage.


Edmond : Merci pour ces précisions, tout n'est malheureusement pas sur internet, pour les pompiers pous m'expliquerez un jour ? Restons Havane pour le moment...
Jean Michel, la revue "Club Cigare" a disparu des kiosques, cela doit faire 5 ans je pense, après avoir subit les foudres de ses détracteurs. Que représentait t-elle pour vous ?

Jean Michel : d'abord une première parenthèse: c'est vrai j'ai commis un livre sur les pompiers de Paris. Une commande de leur état-major du temps où j'étais à Match. Pour la disparition de "Club Cigare" je crois que cela fera tout juste trois ans. Mais je ne pourrai confirmer qu'à mon retour à Paris la date du dernier numéro.
À "Club Cigare" je me sentais particulièrement libre de choisir mes thèmes sur le cigare: entretiens avec de vegueros, des directeurs de fabriques des créateurs de cigares (pas seulement cubains). Bien
 sûr j'ai fini par devoir sacrifier aux "dégustations". Ce qui, au départ, ne me plaisait pas vraiment. Cela dit, avec Jean Christiansen ("l'Atelier") et à la suite d'une discussion avec Michel Daloglou qui, à l'époque, était le responsable cigares d'Altadis - nous avons mis au point, Jean et moi, un vrai plus je crois. Nous avons subdivisés les arômes en sous catégorie (notes torréfiées, végétales, animales, rondeur) Quand vous prenez les dégustations classiques, celles de l'Amateur par exemple, vous pouvez tomber sur des cigares de provenances diverses mais présentant sensiblement les mêmes notes "d'arômes". Notre subdivision permettait de mieux souligner les caractères spécifiques des terroirs. Autre chose, concernant nos dégustations, et dont je suis assez fier, le rejet de parler en "tiers" (premier tiers deuxième tiers…) Si  tout cigare, à la dégustation, présente trois temps - départ, corps proprement dit (le "divin" de Gérard) et final. Ces trois étapes ne sont pas de même longueur. D'ailleurs, les très grands cigares se fument à "s'en brûler les lèvres". En outre, la mode des "petits et gros" interdit à ces nouveaux modules d'attendre le premier tiers de leur fumage pour exposer leurs talents.


Jean Christiansen ( chef étoilé )

Edmond: Comment percevez-vous l'évolution de ces nouveaux formats, lorsque le premier "robusto" fait son apparition dans les années 1980/1990, méprisé à l'époque et depuis adopté par la majeur partie des amateurs ! Aujourd'hui les "short-robusto", et demain ? Un espresso short robusto de 5cm, je crois d'ailleurs qu'il existe déjà ! Croyez-vous au fumez, court et bon ?

Jean Michel : Je ne suis qu'un fumeur, qu'un amateur.
Bien sûr, cela m'attriste de voir tous ces "créateurs" de cigares .Qu'ils soient cubains, dominicains, honduriens ou autres - multiplier les formules de "petits gros".. Ils arguent les nouvelles lois anti tabac pour proposer, disent-ils, des cigares plus rapides à fumer. Imagine-t-on "Mouton Rothschild" commercialiser son vin en quart de bouteille ?
 Les producteurs croient bien faire. Je pense qu'ils écoutent trop leurs conseillers "marketing". Personnellement, quand le temps m'est compté, je vais me contenter d'un petit casadores plutôt que d'un petit Edmundo à 8 ou 9 euros  (vérifiez le prix). Je sais, les modes changent. Je reste nostalgique du Lanceros de Cohiba et du Série N°1 du Connaisseur de Partagás (dont, pour ce dernier, la production a cessé). Mais je comprends la position des producteurs. Si ces cigares ne se vendent plus, à quoi bon les produire? De là à se jeter sur les "petits gros"… Un cigare (qu'il soit cubain dominicain , hondurien ou autre) ne devrait pas être élaboré pour être fumer à la hussarde!

Edmond: Effectivement le monde change, le cigare s'adapte aux  nouveaux consommateurs. J'avoue qu'il est difficile aujourd'hui de fumer un Lusitania ou un punch double corona ! Mais vos propos sont plus que pertinent Jean Michel, un fumage rapide est antinomique à ses principes, celui-ci n'est-il pas une réflexion, une méditation, voir une intermède avec soi-même sur le temps qui passe ! Jean Michel, comment fumez vous aujourd'hui ? Que vous apporte le "Havane" car je sais que vous le privilégiez avant tout des autres terroirs ?

Jean Michel : Petite précision sur ma manière de fumer: je m'applique à "mâcher" la fumée. Ainsi, humectée par ma salive, elle se "colle" à mon palais et exprime l'essentiel de ses arômes.
 Autre détail: j'ai dit que je fumais essentiellement chez moi. Hommage à mon épouse qui, bien que ne fumant pas, me "tolère". Grâce lui en soit rendue.

Edmond: Une méthode que j'ai aussi adopté ! Technique qui permet de mieux identifier les différentes saveurs, la fumée se mange, comme un met de choix ! N'est-ce pas Jean Michel ? Merci de l'avoir évoqué. Et  je tire mon chapeau à madame, belle preuve de compassion et de mansuétude. Là où l'admonition est de mise pour beaucoup de fumeur en  général. Quel cigare appréciez-vous en ce moment au quotidien ? et quel est votre cadence de dégustation ?

