27/08/2015

Cohiba "Esplendidos"

« Un cigare est une friandise qui ne fait pas grossir ! » Une jolie citation qui résume avec volupté ces deux heures de dégustation en sa compagnie.

En effet, l’Esplendidos fait partie de nos jours, des têtes de liste des cigares d’exception et tristement un des modules les plus contrefaits au monde, celui dont les Béotiens achètent sur la plage de Punta Cana sous blister jauni à 50€ la boîte de 20, espérant les revendre à quelques fous pour le triple du prix ! Au pire c’est Tonton Lucien qui astique ces ‘Ninas Flor de Vanille’ depuis 30 ans qui en bénificiera faute d’avoir trouvé un beau pigeon !  Aujourd’hui, malheureusement ce nom emblématique d’Esplendidos sonne aussi bien et aussi vulgairement qu’une ‘Rolex’ sur les marchés asiatiques.

Oui mais…, et le cigare dans tout ça ! Il ne faudrait pas l’oublier, car en dehors de toute cette diarrhée spéculative se cache un véritable petit bijou qui ne demande qu’à exhaler votre bulle de quiétude. Comme tous les mythes, ce cigare a ses détracteurs, étrangement ce sont ceux qui ne peuvent pas se les offrir ou à plus forte raison les ont fumés sur la plage de Punta Cana, mais laissons ce bourdonnement lymphatique agoniser et prenez le temps de le découvrir, car celui-ci ne vous laissera sûrement pas insensible à tous ses charmes encenseurs.

L’Esplendidos est un format churchill, un module racé et élégant qui demande de la déférence à son appréciation. Ferme et souple à la fois, cette raideur tend habilement cette cape soyeuse et caramel aux nervures silencieuses, elle courtise avec subtilité votre nez de ses flagrances boisées et chocolatées, de cèdre, de rythmes butyriques et pâtissiers. Je note aussi un goût singulier de fleur de sel dès le mouillage avant l’incision fatale. A « Crudo », dès l’ouverture c’est une odeur manifeste de pruneau et de goût saumâtre qui préface cette dégustation.

Les premières bouffées explosent en bouche, d’une consistance tempérante cet ‘Esplendidos’ étonne dès son entrée en piste, tout semble réglé comme une véritable lecture musicale, festive et généreuse.

Dans un premier temps, je me réjouis de son élégance tant la musique résonne avec justesse. Les notes sont suaves, onctueuses et de belles complexités. Comme une authentique corne d’abondance, celle-ci délivre généreusement des parfums de sous-bois, de pruneau, d’agrume et de chicorée dont la seule ambition serait de vous faire atteindre un état sans équivoque du plaisir absolu ! Doté d’une consistance certaine, ni trop faible, ni trop corpulente, elle agrémente avec brio l’ensemble de vos papilles d’une excellente amplitude, surtout localisée sur la langue et sur l’avant du palais. En rétro-olfaction, sa bienveillance chasse rapidement ce côté plus piquant détecté en tout début de fumage. Sa persistance surprend par la tenue des résidus aromatiques qui s’étendent avec  inspiration sur des notes d’amande douce et grasse. Que dire de cette introduction ? Tout simplement magistrale et je pèse mes mots.

Sur cette seconde partie, je constate une forme de plénitude en bouche, une sensation équilibrée absente de tout désordre olfactif. Les saveurs sont devenues plus rondes, plus uniformes aussi et plus fondues  surtout. Prenez le temps de mâcher votre fumée comme celle d’un plat cuisiné, et vous l’apprécierez d’une toute autre manière. A ce stade, il est perceptible de trouver dans son évolution des saveurs plus crémeuse, d’écorce de pain, de noisette, voire même de poivron grillé légèrement épicé dans sa forme. D’une constance précise et adéquate, cet 'Esplendidos’ évolue  harmonieusement  sur une aubade passionnée.

La 3e partie prend une forme plus torréfiée, d’une intensité aromatique graduée !  Les saveurs sont toujours très plaisantes, rondes et onctueuses et un peu plus épicées. A ce niveau, après environ 1h20 de délectation, les parfums complexes se meuvent sur l’arrière du palais dans des notes plus outrancières d’écorce de pain trop cuite par exemple, mais toujours à la limite du déplaisant. Bientôt 2h, le final approche tristement et sonne le glas à ce splendide ‘Cohiba’, par la venue inexorable de saveur plus grave.

En conclusion, cet ‘Esplendidos’ m’a véritablement envoûté ! Ce cigare expressif sans être excessif dans son agrément, offre tout ce qu’un aficionado désire avant tout « Prendre son pied ! » Mais avant tout, offrez-vous du bon et du vrai et dégustez-le seul de préférence pour la première fois. Optez pour un thé Earl Grey de préférence tiède, bannissez tout autre boisson parfaitement inutile lorsque l’on est face à un cigare remarquable. Ma note de cœur 18/20.

  • Origine: tripe: Cuba, Sous-cape: Cuba, cape: Cuba
  • Format: Churchill
  • Taille: 178mm x 18mm
  • Bague: 47
  • Poids: 15,1gr
  • Année: ABR 2015
  • Prix: 45chf ( Suisse )

 

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Criant très mauvais/ de 1 à 4

Déçu sans intérêt/ de 5 à 8

Sourire bon/ de 9 à 12

Rigolant très bon/ de 13 à 16

Cool excellent/ de 17 à 20   

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10:58 Écrit par Edmond Dantes dans Cohiba, Dégustation | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Merci pour cet article qui nous mets l'eau (le cigare !!) à la bouche !
Vos dégustations sont toujours précises et votre plume me fait croire que je déguste ces volutes avec vous. Mille mercis

Écrit par : Ben | 27/08/2015

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Merci, à toi Ben ! Si j'ai réussi à te mettre en appétit, c'est que ma cuisine n'est pas si mauvaise. :-)

Écrit par : Edmond | 27/08/2015

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18/20... Très belle note mon cher Edmond :) et digne de ce splendide module. Merci

Écrit par : Jérôme | 28/08/2015

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Et quel module élégant que le churchill ! Ceux dont je me régale (exceptionnellement bien sûr because le prix mais ils n'en sont que meilleurs)): celui-ci notamment, l'Esplendido, qui porte si bien son nom et dont tu nous fais là une dégustation superbe, le Sir Winston de H Upmann, le Churchill de RyJ, puis un dominicain, le Sorcerer de Ashton VSG et un nicaraguayen, le Anno VI Julieta de Nicarao. Tous différents, tous délicieux ! Les cubains vieillissent remarquablement bien, les deux autres sont excellents avec deux/trois ans de cave.
THANKS, Edmond, ça fume !

Écrit par : Cape ! | 29/08/2015

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