11/12/2013

Cuba ( épisode 6 )

En effet, cela fait quelques mois que l’inspiration et surtout le manque de temps n’oeuvrait pas en ma faveur. Les jours, les semaines, les mois défilent...8 mois déjà !
Mais tout de même, réussir à puiser dans ses souvenirs toujours intactes est une évasion réconfortante qui réchauffe le cœur. Voici ma petite brève de Cuba, ( suite de l’épisode 5 ).

 

Après avoir pris le temps de me rendre à la banque pour retirer quelques espèces pour notre taxi, ainsi qu’en prévision de diverses dépenses que nous aurons sûrement dans la journée. Je m’aperçois, arrivé devant le guichet que le seul bureau de change du village connaît une panne informatique ce matin !! Bref, on oublie… Nous verrons cela plus tard à Pinar.

De retour à la casa deux individus nous attendent déjà,  plutôt  décontractés, assis sur un banc. Un peu étonné ! Je comprends que « Dent  d’or » vu la veille n’est pas venu seul aujourd’hui ! A mon approche, celui que je qualifierais de rabatteur au sourire fallacieux  se lève prestement, pour me présenter son ami le taxi, un type d’une trentaine d’années  au physique endomorphe le visage souriant et plus affable, moins hypocrite que l’autre, répondant au doux sobriquet de « Papo le taxi »

 Avant de partir, je m’assure que nous nous sommes bien compris sur l’itinéraire à suivre ainsi que le prix négocié entre nous. Le parcours se résume tout simplement : départ Vinales, Pinard del Rio, la « finca Alejandro Robaina » et d’une visite de fabrique d’humidor connu dans la région, adresse  trouvée dans l’Havanoscope, puis retour à la maison en fin d’après-midi.

Une fois installées, moi devant, madame derrière dans ce cercueil roulant ! D’où rien n’indique précisément que nous sommes bel et bien dans un taxi ! Oubliez le taxi parisien avec ses petites lampes sur le toit, tel que vous le connaissez. Une fois monté dans ces engins, vous regrettez déjà d’être monté en priant « Qu’il ne nous arrive rien ! »

Après de brèves présentations, « Papo, los gafas de sol en la nariz » ( lunette de soleil sur le nez) enquille la première dans un bruit inquiétant de musicalité ! Le chapelet accroché au rétroviseur, la petite peluche et le petit sapin virevoltent en cœur sur le rétroviseur, accompagnés un peu plus bas par les mouvements sporadiques d’une écrevisse grotesque en plastique rouge ventousée sur le tableau de bord.

Bref, tous ces objets innocents et familiers permettent d’apaiser un peu mes craintes.

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Notre première destination ‘Pinar del Rio' capitale de la province du même nom, est une ville de 150 000 âmes. Elle se situe à environ 45 minutes de Vinales, une route longue et sinueuse qui offre une succession de paysages et de véhicules hétéroclites. De nombreuses habitations bordent ces routes de campagne, certaines tellement isolées ne possèdent ni réseau électrique, ni eau potable à ce jour. Nous croisons en bordure de route des enfants en uniforme rouge et blanc sur le chemin de l’école, une multitude de gens à pieds, à vélo, à moto, de la charrette à pneus tirée par un cheval pour maxi 2 personnes au camion tôlé modifié pour en accueillir une vingtaine. Tous les moyens sont bons pour relier la campagne à la ville. Eh oui, voyez-vous, ici le covoiturage a toujours existé ! Un flot incessant qui produit à vue d’œil à l’approche de Pinar, un flux sanguin fait d’une multitude d’individus pressés de rejoindre le centre.

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Papo, depuis notre départ semble préoccupé, souvent à converser sur son téléphone portable qui suscite quelques curiosités ! Nous comprenons par ses explications que sa petite fille est malade depuis la veille, rien de très grave juste un peu de fièvre ! Mais ici une simple gastro ne doit pas être prise à légère. Papo, pas avare de commentaires, nous rassure sur son état, malgré son inquiétude.