Jean Michel : Au quotidien ? Après-déjeuner, avant de sortir la chienne dont j'ai héritée, je me contente bien souvent d'un Petit Cazadores de J. L.Piedra. Le soir, toujours le plus souvent, soit un Allones Specially Selected soit un Magnum 46 de H. Upmann. Toujours à cause de la chienne qui a besoin d'une dernière promenade, j'évite les prominentes (double corona). Bon, de temps à autre, un magnum 50, voire un Lanceros ou un Siglo VI…
Comme vous devez l'avoir deviné je suis à deux, voire trois, pièces par jour. Avec le temps (et la retraite), je suis devenu plus raisonnable.

Edmond: 3 pièces par jour, c'est une belle moyenne ! Quelle était votre consommation déraisonnable Jean Michel ?
J'aimerais revenir sur un chapitre essentiel de votre vie, celui où vous étiez éditorialiste de l'Havanoscope. Qui fût l'initiateur, les protagonistes de ce guide ?

Jean Michel : Ma consommation déraisonnable ?
La déraison m'était imposée par mon "travail". Notamment lors de l'élaboration du "Havanoscope". En outre, certaines journées, à Cuba à l'occasion de certains Festivals…  Mais foin de déraison. Le cigare est, et doit rester, affaire de plaisir. À chacun de fumer quand il peut, afin d'en jouir pleinement. Le seul modèle c'est soi. L'initiateur du "Havanoscope" Dans la mesure où c'est lui qui en prit la décision finale, Jean-Paul Kaufmann. Les protagonistes ? Le comité de dégustation d'alors avec un rôle plus prononcé de JPK Richard et moi. Mais je n'oublierai pas le rôle d'Annie Lorenzo. Cela dit,pour  moi, le Havanoscope appartient au passé. Donc, "joker" pour plus de commentaires sur ce sujet.


Jean-Paul Kaufmann ( L'amateur de cigare )

Edmond : en voilà une belle transition, Cuba ! Quel est votre plus beau souvenir ? et quel conseil me donneriez-vous pour ce voyage que j’envisage à Avril ?
Je suppose que les vegueros ne vous ont pas livré tous leurs secrets !
Reste 2 jokers, Jean Michel.

Jean Michel : D'abord une précision. Vous aviez presque raison à propos de la fin de "Club Cigare". Leur dernier numéro (sans une ligne sur le cigare et auquel je n'ai évidemment pas participé) date date du printemps 2009. Donc dernier numéro "cigare": hiver 2008, soit quatre ans (et non 5).
Mes plus beaux souvenirs de Cuba?Non, je e veux as utiliser un joker, mais… J'ai "découvert" l''île en 1981. Jusqu'en 2008, j'y suis retourné au moins une fois par an. Ça fait beaucoup de bons souvenirs. Et quelques déceptions aussi, bien sûr.
Vous planifiez un voyage en avril 2013. En cinq ans Cuba a changé. Ainsi, à moins que cela change encore, vous ne pourrez plus visiter une manufacture (à moins de faire partie d'un groupe officiel, qui aura négocié). Abel est-il toujours le gérant de la Casa del Habano de Partagás? Enrique Mons est-il toujours en activité dans sa Csa del Habano de l'Habana Club? Mons, un super expert, a été le premier à créer une boutique (Quinta y Diez y seis - sur la cinquième avenue, au carrefour le la 16e rue)) spécialisée dans la vente de Habanos.
Perdez-vous dans la Vielle Havane, offrez-vous au moins un aller le long de la 5e avenue, poussez jusqu'à ce Club Habana et offrez-vous une journée plage (ça coûte moins cher en semaine, la plage est superbe) et déjeuner, au bord de cette plage, d'un poisson grillé (il y a quatre ans, le restaurant affichait des prix très abordables.
Bon, la Vuelta Abajo est un passage obligatoire.  Même si en avril, les plantations devraient être pauvrettes (la récolte devrait être terminée, en principe). Vous laissera-t-on entrer dans une "casa de escogida" où sont traitées les feuilles? Je crois savoir que la finca de Robaina fait maintenant , aussi, restaurant. Je ne sais pas si Hiroschi, son petit-fils, se souvient de moi.
Trinidad, même si son apport cigarier est moindre, est une ville-musée à visiter. Et puis, il y a Varadero.. Devenue une horreur avec ses murilles d'hôtels "all included". Cela dit, la mer y est toujours chaude et calme. Une bonne chute de voyage! Mais - à moins que cela ait changé, - les Habanos y sont vendus plus chers qu'ailleurs. Le "marketing" à la cubaine!!!
Quant aux Cubains (et aux Cubaines), méfiez-vous de ceux qui vous abordent sans vous connaître. Ou il veulent vous vendre des faux (cigares, rhums, médicaments…) ou ils ont une maman à l'hôpital à laquelle ils doivent apporter des médicaments qui ne se paient qu'en Cuc…
tout cela intéresse-t-il vos lecteurs ?


Edmond: Quelle fût votre plus belle rencontre Cubaine, humaine ou cigare bien sûr, voir les deux à la fois Jean Michel ?

