15/04/2017

Imaginons ensemble ce qu'il adviendra du cigare dans 50 ans !

Et Le cigare, demain !

Une question qui me taraude depuis quelque temps et je ne pense pas être le seul à me la poser. Pourrions-nous envisager dans nos pires cauchemars, un monde sans cigare, du moins dans celui où nous vivons ?  Projetez- vous dans un monde dont les seuls endroits où nous pourrions exercer notre avidité au cigare, seraient non pas les paradis fiscaux, quoi que.., mais celui de paradis enfumés, un genre de Disneyworld à la gloire de la volute encensé, avec des attractions comme celle « Du triangle noir », où,  à bord d’une embarcation en forme de cig…, vous arpenterez de fausses plantations peintes au pistolet, pour enfin terminer votre périple par celles des fabriques animées de vrais torcedores (bien moins coûteux qu’un automate) et sans oublier, celle de la boutique. Des parcs à thèmes implantés et développés sur deux, trois, îles connues pour leur bienveillance en vers les amateurs. Le paradis, quoi !

cigars robot, cigars izambar

Des endroits décriés comme des lieux de perdition à toute cette humanité fumante qui ne comprend toujours pas que le tabac est un poison ! Imaginez des cohortes d’amateur réservant deux ans à l’avance leur billet, et attendre ensuite d’être tiré au sort pour passer une semaine dans un lounge cigare de 2000m², en « all inclusif ». Ça semble utopique aujourd’hui de l’imaginer, voire de le cauchemarder, mais au vu des pressions gouvernementales, organisation mondiale de la Santé ainsi que diverses associations contre le tabagisme toujours plus présent à ce jour, l’étau de la félicité du « c’est pour votre bien à tous ! » se resserre encore et encore sur nos libertés. Désolé pour ma vision apocalyptique !

Je me suis donc permis de poser la question à différents acteurs du cigare en Suisse et en France, en leur posant cette simple question.

« Comment imaginez-vous le monde du cigare dans 50 ans dans votre pire cauchemar ou dans votre plus beau rêve ?

Réponse de Jean-Charles Rios (directeur chez Gestocigars Genève )

Jean-Charles Rios_gestocigars

…dans mes pires cauchemars.

Nous vivons dans un monde qui est de plus en plus réglementé ou nos libertés reculent, et en lieu et place de la croissance. Par conséquent ce qui pourrait arriver c’est une interdiction pure et simple de fumer le cigare. Ainsi cela deviendra un délit de les importer ,de les vendre et de les fumer.  Nos vies et notre environnement seront clos, et nos désirs infinis.

…dans mes rêves

Des cigares correctement mélangés, bien fermenté bien roulés sans toute la précipitation que nous vivons depuis quelques années déjà, le fait de fumer un cigare qui a un peu de cave le rend meilleur à mon sens. De pouvoir les fumer dans la désinvolture sans cela crée un incident avec l’entourage. Comme par exemple dans les vieux films des années 70’s, ou les émissions tv avec les plateaux enfumés. « c’était, il n’y a pas si longtemps que ça ».

Réponse de Thomas Mathys ( directeur Davidoff Geneva )

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Serge Gainsbourg a dit :“ Dieu est un amateur de Havane“. Je n’ai donc aucune inquiétude pour l’avenir et il saura nous orienter dans la bonne direction. Il n’y aura pas de cauchemar mais seulement un beau rêve.

Réponse de Jean-Michel Haedrich (éditorialiste pour la revue « Club Cigare », aujourd’hui retraité).

jean michel haedrich cigare

Comment je vois le monde du cigare dans 50 ans? Je ne vois pas si loin. Dans 50 ans, je ne serai plus que cendres, à l'image du Robusto que je fume.

Soyons réalistes. Si en Europe, nous arrivent tant de puros venus du Honduras, de Saint Domingue et du Nicaragua, c'est parce que le marché américain s'essouffle. Outre-Atlantique aussi, le hobby anti-tabac grignote des parts de marché. Et nous, fumeurs de cigares, nous ne faisons pas le poids. Nous n'avons pas réussi à faire reconnaître nos différences: le cigare n'est pas la cigarette, il ne se fume pas de la même manière, il n'est pas contaminé par autant de produits chimiques…

Avec des sourires de chattes gourmande, Marie Sol Touraine (MST pour les intimes) prend modèle sur l'Australie. Elle ne se contente pas de s'attaquer aux paquets de clopes, elle veut aussi "massacrer" les boîtes de cigares. Y compris les tubes! Une mesure qui va gêner les producteurs de cigares, obligés d'acheter des machines spéciales pour enlaidir ces coffrets dont ils étaient si fiers. “Nos enfants ne doivent pas être attirés par les emballages” argumente MST. Quel argument! Je doute que soient nombreux les gamins capables de casser leurs tirelires parce qu'ils ont craqué pour les (élégantes) boîtes de Behike!

Quel impact cette mesure stupide? Je ne pense pas être une exception: j'achète généralement mes cigares à l'unité. Honnêtement, ces "attaques" ne m'inquiètent donc pas. Je suis plus préoccupé par cette nouvelle politique cubaine dont les dirigeants – obsédés par ce qu'ils croient se passer aux E.u. – veulent à tout prix anticiper la levée de l'embargo et nous proposer des Habanos "au goût américain". Je note, malgré tout, que leurs pièces traditionnelles respectent leurs normes. Je me contente d'éviter leurs nouveautés.

