18/11/2016

Brève de cigare avec "Pierre Salinger"

Pierre Salinger,

Pierre Salinger, journaliste et conseiller en communication politique américain, est né le 14 juin 1925 à San Francisco et mort le 16 octobre 2004 à Cavaillon.  

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Pierre Salinger

Les cigares ont été une grande partie de ma vie. Mon habitude de fumer a commencé dans ma jeunesse, ça m'a aidé à écrire ma propre histoire, et maintenant, les cigares sont présents dans mes rêves. Même si le monde s'élève contre le tabagisme, et particulièrement contre les cigares, je pense toujours qu'ils font partie de mon quotidien et sans aucune incitation à cesser de fumer.

J’ai commencé quand j'étais jeune lorsque je suis entré dans la marine des États-Unis dans les premiers jours de la Seconde Guerre mondiale, puis quand j'ai atteint l'âge de 19 ans et que je suis devenu commandant d'un chasseur sous-marin dans l'océan Pacifique. Mais pour diriger un navire qui avait 25 marins et deux autres officiers, tous plus âgés que moi, posait un profond problème psychologique. Comment pourrais-je les convaincre que j'étais un homme d'autorité ? Même si la qualité de ces gros cigares que je fumais, était médiocre, ils ont fini par  atteindre leur but. Ils ont fait de moi, un garçon de 19 ans qui ressembler vraiment à un commandant de navire.

Quand je suis retourné à San Francisco après la guerre, je suis retourné  travailler dans un journal quotidien où j'avais travaillé brièvement avant d'entrer dans la Marine. J'ai continué à fumer mes cigares pendant que j'écrivais mes articles. Malheureusement les cigares que je fumais, étaient décidément encore très mauvais. Je me souviens qu’il y avait une femme, une merveilleuse journaliste travaillant pour le journal qui détestait cette odeur. Un jour, elle a décidé de résoudre ce problème à sa manière, en consultant quelques mateurs parmi mes collègues ouvriers pour une quête. Puis, elle m'a donné les 19,32 $ récoltés et m'a dit que c'était sa contribution pour que j’achète des cigares de meilleure qualité. Bons cigares, une meilleure odeur.

Malgré la grande générosité de mes collègues, je n'avais pas vraiment avancé dans mon apprentissage de fumer mieux, faute à ceux disponibles à cette époque, notamment les cigares en provenance de Cuba. En fait, je devrais attendre jusqu'à ce que j'aie presque 35 ans avant de commencer à travailler pour un jeune politicien américain nommé John Kennedy, qui aimait fumer de petits cigares cubains, des Petit Upmann. Travaillant avec lui, j’ai senti que je n'avais pas d'autre choix que d'améliorer ma fumée, en choisissant de fumer du Cubain. Ce que j’ai fait !

Peu de temps après mon entrée à la Maison-Blanche en 1961, une série d'événements dramatiques se sont produite. Notamment, celui d’avril 1961, lorsque les États-Unis ont subi cette terrible et désastreuse défaite, celle de la Baie des Cochons, où les exilés cubains, avec l'aide du gouvernement des États-Unis, ont tenté de renverser le gouvernement de Fidel Castro. Quelques mois plus tard, le président m'a appelé dans son bureau en début de soirée.

JFK- « Pierre, j'ai besoin d'aide, dit-il solennellement. »

PS- « Je serai heureux de faire tout ce que je peux, Monsieur le Président, répondis-je. »

JFK- « J'ai besoin de beaucoup de cigares. »

PS- « Combien, Monsieur le Président? »

JFK- «  Environ 1 000 Petit Upmanns. »

Je frémis un peu, bien que je garde ma réaction à moi-même.

PS- « Et quand en avez-vous besoin, Monsieur le Président ? »

JFK- « Demain matin ! »

Je sortis du bureau et me demandais si j'allais réussir. Mais depuis que j'étais maintenant un solide fumeur de cigares cubains, je connaissais beaucoup de magasins, et j'ai travaillé sur le problème toute la soirée.

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Salinger & Kennedy

Le lendemain matin, je suis entré dans mon bureau de la Maison-Blanche vers 8 heures du matin, la ligne directe du bureau du président était déjà en train de sonner. Il m'a demandé de venir tout de suite.

JFK- « Comment avez-vous fait Pierre ? » Demanda-t-il en passant devant la porte.