Jean Michel : Je vous trouve bien indiscret… Cela dit, de tous mes rencontres cubaines, à coup sûr, celle de José Fernandez Maique - plus connu comme "Maique" - reste la plus belle. Même si, à notre première rencontre,  ce ne fut pas la complicité. Je le prenais pour le roi du "téké-téké" (la langue de bois, version cubaine). Et puis… Il est venu à Paris. Nous avons appris à nous connaître. Il est devenu un Ami. Et quel expert en matière de Habanos! Il connaît tout, de la feuille à la vitole. Et il aime aire partager ses connaissances. Un homme formidable. Et, j'insiste, un ami.

Edmond: Tout comme votre ami "Maique", peut-être qu'un jour le serons nous ? Et ma curiosité ne sera plus synonyme d'indiscrétion, mais uniquement de partage.
 Quelle est votre plus belle découverte en terme de dégustation ses 2 dernières années, y a t-il un cigare que vous aimeriez susciter l'adhésion ?

Jean Michel : Ces deux dernières années? J'avoue ne pas avoir été tenté par des découvertes. Si, peut-être, parmi les nouveautés, le Half Corona de H. Upmann. Un "petit" que j'ai trouvé intéressant. Bon, il y a les Behike… J'en ai fumé très peu. Je ne suis pas du tout d'accord avec la politique d'Habanos qui les a mis à un prix… trop bas! Les dirigeants d'Habanos  Maique n'avait pas encore les responsabilités et ont ainsi dévalué ces cigares, les situant au niveau de "Habanos chers" alors qu'iis auraient dû (vue leur petite production) en faire des "Habanos d'exception".
N'ayant plus d'activités professionnelles cigarières, j'avoue que je ne cours plus après les nouveautés. Je m'en tiens aux classiques. Et, pour moi, le meilleur des meilleur, bien que complètement démodé, reste le Lanceros de Cohiba, dont la production a légèrement repris (ce qui n'est pas le cas des Série du Connaisseur de Partagás, autres merveilles démodées). Et puis, encore un Habano en chute de popularité, le 8 - 9 -8 de Partagás, autre merveille.

Edmond : Votre remarque concernant les ‘ Behike' est inattendue! Beaucoup ont tendance à le trouver très prohibitif, très ‘bling-bling’,symbole d’une appartenance à une caste de nanti qui malheureusement n’y connait pas grand-chose ! Mon fils m’a offert un Behike 52 à Noël, pour être honnête, ce sera mon tout premier et je compte bien l’apprécier à m’en bruler les doigts. Jean Michel, afin de rendre ce qui est à César, comment justifierez-vous , si Habano augmentait le ‘Behike’ de 100%, voir 200% ? Quelle serait votre argumention pour légitimer ce prix exceptionnel ?

Jean Michel : "Behike" nous a été présenté comme un cigare d'exception ( à cause de la quatrième feuille de sa tripe, un "artifice" utilisé avant la Révolution cubaine, paraît-il, par certains cigariers cubains ). Et il a été vendu simplement un peu plus cher que le Siglo VI, alors qu'il se présente dans un coffret plus somptueux. Je persiste et signe, il se sont plantés en le "bradant". Maintenant, ils ne peuvent plus bouger son prix.  Ils ont laissé passer l'occasion. Mais je crois que les dirigeants devraient penser à la réalisation de super Habanos, élaborés à toute petite échelle et hors de prix. Des Habanos qui seraient aux cigares ce que sont les très grands crus bordelais ou bourguignons dans le mode du vin. Naturellement cela demande beaucoup de rigueur, de sérieux. Trop pour les Cubains à qui, il est vrai, leurs dirigeants ne laissent guère le temps.

Bon, ce ne seront pas des cigares pour nous. Ils seront destinés aux milliardaires ("fumeurs de bagues"). Peut-être, ne mériteront-ils pas de les fumer, mais ceci est "une autre histoire".


Edmond : Justement en ce qui concerne la rigueur, pensez-vous qu’à long terme d’une manière généra que  le cigare pourrait se trouver en danger ? Comme vous l’avez dit Cuba change, le tourisme a fait son apparition dans les années 85-90 d’abord timidement, aujourd’hui c’est une industrie florissante qui est devenue une véritable manne pour le gouvernement Cubain. Malheureusement la majorité des Cubains ne jouissent de rien ! Certains observateurs craignent que le régime de Castro pourrait se fissurer demain et entraîner dans sa chute le ‘Habano' par l’arrivée entre autres d’ investisseurs Occidentaux, Américain, Chinois… Quoique l’on soit de tout cœur avec le peuple cubain pour une levée de l’embargo, ainsi qu’une amélioration notable de leurs conditions de vie. Il est difficile de ne pas penser égoïstement à nos cigares ! Qu’en pensez- vous Jean Michel ?