 Afin de faciliter notre journée, Papo a pris l’initiative de prendre rendez-vous sur le chemin avec un de ses amis, un étudiant français de l’université de Pinar. En effet, quelques minutes plus tard nous nous arrêtons à proximité d’un arrêt d’autobus bondé du centre-ville. Là, un jeune homme d’environ 25 ans fait irruption, un grand black, sportif, le visage balafré, lunette de soleil sur la tête,  vient à notre rencontre nous saluer, puis monte à l’arrière du taxi, prenant place au côté de ma femme. À cet instant, pour être honnête avec vous, je ne me sens pas trop à mon aise, un peu contrarié par cet événement. Avec des explications dans un français approximatif, je devine qu’il se nomme Michel, qu’il étudie dans cette grande université, et bien justement celle que nous venons de dépasser sur notre droite ! Désolé d’être suspicieux, mais nous ne sommes pas en période de vacances scolaires, ici. Que fait-il dehors à cette heure ? C’est quoi encore ce plan. Tous les scénarios les plus obscurs me traversent l’esprit, mais je prends sur moi encore une fois ! 

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Maintenant nous devons impérativement retirer du cash pour bien commencer cette journée. Avec prévenance, Michel nous indique et nous accompagne prestement dans un bureau de change moins congestionné du centre afin de nous éviter une interminable attente sur le trottoir d’en face ! Eh, oui à Cuba « Hacer la cola » fait partie du folklore Cubain. Au guichet, munissez-vous bien de votre passeport et de votre carte bancaire pour faire votre retrait. Petit détail, avec la ‘Mastercard' vous ne pouvez pas retirer d’argent dans les retraits automatiques à l’extérieur de certaines banques, seule la ‘VISA’ peut le permettre. Mastercard=Guichet, sachez-le !

Petite précaution à prendre avant de quitter la ville, c’est le passage obligé dans une station "Oro negro", distributeurs d’essence Cubain largement représentés d’Est en Ouest de l’île sauf dans les endroits isolés, bien entendu.

 Sachez que ‘Cuba' possède une production pétrolière estimée à 9 milliards de barils par an, voire beaucoup plus si les réserves océaniques sont un jour exploitées par des investisseurs étrangers, qui porterait sa production à 20 milliards de barils par an ! Aujourd’hui, elle suffit largement à alimenter toutes ses antiquités. Une autonomie très appréciable de nos jours pour un pays isolé comme Cuba ! Bref après cette petite parenthèse, reprenons le fil de l’histoire.

Afin de gagner leur affection, et ainsi mieux les connaitre, j’invite nos deux compères Papo et Michel à boire un mojito dans un bar de Pinar. Quelques instants plus tard, sur les indications de Michel, nous nous arrêtons à proximité de la gare routière, à proximité d’un petit troquet bien connu de nos deux amis d’un jour.

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Papo !

L’extérieur anodin, l’intérieur ressemble plus à une paillote qu’un estaminet, muni d’un sol en opus incertum, d’un plafond fait de planches grossières et vernis, faussement soutenu par des poutres rondes décoratives en bois de même acabit, sur un podium dans le fond, un comptoir rudimentaire fait face et domine quelques petites tables éparses ainsi qu’une statue posthume à la gloire du chanteur cubain Polo Montanez, légende Cubaine morte trop tôt d’un accident de voiture en 2002. Après avoir pris place tous les quatre, Michel habitué du lieu, se charge de nous commander les mojitos ! L’ambiance est à la détente, nous apprécions ce petit aparté qui permet de mieux nous connaître. En effet, mes craintes s’estompent au fil de la discussion. Michel nous explique que les étudiants en université doivent pratiquer les langues dont le français, c’est très important pour eux de marquer des points pour leur diplôme de fin de session d’où la nécessité pour eux de rencontrer des étrangers comme nous ! D’ailleurs, l’instant d’après, un ami de Michel fait son entrée accompagné d’un couple de touristes Suisses résidant sur Vevey au bord du Léman.

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Michel !