En fait, j'avais obtenu 1 200 cigares. Kennedy sourit et ouvrit son bureau. Il sortit un long papier qu'il signa immédiatement. C'était le décret interdisant tous les produits cubains d’être importé aux États-Unis. Les cigares cubains étaient maintenant devenus illégaux dans notre pays.

L'embargo compliquait ma vie. La seule fois où je pouvais obtenir quelques cigares cubains, c'était quand je voyageais à l'étranger avec le président dans des pays comme la France, l'Autriche et la Grande-Bretagne. Mais vers la fin de mai 1962, je suis allé seul à Moscou pour la première fois. Je me suis retrouvé pendant deux jours avec le président russe Nikita Khrouchtchev. Alors que notre rencontre tenait à sa fin, Khrouchtchev se tourna vers moi.

NK- « Gospodin Salinger, je vois que tu aimes beaucoup les cigares, normalement je ne le fais pas, mais hier j'ai reçu un merveilleux cadeau de Fidel Castro, et je vais te le donner. »

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Salinger à Moscou

Il a fait signe à un assistant qui a apporté immédiatement une énorme boîte en bois vernis avec le drapeau cubain incrusté sur le haut, à l'intérieur se trouvait 250  des plus beaux cigares cubains.Ma première pensée était que je ne pouvais pas les emmener aux États-Unis parce que c'était illégal.Mais le fait que je voyageais avec un passeport diplomatique spécial, je ne voyais aucun problème avec la douane des États-Unis dès mon retour.J'ai décidé alors de les ramener chez nous à la maison blanche et ainsi les partager avec le Président JFK.

Quand je suis arrivé devant le bureau ovale, le président a immédiatement voulu connaître ce qu’il retournait de mes réunions avec Khrouchtchev. A un moment de la discussion, je l'ai interrompu de manière très solennelle.   

PS- « Monsieur le Président, à Moscou j'ai commis un manquement, j'ai obtenu 250 cigares cubains de la main de Khrouchtchev. »

Le président semblait choqué.

JFK-  « Est-ce que tu as une idée du scandale que cela créera si quelqu'un découvre que tu as introduit illégalement ces cigares dans notre pays, d'autant plus que je les ai interdits ? »

PS – «  Ce n'est pas un problème, Monsieur le Président, il n'y a que trois  personnes qui connaissent l’existence de ces cigares, vous, moi et Khrouchtchev. »

JFK- «  Je veux, que ces cigares retournent auprès du chef des douanes, et que vous reveniez avec reçu, preuve que vous ne les avez pas gardé pour vous, parce que je ne vous fais pas confiance en ce qui concerne ces cigares ! »

Accablé de tristesse, je suis allé à la douane et lui ai remis. Après que le chef m'ait remis un reçu, je lui demandai ce qu'il allait faire des cigares.

- « Je vais les détruire. » dit-il sans aucun sentiment.

PS- « Oui, je sais, vous allez les détruire un par un. » dis-je en sortant de son bureau.

Il y a environ six mois, près de 30 ans après ma triste rencontre avec les douanes américaines, j'ai atterri à l'aéroport Kennedy à New York.J'ai traversé les douanes et j'ai vu un agent de douane fumer un cigare cubain Davidoff et j’ai repensé aux évènements passés, et me suis dit « Lui aussi, a évidemment détruit un lot confisqué ! »

Depuis 1968, je travaille en Europe. Donc, mon accès aux cigares cubains n'est plus un problème. Ils sont disponibles partout, même si le prix reste élevé. Mais mon apprentissage du cigare n'a pas cessé au fil des ans. Par exemple, en 1974, je suis finalement allé à Cuba où j'ai fini par rencontrer Castro. Il me tendit ce jour-là, mon premier cigare Cohiba qui, à l'époque, n'était toujours pas disponible pour le grand public.

Ainsi ces trois grands hommes, Kennedy, Khrouchtchev et Castro avaient tous la même passion pour le Havane.

 

12:22 Écrit par Edmond Dantes dans Actualités, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Quand l'afición se double d'humour… Autre leçon à tirer de ce joli texte: ne jamais tenter de faire plaisir à son "patron". Surtout quand il s'agit d'un Président. Charasse racontait que Mitterrand l'appelait chaque fois qu'il recevait un coffret de lanceros offerts par Fidel. Il lui disait "ils sont beaux, n'est-ce pas?” Mitterrand ne fumait pas… Mais il n'en offrait pas un seul à Charasse (selon ce dernier).

Écrit par : Haedrich | 18/11/2016

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