Jean Michel : Le tourisme cubain florissant ? Vues les possibilités qu'offre ce pays, le tourisme à Cuba reste peanuts. Combien de vrais touristes chaque année ? Bon, je n'ai pas les chiffres, mais cela reste inférieur aux 2 millions d'entrées.  En 1990 il y en avait un million. La majorité des Cubains ne profitent pas de cette (maigre) manne ? Attendez de découvrir les réalités de l'île, regardez-les vivre… Nous en reparlerons après. Beaucoup en sont restés au temps où l'Urss soutenait l'île et quand tout tombait, presque gratos, du "ciel". Le "Habano" - grâce (?) à Fidel - est déjà à moitié sous contrôle étranger ( Altadis puis Imperial tabacco ). Le marché international du Habano reste tributaire d'une production qu'on ne peut guère multiplier et, de fait, demeure un "marché de niche" . Combien de fumeurs de cigares (toutes provenances confondues)? Probablement moins d'un million de fumeurs réguliers dans le monde ( j'entend, par fumeur régulier celui qui fume au moins 3 cigares par semaines ). Enfin, pour clore ce débat, si les Habanos jouissent d'une grande réputation mondiale, ils ne représentent qu'une ressource faible (en fonction des besoins de l'île) de Cuba. Alors, ne tombons pas dans la paranoïa.

Edmond : Revenons dans l’hexagone Jean-Michel, vous qui avez connu l’avant et l’après ‘Tabac', une époque où tout était permis en matière de volute ! Que pensez-vous de ce climat de délation, de discrimination et de persécution que rencontrent aujourd’hui les fumeurs de cigares. Les procès à répétition à l’encontre du dernier magazine de cigare par la DNF qui ont eu raison d’ailleurs du ‘Club Cigare' . Nous sommes passé d’un extrême à un autre, sans compromis, sans respect pour  nos libertés. Suivez-vous de près cette actualité ?

Jean Michel : En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, on se gargarise volontiers du mot "démocratie"… Mais on ne cesse de voter des mesures d'interdiction. Interdire, punir ( les autres, évidemment ) sont devenus les deux mamelles des conversations "mondaines". Je trouve ces débats plutôt désolants et, pour répondre à votre question, je paraphraserai je ne sais plus qui: je suis tout cela d'un derrière distrait.

Edmond : Revenons si vous le voulez bien sur la « subdivision des arômes » qui je pense intéressera mes lecteurs ! Pourriez- vous à nouveau développer,  cette méthode  d’appréciation et de comparaison des différents terroirs de culture de tabac noir ? Que nous puissions bien comprendre cette approche. 

Jean Michel : La subdivision des arômes ? Assez simple, d'autant que chacun, en fonction de son palais, de ses goûts,  Le principe: les arômes sont variés. Deux cigares peuvent séduire par leur richesse aromatique sans que cette dernière soit comparable. Un Habano, un Dominicain, un Hondurien vont séduire par des arômes très différents.

Avec Jean, nous avions subdivisé les arômes en 5 sous-tranches.  Nos "catégories"? Notes animales, notes épicées, notes végétales, notes torréfiées, Rondeur. Encore une fois, chacun établira sa propre échelle, en fonction de son palais. 

Est-ce assez clair ?

Edmond : Si je comprends bien, sans vraiment le savoir nous utilisons tous votre méthode ! C’est assez inouï s je trouve. Vous voyez Jean Michel, il était judicieux de faire cette interview et ainsi  vous rendre ce petit hommage.

 Comment se fait-il que vous n’ayez pas créé votre cigare ? Comme Gilbert Belaubre la fait avec la marque ’Credo’, Les ‘ Pléiades’ et ‘Quai d’Orsay’. Vous disposiez de toute l’expérience, le savoir, les contacts, pour vous lancer dans une telle aventure.

Jean Michel : Une chose est de posséder des connaissances et même des relations… Le meilleur critique gastronomique ne fera pas un bon "chef". Il faut savoir se cantonner dans ce que l'on sait faire. L'expérience de Belaubre avec les Quai d'Orsay est d'ailleurs révélatrice. En outre - sans doute échaudés par leurs expériences avec Davidoff et Dunhill - les Cubains ne sont pas chauds (un euphémisme) pour aider un étranger à créer une nouvelle marque. Et j'ai été témoin (presque actif) de deux tentatives de ce genre. Cela dit, il paraît que j'ai joué un petit rôle dans l'élaboration du Magnum 50 de H. Upmann. Certaines de mes réflexions auraient aidé au choix du module. Du moins me l'a-t-on dit. Ce n'est pas si mal, non ?  


Edmond: Pas mal du tout, désormais lorsque je dégusterai un Magnum 50, une petite pensée volatile et éphémère soufflera dans votre direction à votre bon souvenir. Vous évoquez Davidoff et Dunhill. Sans faire de prosélytisme pour l'un ou pour l'autre, vos chemins ont dû sûrement se croiser, je pense notamment à Zino ! Alfred étant décédé bien avant en 1959. Y a t-il un souvenir, une anecdote le concernant ? Je sais vous allez encore me trouver bien indiscret !

Jean Michel : Zino… Oui ! Quand je l'ai rencontré, vous allez rire, je ne connaissais rien de lui. C'était en juin 1971. Un rédacteur-en-chef de "Paris Match", sous prétexte d'une enquête sur le choléra auprès de l'O.m.s., m'avait dit: "Passe aussi chez Davidoff et rapporte moi une boîte de El Rey del Mundo". Je pense qu'il s'agissait des "Grandes de España" mais je n'en suis pas sûr. Et me voici chez Davidoff. Client lambda. Et qui pour me servir? Zino (je le répète, je ne le connaissais pas) en personne. Et nous commençons à parler. “Ah! vous travaillez à Match? Vous connaissez X… Y… Et vous, que fumez-vous…" Et il m'a vendu une boîte de 10 N°2 de Davidoff (un rédacteur -en-chef adjoint m'avait passé commande d'une seconde boîte, et la douane, à l'époque, était assez stricte). Et Zino m'a offert (bonus) un Davidoff N°2…  Le lendemain, de retour à Paris, j'apprenais que j'allais être père pour la première fois. Ce N°2 devait prendre une saveur partiulière. Je l'ai fumé chez Monteil, un restaurant des Halles où ma femme et moi avions décidé de célébrer la bonne nouvelle. J'ai revu Zino par la suite. Je lui ai raconté "l'histoire" de mon premier N°2. Il a ri. Je n'étais pas encore un journaliste du cigare "célèbre".