Alors… D'ici 50 ans? Il y a quelque 523 ans. Rodrigo de Jerez fumait tranquillement un des tisons qu'il avait rapporté de Cuba (les douaniers ne l'avaient pas contrôlé) quand sa femme, affolée par la fumée qui lui sortait du nez, appela l'Inquisition. Rodrigo en prit pour deux ans de prison! Les "anti-tabac" étaient impitoyables, en ces temps-là. Vous connaissez la suite: le cigare a fini par triompher.

Alors, si nous ne constituons qu'un microcosme, nous sommes des passionnés. Et tant qu'il se trouveront des hommes et des femmes pour cultiver les feuilles et des hommes et des femmes pour, avec amour et dextérité, rouler ces feuilles… Dans 50 ans, les Edmond Dantès seront encore légions. Légions petites en nombre, comme aujourd'hui, mais toujours actives !

Réponse de Guillaume Tesson (éditorialiste pour Cigars Journal, John Paul et organisateur du Big Smoke Paris)

guillaume tesson cigare

Dans la pénombre du hangar, Ignacio respira en fermant les yeux l’odeur lourde et miellée du tabac fermenté. Dans sa poche, une vibration sèche le tira de sa délectation. Il prit son téléphone et décrocha. La voix de son interlocuteur lui semblait encore plus lointaine que la dernière fois. Ignacio le rassura. Tout était prêt. L’expédition serait assurée comme convenu. La marque historique allait retrouver son lustre passé : les dégustateurs triés sur le volet avaient fait part de leur approbation en termes élogieux. Nouveau terroir, certes, mais savoir-faire ancestral. La même passion, au-delà des aléas climatiques et géopolitiques qui avaient tant abîmé la Terre depuis cinq décennies, la privant de 90% de ses ressources végétales. Ignacio sourit. Comme son arrière-arrière-grand-père là-bas, il était enfin, à son tour, un tabaquero reconnu. Il scanna le code-barre du premier ballot de feuilles de tabac produit par ses soins. Il sourit en lisant sur l’écran du terminal : « Ballot N°0001. Date : Février 2066. Lieu : station expérimentale B-45-11, cratère Victoria. Terroir : planète Mars. Destinataire : Manufacture Partagas, La Havane, Cuba (Terre) ».

Réponse d’Alexis Aazam (directeur à la Couronne, Nyon )

alexis aazam cigare la couronne

 

En 2050, le cigare sera devenu un vrai produit de luxe ! Interdit dans la plupart des pays saufs en Suisse et à l’île Maurice , Cuba, République Dominicaine, Nicaragua et Honduras. Le prix moyen d un robusto sera de 65.- chf et pour le super premium on sera à 1500.- chf le cigare ! Seul les grands collectionneurs seront à même de se voir inviter pour ces rares événements très exclusifs sur les terres même où sont fabriqués les cigares de prestige ! Pour les plus riches, ils pourront décider de la réalisation de leur propre blend fait des meilleurs tabacs du monde. L’univers du cigare ne connaîtra plus que 5 grands producteurs et leur marque associée ! Déguster un cigare sera considéré comme le comble du luxe et de la transgression.

Et vous !  N'hésitez pas à vous projeter dans ce futur et me conter ce que vous y avez vu...Je publierai à la suite les meilleurs histoires.

15:10 Écrit par Edmond Dantes dans Enquéte | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour à tous,

votre question est pertinente, car on imaginait il y a 50 ans que la voiture ressemblerait à une soucoupe volante....on est encore au diesel affublé de gadgets!
Si le monde occidental ne tombe pas dans l'anarchie, l'apocalypse nucléaire ou le macronisme perpétuel, je pense que le cigare existera toujours (peut-être avec des filtres :) ). L'histoire du tabac prouve qu'il a connu des ennemis et des période plus féroces.
Néanmoins, il est vrai que les aléas climatiques seront déterminants dans sa rareté et son évolution gustative. Seul Dieu en décidera...
Avec mes plus cordiales volutes;

Écrit par : THOMASSON Arnaud | 26/04/2017

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Tesson nous offre une belle page de science-fiction. Dans 50 ans, aurons-nous réussi à "coloniser" si bien Mars que nous serions capable d'élever du tabac dans quelque cratère de volcan? Mais les cratères de Mars offrent-ils les mêmes conditions que ceux de l'Équateur (où, à ma connaissance, sont produites les seules feuilles de cape)?
Mais rêvons… Du tabac venu de Mars! Ce qui expliquerait la conclusion d'Aazan: avec un tel transport, sûr que le cigare atteindrait des coûts exorbitants. Car ce n'est pas son interdiction générale - sauf (hasard?) en Suisse - qui ferait flamber les prix. Le cigare deviendrait seulement un objet de contrebande, ses qualités se feraient aléatoires (rappelez-vous l'alcool aux E.U. du temps de la prohibition) mais… La transgression ne suffit pas à métamorphoser un produit en "comble du luxe". L'usage de la coke n'est-il pas interdit? Son prix est-il inabordable pour autant? Et son usage si prestigieux. N'étant pas consommateur de cette poudre, j'avoue peut-être manquer d'objectivité.
Mais, bon, que tes lecteurs, Edmond, continuent d'alimenter le débat!
Et longue vie à Izambar.

Écrit par : Jean-Michel Haedrich | 05/05/2017

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