01/05/2014

A. Fuente anejo n°77 ( Shark )

En septembre 1998, l'ouragan ‘Georges’ est passé au-dessus des Caraïbes provoquant un véritable chaos sur une grande partie des îles de cette région, y compris le domaine du célèbre château de la Fuente en République dominicaine, là où précisément les feuilles de cape pour le célèbre cigare ‘Fuente Opus X' sont cultivées et récoltées . Deux ans plus tard, cette destruction a entraîné une pénurie de feuille pour les ‘Fuente Opus X' . Mais plutôt que de mettre un terme à cette production, Carlos Fuente Jr a simplement ordonné l'utilisation d’une nouvelle enveloppe bien différente, une dicotylédone Connecticut âgé. Une fois de plus, la famille Fuente triomphe de la tragédie et donne naissance aux ‘Arturo Fuente Añejo'. L'un des cigares les plus rares au monde, le cigare Añejo est roulé avec les meilleures feuilles de tabac dominicain du château de la Fuente, à cela s’ajoute une cape Connecticut de 5 ans vieilli dans des fûts de Cognac. Cette fusion singulière, riche , épicé et fumée, légèrement sucré donne une saveur très particulière à cette ligne. Généralement disponible pour la période de Noël, ce cigare est l'un des cigares les plus exclusifs au monde . Bien que cette ligne comporte plusieurs tailles différentes, l’une des formes la plus emblématique n'est que le ‘n° 77’ ou ‘Shark' comme il est le plus communément appelé. Le ‘Shark’ ( Requin ) est la première forme de cigare torpedo jamais roulé qui s’évase progressivement d'une forme conique arrondie ( la tête ) vers un corps carré ( le pied ). Voici pour la petite préface dithyrambique de cette dégustation, une bien belle histoire vous ne trouvez pas ?

Olfactivement gourmand ! Résume bien les balbutiements de ce prologue pâtissier où notes de chocolat noir et d’arabica colorent les sens, envoûtent suavement et  insidieusement  votre nez. Un parfum des plus perfides qui ne laisse pas indifférent, dépeint par une cape mate de couleur fève de cacao sur un corps ferme et pesant. ( 19,2 grammes, 3 de plus qu’un Siglo VI pour environ la même taille ! )

 A cru, les saveurs déconcertent par tant de rondeur et de suavité ! Après quelques minutes à chercher au plus profond de mes souvenirs,  je reconnais ce goût ! Mais impossible de mettre un nom dessus. En l’associant à autre chose pour activer ma mémoire olfactive, comme par exemple un souvenir de fête, je pense à  ‘foie gras’, ce qui m’amène sur de la confiture, eh oui ! c’est de la figue, c’est bien cela !! Vraiment étonnant et rare comme perception, est-ce cet affinage des feuilles en fût de cognac qui caractérise ces flagrances si singulières ? Surement. Je ne sais quoi penser de cet aspect, limite nauséeux. Un goût  vraiment étrange et trop présent pour un cigare.

À l’allumage, les premiers instants procurent une onctuosité d’une intensité aromatique moyennement soutenu, légèrement poivré dans sa longueur. L’ensemble harmonieux présente une légère amertume provenant des notes de cacao, relevé d’une pointe de sucré reconnu dans ma première analyse. Rappel de la figue, très peu perceptible et équilibré qui permet de ne pas le confondre avec une vulgaire friandise où le sirupeux l’emporterait, c’est bien ce que je pouvais redouter au départ. Mais finalement non ! Les saveurs dans ce premier temps exaltent habilement des arômes bien discernables, avec la sensation agréable à déguster un plat justement assaisonné.

Sur ce second temps, faut-il déplorer cette orientation plus terreuse, et moins onctueuse quand première partie ? Un tantinet asséchant et moins rond, je trouve. Ou notes primaires de tourbe, de cacao et de café, reflètent un tempérament plus intense et doux à la fois comme le ferait un moteur 6 cylindres, confortable et puissant. Rien ne vient troubler cette conduite assistée ! La combustion lente et précise déroule une partition mesurée, sans hiatus qui dépassionne quelque peu cette dégustation. Je ne le considère en aucun cas, comme mauvais, loin de là ! C’est juste que je le trouve trop attendu, il lui manque ce panache détecté et apprécié dans sa genèse. Malgré toute la musique déploie une forme de conformisme rassurant, très bien instrumentée par le travail des maîtres mélangeurs dont je ne peux que féliciter cet assemblage.

Pour la 3e partie, je la qualifierai simplement d’une confirmation des saveurs, endémiques à la seconde partie. Un final stabilisé, sans âcreté dont puissance et corpulence prodiguent avec brio des notes torréfiées, de briochées et de fumés.

En conclusion cette psychanalyse cigaristique peut sembler indécise et tiraillée. Entre volontés de suivre un verdict élogieux consenti et un ressenti personnel le plus critique possible. Un exercice toujours périlleux de se concentrer sur le goût et uniquement le goût en essayant d’occulter la ferveur de certains amateurs pour ce cigare ‘rare et exclusif’ !                                   

Ma note de cœur 15/20, pour un cigare paradoxalement et subjectivement très bon. Bref, essayez-le sans vous torturer comme je l'ai fait.      

  • Origine:tripe : Dom. Ch de la Fuente, Sous-cape: Dom. Ch de la Fuente, cape: Connecticut Broadleaf
  • Format: patte d'éléphant/ figurado 
  • Taille: 147 mm x 20/22 mm
  • Bague: 50/56
  • Prix Suisse: 19€ ( La Couronne à Nyon )

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Criant très mauvais/ de 1 à 4

Déçu sans intérêt/ de 5 à 8

Sourire bon/ de 9 à 12

Rigolant très bon/ de 13 à 16

Cool excellent/ de 17 à 20     

11:01 Écrit par Edmond Dantes dans Arturo Fuente, Dégustation | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

"Bref, essayez-le sans vous torturer comme je l'ai fait"

J'adore la conclusion, et c'est bien ce que j'avais prévu de toutes façons :)

PS : Cigare-thé ?

Écrit par : Bambanne | 01/05/2014

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