Un personnage étonnant. Il n'avait pas hésité à publié dans un de ses livres la photo de la manufacture de El Laguito en prétendant qu'il s'agissait de la sienne. Il affirmait qu'il choisissait lui-même les feuilles qui entraient dans la composition de ses cigares… avant de vous dire, dix minutes plus tard, que Castro vivant, il n'était pas prêt de remettre les pieds  à Cuba… Un sacré personnage. Et un "vendeur" hors-pair.


Zino Davidoff

Edmond : Je pense qu’il est temps pour nous de se quitter Jean-Michel, je n’abuserai pas de votre gentillesse. Votre altruisme est tout à votre honneur Mr Haedrich, vous avez joué le jeu des questions-réponses sur mon blog en toute simplicité et humilité et j’espère en tous les cas que mes lecteurs seront conquis par cette générosité. Le cigare est pour moi synonyme de rencontre et de partage, de découvertes. Je déteste la raideur et la grandiloquence de certains fumeurs de cigare, tout le contraire de vous, surtout ne changez rien Jean-Michel ! Connaissez-vous l’émission ?« J’irai dormir chez vous, avec Antoine de Maximy », et bien moi j’irai bien fumer un cigare avec vous un jour !

Jean-Michel, merci à vous. Vous êtes le bienvenu sur le blog pour intervenir et corriger certaines de mes erreurs.    

Jean Michel : Bon courage à vous. Je vous joins une photo récente prise chez mon ami Éric Rogoff, un ami, un "chef", propriétaire d'un petit restaurant sans prétention mais fort bon (et aux prix très raisonnable), "l'Alchimie" ( 34 rue Letelleir - 75015 Paris - 01 45 75 55 35 ). Hélas on ne peu plus y fumer… Sauf après la fermeture !

À propos d'adresses à Cuba, dans le dernier Havanoscope, toute une liste d'endroits ( restos, bars…).

 



Éric Rogoff et Jean Michel Haedrich

06:00 Écrit par Edmond Dantes dans Interview | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

01/07/2012

Interview "Karine de la civette Maillefer-Tabacs à Lausanne"

Au hasard des rencontres internet, il y a parfois de belle surprise ! Aujourd’hui je vous fais partager un petit instantané de vie, celle de Maillefer tabac et de Karine sa gérante qui a bien voulu jouer le jeu pour mon plus grand bonheur, sous forme d’une petite interview que vous allez découvrir ci-dessous.

La première fois que je découvre cette civette, c’est sur « streetview », bon pour le côté romanesque, franchement bof ! J’ai donc pris un peu de liberté pour enjoliver cette rencontre sur internet, veuillez m’en excuser.

C’est lors d’un déplacement professionnel sur Lausanne, que je découvre pour la première fois cette civette de la rue Grand Chêne à Lausanne, aucun nom ne l'identifie, à part juste cette enseigne "cigares partagas" en gras et or au dessus de la vitrine en forme d’arcade, elle est située à deux pas du vénérable "Lausanne Palace", cette rue bordée d'immeubles d'inspiration Haussmanniens ne laisse pas indifférent par l’opulence de son architecture, un peu intrigué je me décide à franchir l'entrée, l'unique pièce constituée de hautes vitrines en bois massif, le tout en enfilade compartimente le local en deux parties distincts, un espace vente dédié, au fumeur de pipe, de cigare, d’articles divers, briquets, cendriers cave à cigares et narguilé ! et une seconde partie qui me semble plus privée. Une odeur légère et bien particulière émane de cet endroit, ce fumet, ce mélange des genres chatouille déjà mes narines et m’incite à la plénitude de l’endroit. À ma grande surprise, aucun ventru dégarni, lunette au bout du nez muni d’un gilet de velours vert olive et trop petit pour vous accueillir ! eh non ! ici la gérante c'est Karine une personne fort accueillante et c'est elle qui vous reçoit ! Pour mon plus grand plaisir, elle sera mon guide afin de vous faire partager un peu de son histoire et celle de cette illustre civette de Lausanne, que dis je ? une institution pour beaucoup d’aficionados étrangers de passage et de Lausannois.

maillefer cigare

Edmond: Bonjour, Karine enchanté de faire votre connaissance, vous savez que j'ai eu beaucoup de mal à vous trouver, car rien ne stipule de l'extérieur "Maillefer Tabac", vos futurs clients n'ont-ils pas trop de difficultés à vous trouver ?  

Karine: Bonjour cher Edmond nous donnons toujours comme référence ( à côté du Lausanne Palace ) ça simplifie pour nous localiser. Peut-être qu’il est un peu difficile de nous trouver, mais tout autant pour ne pas nous oublier, ça tient certainement a nos formes généreuses et notre sourire ! je rappelle au passage que nous ne sommes que des femmes et cela depuis plusieurs décennies !