Dans un débat improvisé sur nos différences, Papo comprend difficilement la vie que nous menons en France, très très loin de son quotidien. Tant bien que mal, nous essayons de lui expliquer ! Beaucoup de Cubains, fantasment sur nos vies, nos vies d’opulences ! Un bref calcul sur un morceau de papier, salaire, impôt, charges etc. lui apporte un avant-goût à Papo. Les yeux écarquillés, ils comprennent difficilement qu’un loyer puisse atteindre 600€  dans certaines régions et même plus sur Paris, ce qui fait environ 750cuc localement.

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Qu’un mojito comme celui-ci coûte 10€ dans un bar branché de la capitale contre 2,5€ à Pinar. Je le rappelle encore une fois, le salaire moyen à Cuba est de 25cuc/ 20€ pour la majeure partie des habitants.

Après ce petit moment de convivialité, je mentionne à Papo, un endroit où j’aimerais bien me rendre maintenant ? Le Havanoscope en main, je lui fais part d’une adresse, celle d’une fabrique d’humidor non loin d’ici !

Les consommations réglées, nous voilà repartis et bien décidés à remplir cette journée, n’oublions pas que nous sommes sur Vinales que 3 jours ! Pas question de perdre notre temps.

15 minutes plus tard à l’autre bout de la ville, nous arrivons non loin de la rue mentionnée par l’ADC ! Les petites ruelles se succèdent, s’enchevêtrent les unes aux autres, les nids de poules assassins ne sont qu’euphémisme, trous de mortier seraient plus justes ! Le tout dans un nuage de poussière blanche qui macule tout sur notre passage! On se croirait à Kaboul, Michel perplexe semble désorienté lui aussi, nous stoppons un instant la voiture pour questionner quelques badauds perchés sur un petit muret à siroter une ‘bibina’. Je comprends à leur signe de main que nous y sommes presque. La voiture tangue de nouveau de droite à gauche sur environ 200 mètres, nous stoppons incrédules le véhicule. Nous y sommes, me dit Michel, c’est ici ! Disons que c’était là ! C’est ce vieux bâtiment qui a plus l’air d’une ruine sur notre gauche, un habitant nous confirme que c’était effectivement bien là, mais cette fabrique a cessé toute activité depuis maintenant 2 ans déjà !

Merci l’ADC pour la visite des bas-fonds de Pinar. J’ai bien cru un moment que nous allions subir une embuscade, et nous retrouver en slip un sac sur la tête au milieu de la rue. 

Mon deuxième souhait ; visitez la plantation d’Alejandro Robaina. Oui, mais ! Michel et Papo après moult argumentations, réussissent malgré nous, à me convaincre de nous emmener dans une finca plus proche dont le nom après 8 mois m’échappe complètement, celle-ci moins fréquentée par les touristes, tout aussi passionnante et surtout meilleur marché. Un peu amer tout de même et après 20 minutes de route, nous atteignons enfin l’endroit. Cette finca censée être une des plus grandes plantations de la région, n’est représentée que par deux modestes bâtiments. À droite une casa de tabacco traditionnelle (Maison de séchage) et à gauche un long plein pied en dur aux allures d’élevage porcin, aucune indication, aucun nom sur l’une et l’autre pour confirmer du lieu. Encore une anomalie « pinarienne » qui promet de beaux instants ! Prévenu par Michel de notre arrivée, celui qui semble être le responsable des lieux vient prestement à notre rencontre pour nous saluer cordialement et nous invite dans la foulée à le suivre dans la casa de tabacco, bien docile nous le suivons sans rechigner. Je précise que nous sommes les deux seuls français dans ce coin du bout de Cuba. Eh ouais, ça sent pas très bon les amis !
Une fois dans cette maison de séchage, dans laquelle finissent de sécher des milliers de feuilles, dans la pénombre, dans le fond nous commençons doucement à distinguer un second individu chapeau vissé sur la tête et veste bleue d’usage, absorbé devant une petite table, cavette en main nous faisant face, devant un bel assortiment de cigares, Cohiba, H. Upmann, Montecristo bien en évidence !
Après une petite démonstration de roulage qu’il exécute parfaitement, suivi d’une visite en dix minutes des plantations en anglais pour commencer, puis en français grâce un troisième individu qui nous rejoint finalement avec un peu de retard. Une visite « éclair » pas vraiment plus claire, beaucoup de contre-vérités et d’âneries dans des explications souvent évasives pour touristes lambda !