Edmond: Comment ça ? Est-ce un choix délibéré que d'employer uniquement des femmes ou uniquement le fait des circonstances ? eh, combien êtes-vous de femmes ?

maillefer cigare

 

Karine: Cela tient du hasard qui à perdurer et est devenue notre marque de référence ! Nous sommes 3 en tout, il arrive parfois que mon ancienne collègue nous donne encore volontiers un coup de main. Il faut dire qu’aux files des années nous sommes devenue une grande famille ou les anciennes transmettent leurs connaissances leurs anecdotes, leurs savoirs et surtout leurs passions ! Nous avons toutes commencé sans rien connaitre au tabac ( le challenge est encore plus grand et plus beau) car c’est parfois difficile d’être une femme dans le monde du cigare qui est resté longtemps l’exclusivité de l’homme ! Dieu merci les temps changent… Ouf… ma vie n’aurait pas été aussi passionnante si j’avais dû me contenter du chocolat… hé oui je suis gourmande ;-))))

Edmond: Donc aujourd'hui, c'est vous la gardienne des clefs de cet établissement . Depuis combien de temps ? je suppose alors qu'il existe une madame Maillefer caché derrière ces boîtes !

Karine: Oui je suis la gardienne de ce paradis depuis plus de 4 ans, et 2 ans en tant que (vendeuse) non c’est très drôle il n’y a pas de Madame Maillefer, mais Monsieur Paul Maillefer, un homme tellement extraordinaire qu’il m’a offert les pleins pouvoirs de son commerce. Il avait certainement compris ma passion et mon dévouement pour son royaume pour m’offrir une telle confiance car il faut savoir que mon ( patron) n’intervient jamais dans le magasin !

Edmond: Étiez-vous une amatrice de cigare avant de prendre possession de cet établissement ? Comment l'avez-vous convaincu ? Je trouve cela très étonnant ! et pourquoi une femme et pas un homme ? quelle explication pourrait donner Mr Maillefert à cette singularité mise à par aimer les belles choses ? :-)

Karine: Non j’avoue je ne peux pas dire que j’étais une amatrice de cigares ! je n’y connaissais rien…( désolé je n’ai même pas honte ! ) mais je garde un souvenir visuel et odorant de mon papa fumant le cigare, j’ai voulu découvrir son univers et la vie m’a offert cette possibilité. Les belles choses… mmmm… merci cher Edmond ! je parle en mon nom et pas en celui de Mr Maillefer ! L’histoire est un peu compliquée mais je n’ai pas eu à convaincre Mr Maillefer, j’ai été engagée comme vendeuse il y a environ 8 ans puis je suis partie au bout de 2 ans pour divergence d’opinions avec la gérante qui était en place à ce moment-là.( il faut dire que j’ai du tempérament Pour ne pas dire un caractère de c… chef bien sûr !) un peu moins de 2 ans plus tard mon ancienne équipe m’as contacté en me disant que la gérante laissait le magasin a la dérive ! Elles ont contacté Mr Maillefer qui s’est empressé de m’engager comme gérante… Il n’y a pas que Walt Disney qui écrit de belles histoires la vie nous en offre tous les jours de belles histoires ! Il suffit de les vivre pleinement ! Que du bonheur.

maillefer cigare

 

Edmond: Un saint homme ce Mr Maillefer ! vous avez beaucoup de chance de vous baigner dans ce joli souvenir, moi mon père fumait des gauloises ! :-) Pour revenir à Maillefer, quelles sont les origines de cette civette ? Qui a commencé ce commerce de tabac ?

Karine: Les origines de la famille Maillefer sont Suisse, Ballaigues Vaud, et c’est la troisième génération donc ce magasin est plus que centenaire ! Les premiers à avoir importé des cigares à Lausanne et à l’époque ça prenait des semaines avant que le tabac n’arrive par bateau, par chevaux et par la force de l’homme ! Aujourd’hui un fax, un téléphone, un mail et la marchandise arrivent le lendemain !

Edmond: Je suppose qu'aujourd'hui Mr Maillefer est un homme d'un certain âge non ?, est ce que la relève est assurée ?

Karine: Je ne sais pas son âge…… ou presque ! eh, je suis là moi…!

Edmond: Désolé, mais je ne peux pas vous demander votre âge malgré que je le connaisse : - ) depuis que vous travaillez dans ce domaine quelle est votre souvenir le plus fort, le plus exaltant ? le Lausanne Palace vous amène surement des clients excentriques, et surement très célèbres.

Karine: Effectivement mon âge vous le connaissez, je suis née en pleine Révolution française … Je précise 68 ! 1 er juillet on profitera pour boire un bon verre et fumer un cigare ! Mon souvenir le plus fort… Mmmm… laissez-moi réfléchir ! ...la liste est trop longue ! chaque rencontre a été un souvenir fort mais je dois avouer que mon voyage à st Domingue organisé par Davidoff fut riche en émotion en sensation en découverte. Une impression de petite fille dans un magasin de jouets ! Nous avons parfois des demandes particulières certes elles nous font sourire… mais chut secret professionnel ! Oui nous avons vu passer des clients célèbres mais nous sommes très discrètes, nos clients habituels on droit au même respect et même accueil…malheureusement George Clooney n’est toujours pas venu nous rendre visite pfff

Edmond: J'ai un copain qui travaille chez Davidoff Genève qui a eu la chance aussi de partir à St Domingue dans le sacre au saint du cigare Dominicain cela doit être très enrichissant ! Idem pour moi quand je rentre dans une civette, j'ai toujours la sensation d'avoir cassé ma tirelire pour m'offrir un train électrique. Sinon, vous pouvez lâcher une petite anecdote pour les lecteurs ! rien qu'une toute petite. après promis je m'intéresse plus qu'à vous.

Karine: Une super équipe à Davidoff Genève que j’ai appris à connaitre à st Domingue ! Une anecdote… Bon d’accord… Parfois le regard ou plutôt l’imagination de l’homme dépasse ses pensées quand il faut expliquer en tant que femme la différence de plaisir entre un robusto et un panatella ou que vous tenez en main le cigare santa Clara magnum (47 cm de long) mais cela ce Corse quand vous devez expliquer à une personne novice comment fumer la pipe ! …hé oui, nous sommes aussi spécialistes de tabac pour pipe, cigarettes snuffs, tabacs à narguilé…etc.… bref les termes sont éloquents : bourrer une pipe, décalotter, la tenir à une main, ne pas la mordiller sous peine d’abimer le tuyau ! ... Ha voilà je voie que vous aussi votre imagination s’emballe ! Ça nous a valu quelques beaux fous rires.

maillefer cigare

 

Edmond: Tout ce qui se tient en bouche n'est que plaisir, voilà tout ! et sans arrière pensé, imaginez visser votre robusto dans l'oreille pour le déguster ! Eh vous, quelles sont vos vitoles préférées en ce moment ? vous préférez les gros ou les petits modules ? humm...hum

Karine: Un Robusto dans tous les cas, mon coup de cœur du moment le « Camacho corojo monarca » il est d’une justesse et d’un équilibre parfait, et vous-même cher Edmond ?

Edmond: Le Camacho corojo monarca fait partie de mes derniers achats, il me tarde de le goûter, vu les éloges que vous lui faites ! Mes préférences vont pour l'Hoyo de Monterey Épicure especial, le Punch Punch, le Partagas D4 pour les Cubains et le Gilbert de Monsalvat robusto que j'ai découverts récemment qui m'a beaucoup séduit pour un dominicain, le Paradiso XXL gros robusto en Nicaraguayen pas mal aussi, mais pour en retenir qu'un celui du moment est le Quai d'Orsay Embajador toujours en robusto !

Y a-t-il plus de femmes aujourd'hui qui désirent fumer le cigare ou cela reste-t-il principalement l'apanage des hommes selon vous ?

Karine: La tendance change et les femmes osent de plus en plus même si certain module leur fait peur ! pour commencer je leur propose toujours un Davidoff 2000 ou hoyo Épicure n°2 ? grands classiques qui fait toujours mouche !

Edmond: Très bon choix, quelle est en ce moment le "best" en matière de vente de cigare ? Et pour clôturer la semaine quelle sera votre choix pour ce week-end, cubain, dominicain...? j'oubliais, travaillez-vous le samedi ?

Karine: Grand classique Partagas D4 et Romeo et Julieta wild Churchill, Flor de Copán rotchild, Camacho corojo, Arturo Fuente et pour finir Alec Bradley black market ! Mon choix pour ce week-end sera un "la Aurora 1495 sumos short robusto" roulé frais aujourd’hui dans ma civette par maitre Luis López me réjouit ! accompagné d’un verre de muscat bien frais ! Nous sommes ouverts tous les jours de 9h à 19h sauf le dimanche et le samedi de 9h à 17h donc soyez le bienvenu dans mon royaume…qui est le vôtre !

Edmond: Eh oui ! c'était aujourd'hui cette animation, ça m'aurait beaucoup plus, dommage que vous soyez si loin je serais volontiers venue. Pour moi la semaine est terminée et je pense me laisser tenter par un Camacho corojo ce soir, avec les jumelles vous pourriez apercevoir la fumée de l'autre côté du lac "Leman" :-)) J'ai d'autres questions, mais elles attendront lundi, passez un charmant WE en compagnie de votre "Aurora"

Karine: Un grand merci chez Edmond pour votre gentillesse je vous souhaite un bon moment avec votre Camacho » vous verrez c’est que du bonheur… Enfin j’espère ! À lundi avec grand plaisir. Bonne dégustation.

Edmond: Une belle découverte ce Camacho Corojo, vous aviez misé juste sur ce cigare, vous pouvez dès aujourd'hui retrouver sur le blog mon ressenti. Concernant cet endroit, existe-t-il d'autre civette Maillefer semblable à celle-ci en Suisse ?

Karine: Ah ! j’étais sûre que le Camacho vous surprendrez en bien, je me réjouis de lire votre commentaire sur le blog ! Cher Edmond nous sommes la seule civette Maillefer tabac, ceci dit vous trouverez 2 autres civettes à Lausanne.

Edmond: Aujourd'hui, est-ce vous qui gérez directement tous vos achats à travers le monde ? "contrairement à la France où Altadis est un passage obligatoire pour commander ses cigares, un monopole rétabli par Napoléon en 1810 !" Existe-il un modèle semblable chez vous ?