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 Après cette brève perquisition des lieux, nous sommes de nouveau conviés dans ce que nous appellerons la ‘grange’, là nous nous retrouvons face à ces fameux cigares de contrebande, bien entourés de Papo, Michel et des trois autres cubains. Nous comprenons que trop tardivement notre situation que je qualifierai d’inconfortable. Avec tact et sans violence verbale, je fais comprendre à mes interlocuteurs que cela ne m’intéresse pas. L’excuse bidon que je trouve, est d’en avoir trop acheté à la Havane et au vu des quotas autorisés, ‘no es posible !’. Mais par gentillesse, je ne suis pas contre l’idée d’en prendre quelques-uns pour les fumer pendant notre séjour. Vu ma position, je ne pouvais faire autrement, bien entendu tous ces cigares sont faux, d’ailleurs de très belles contre- façon plus vraie que nature ! À s’y méprendre.

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 Mais ce n’est pas terminé, l’un d'eux me fait une offre pour 100 cigares au choix au prix de 6€ pièce, le Cohiba robusto, Esplendidos et 898 partagas ! Je préfère clôturer gentiment cette discussion, après tout de même avoir conclu l’achat de dix cigares pour 50cuc ! Nous ressortons à l’air libre, afin de rejoindre notre voiture d’un pas tranquille un faux Esplendidos incendié entre mes lèvres.

 Les trois types nous suivent silencieux, déçu de ne pas avoir fait affaire avec nous. Impossible de connaitre leur pensée à ce moment précis, nous les saluons, mais leur triste figure en dit long. À cet instant le petit dernier avec son chapeau ne compte pas en rester là, il revient vers nous dans une dernière offensive, semble-t-il ? Eh oui, vous l’aurez deviné, le cours du cigare a encore chuté brutalement…

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Avec plus de fermeté, je décide de mettre un terme définitivement à cette controverse, méthode plus risquée, mais ça marche ! Soulagé de foutre le camp d’ici et de reprendre le fil de notre expédition, nous prenons la poudre d’escampette à bord de notre taxi. Un conseil, évitez de vous aventurer dans ce genre de galère, soyez toujours vigilant, ferme et respectueux. Inutile de scander que leurs cigares sont faux, vous ne feriez qu’envenimer la situation. Malgré les mises en garde, le risque de se trouver au mauvais endroit comme nous, peut toujours vous arriver. Tous les cigares de marque provenant du catalogue officiel Habano vendus dans la rue ou ailleurs des ‘casa del Habano' sont à 99% faux ! Même si le vendeur essaye de vous compter une histoire des plus crédibles, qu’il connaît beaucoup de monde au sein des fabriques ou que lui-même a ses entrées, là où personne ne peut entrer. Sachez que ses cigares sont tout à fait fumables pour certains, mais non rien à voir avec la Liga mise au point pour un Montecristo, un Partagas ou un Cohiba, etc… À choisir, préférez un cigare non bagué que vous paierez 2 cuc chez un paysan, il sera tout aussi bon. Dîtes- vous bien, qu’un faux est toujours bien trop cher ! Même à 6 cuc. C’est un véritable cadeau empoisonné que vous offrirez à un membre de votre famille, un ami à votre retour en France.

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Faux Esplendidos !

 

09:44 Écrit par Edmond Dantes dans Voyage Cuba 2013 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Cool la suite de ton périple ! Toujours aussi passionnant et on sent bien le vécu dans cette situation de vente forcée. Vivement la suite et merci de partager tout ça avec nous.

Écrit par : Em | 11/12/2013

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Très bonne narration, je me retrouve 15 ans en arrière en lisant ton périple!

Écrit par : marc | 13/12/2013

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Mon cher Edmond,
J'apprécie , j'aime , cette note critique , parfaitement , judicieusement diffusée , ne t'arrête pas , régale nous !!

Amitiés.

Écrit par : Thierry | 13/12/2013

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