Karine: Je travaille effectivement avec d’autres fournisseurs dans le monde ( France, Allemagne, Italie) mais pas pour les cigares, plutôt pour les articles fumeurs. Nous avons en Suisse notre fournisseur officiel (Intertabak) pour les cigares cubains mais la possibilité d’en commander chez d'autres fournisseurs. En ce qui me concerne je préfère Intertabak je suis sûr de leur qualité et de leurs provenances ! C’est un choix personnel je veux le meilleur pour mes clients et pour moi ! ( le bon marché est toujours trop cher ! )

Edmond: Est-ce une obligation de passer par ces fournisseurs officieux ? ou Pourriez-vous commander vos cigares directement dans leurs pays d'origine sans passer par ces intermédiaires ?

Karine: Le problème en commandant ailleurs ce sont les frais de douanes qui sont exagéré et je devrais le répercuter sur mes clients… hors de question ! Nous sommes bien fournis par Intertabak …heureusement… bon d’accord j’avoue nous n’avons pas tout, notamment les Quai d’Orsay ambajador…j’adore !

Edmond: Oui, je comprends. Y a-t-il des marques que vous aimeriez retrouver dans votre civette, toujours pour les cigares ? Lesquelles et pourquoi ? :-)

Karine: Nous avons des clients qui viennent de partout et notamment de France, parfois il me demande des cigares que je ne connais pas à mon grand regret… sniff… Alors j’aimerais les connaitre les déguster et les conseiller ! beaucoup de client de l’union européenne prennent des cigares en Suisse car moins cher quoique la tendance change ou du moins la différence soit moindre ! d'ailleurs chère Edmond, quel cigare pourriez-vous me conseiller que je ne connaisse pas ?

Edmond: Connaissez-vous le "Pleiade XXe anniversaire", c'est un robusto Dominicain excellent disponible uniquement en France, ou le CAO Brasilia samba du Nicaragua très bon aussi ! Est-ce que votre passion du cigare est partagée avec l'homme de votre vie ? ( Eh, oui ! la voilà, la question indiscrète... )

Karine:  Mais c’est déprimant comme question… ou plutôt mes réponses sont déprimantes… alors dans l’ordre : Pleiade XXe anniversaires, connais pas pfff... CAO brazil repfff, connaît pas… et pour l’homme de ma vie ben c’est lui qui ne me connaît pas ! Voilà je déprime allez hop un bon cigare pour me faire plaisir accompagné d’un thé chaud rien de mieux pour émoustiller les papilles.

Edmond: Avec une interview comme celui-ci vous allez crouler sous les demandes de mariage, je lance un appel sur le blog, " à tous les hommes cigarophiles et incompris qui en ont assez de se faire réprimander par leur femme ! " :-)) Qu'en pensez-vous Karine ? Est-il indispensable que votre prétendant soit un amateur de cigares.

Karine: Non surtout pas ce qui est intéressant dans un couple c’est ce que l’autre vous apprend, à moi de lui faire découvrir le monde du cigare et à lui de me faire découvrir………et plus encore ! Un couple réussi c’est avant tout un couple qui aime la vie et les découvertes, bon cigare, bon repas, beau paysage, bons amis, bonne musique, bon film, belle peinture etc.… Pour que j’aille une chance de me marier je suis grande aux yeux bleus et… quoi ! j’ai le droit de tricher un peu ! Bon d’accord c’est un gros mensonge.

Edmond: Très jolie pensée pour clore cette interview, eh oui tout à une fin. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir Maillefer à travers vous, votre gentillesse, votre humour et votre dérision. je vous souhaite tout le bonheur du monde, de belles découvertes cigarophiles et pourquoi pas d'autres choses. Les amateurs de cigare de Lausanne ont beaucoup de chance de vous avoir, ne changez rien. Juste une petite dernière, comment peux t- on commander des cigares chez Maillefer ? Comment procédez-vous à distance ?

Karine: Sniff c’est déjà fini .!!? mon cher Edmond sachez que vous êtes le bienvenu à Lausanne et que le café vous attend ! J’espère ne pas vous avoir déçu car j’avoue qu’il n’est pas évident de répondre à vos questions sans voir son interlocuteur ! Parler et plus simple que d’écrire… c’est typiquement féminin la parole c’est bien connu ! Un grand merci, j’ai eu grand plaisir à vous connaitre et vous remercie du fond de mon petit cœur pour votre gentillesse et votre partage, je transmets à mes clients le nom de votre blog car il est riche de bon sens et d’informations intéressantes de plus chaque fumeur de cigare et pour moi déjà un ami ! Pour les commandes, il y a toujours la possibilité d’envoi postal même si j’avoue préféré voir mes clients pour pouvoir les conseiller !

Je vous souhaite chez Edmond ainsi qu’à tous vos lecteurs… Une bonne dégustation !

À bientôt et merci

Karine Loosli.

http://www.maillefer-tabacs-lausanne.ch/

maillefertabacs@bluewin.ch

 

Aujourd'hui, 1er juillet c'est son anniversaire, chutt, je n'ai rien dit !  si l'article vous à plus, écrivez lui...

 

 

 

 

 

06:00 Écrit par Edmond Dantes dans Interview, Les bonnes civettes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |