20/03/2013

Qu'est ce qu'un cigare ?

Qu'est-ce qu'un cigare ? à ceux qui ne connaissent rien à la fabrication de ce précieux objet voilà en quelques lignes les principes fondamentaux d'organisation d'un cigare : le cigare est constitué d'un assemblage de 5 feuilles de tabac, en partant du centre vers l'extérieur, on trouve les 3 premières feuilles la " ligero, la seco, la volado" qui compose la tripe du cigare, celle-ci enveloppée dans une 4e feuille la "sous-cape" plus communément appelé la "poupée", ces quatre feuilles seront roulées ensuite dans la dernière la 5e feuilles, appelé la "cape" très faible en saveurs, son influence sera plus de l'ordre de l'esthétique que du goût. Pour faire simple, les saveurs tant appréciées par des millions d'amateurs se trouvent vous l'aurez deviné au coeur du cigare, précisément par les 3 premières feuilles, cette quintessence composée de 1) la ligero apportera de la puissance, 2) la seco donnera de l'aromaticité et 3) la volado de la combustibilité. Tout comme un champagne celui-ci est aussi élaboré à partir de trois cépages: le pinot noir, le pinot meunier et le chardonnay qui auront à leur tour un rôle précis à jouer, chaque année les maitres de chai auront cette lourde tâche d'élaborer ce breuvage. Cette analogie avec le champagne est intéressante et plus proche de celle du vin, si souvent comparée ! à mon humble avis.
 
Pour ceux qui découvre avec intérêt mes élucubrations de cigarophile !, je les entends d'ici " pourquoi 3 feuilles ? Du tabac c'est du tabac... ! une feuille est une feuille...!" Eh bien non !, les feuilles ne sont pas toutes les mêmes, prenons la ligero, cette feuille se trouve vers les étages supérieurs du plant de tabac, elle est plus grasse que les autres et plus chargée en nicotine dû à un rayonnement solaire plus important, elle nous donne une feuille plus forte. Ensuite vient la seco à l'ombre de la ligero, moyennement grasse et beaucoup plus légère en nicotine, elle apporte le goût, pour finir la volado plus près du sol donne de la combustibilité à l'ensemble, celle-ci et plus souvent à l'ombre des deux autres, elle ne comporte aucune graisse et surtout aucune nicotine ! 
Chaque cigare dans sa complexité aura un différent pourcentage de chacune de ces 3 feuilles, exemple un cigare corsé peut avoir ( ligero 50%, seco 35%, volado 15%) et pour un cigare plus aromatique est plus doux ( ligero 20%, seco 65%, volado 15%%) pour compliquer un peu les choses, il faut savoir que l'on peut intervenir sur chacune de ses feuilles par des temps de fermentation, de vieillissements différents, plus long, plus court, un peu comme l'assemblage d'un champagne comprenant plusieurs millésimes.
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Ces 3 feuilles sont indissociables, une fois le cigare conçu, un report bien mérité et parfois nécessaire, voire primordial pour les fins connaisseurs afin que tous les arômes fusionnent, s'équilibrent dans le temps, un vieillissement est préconisé qui peut varier d'une année à 5 ans en général, voire plus parfois, on peut aussi mélanger la provenance des tabacs de différents pays, une cape du Connecticut USA, une sous-cape du Honduras et une tripe du Nicaragua, why not ?, il s'agit le plus souvent de " blend " dans le jargon cigarophile. À l'inverse le terme de " Puro" signifie que toutes ses feuilles sont produites au même endroit, dans le même pays, cette appellation rejoint celle des fromages français " une similitude pour le moins original, prenez le reblochon fermier et laitier ", le "fermier" est un puro = le lait d'un seul élevage et le "laitier" est un blend = le lait de plusieurs producteurs ! Un autre facteur de fabrication qui nous informe de la qualité de fabrication, par ces inscriptions suivantes que l'on retrouve sur les boîtes, la première "totalement à mano" indique que toutes les étapes de confection sont réalisé à la main, la deuxième " Hecho à Mano" indique que seule la cape est posée à la main, la tripe et la sous-cape sont mécanisées, la troisième " Maquina" signifie un cigare entièrement industriel, souvent la confusion règne entre la 1er et 2e ? Soyez vigilant lors de vos achats, le totalement a Mano et l'hecho à Mano sont deux choses bien différentes !

Chaque marque de cigare tout comme des chefs cuisinier applique leurs propres recettes, toujours gardé jalousement au secret et même dans les bouquins les plus complets tout n'est pas divulguée ! un dernier petit exemple, spécifique à celui de la marque "CAIN" ( cigare du Nicaragua), leur singularité est d'utiliser pour la tripe, 3 feuilles de ligero ! eh oui tout est possible, avec des fermentations beaucoup plus longues, les feuilles perdent de leur force pour que celui-ci soit consommable, sans un traitement particulier nous serions face à un "shoot de nicotine" qui vous attribuerez direct un uppercut, suivit d'un KO !
Juste pour vous dire, qu'un cigare n'est pas juste un vulgaire rouleau de feuilles séchées destinées à vous enfumer d'une nauséabonde odeur ! Le cigare a toujours une histoire à nous conter, et il faut du temps pour apprendre à l'apprécier, le humer et le déguster, le respecter, à ceux qui l'intransigeance fait foi et qui ne supportent pas la moindre volute de fuméej'espère vous avoir intrigué et que votre regard sur le cigare sera plus tolérant.
 
La toute première fois n'est pas toujours concluant ! Prenez une bière, la toute première fois, à l'âge de 12 ans je trouvais cette boisson infecte, sans sucre et pleine d'amertume, habitué au sirop de grenadine, je ne comprenais pas les adultes dont mon père, se délectait de cette fameuse "pression" ! Et pourtant des années plus tard mon égard à ce sujet a bien changées. Donc soyez patient, allez de découverte en découverte, goûtez de tout pour éduquer vos papilles, même les plus mauvais participent tout autant à cet apprentissage.    
J'espère vous avoir un peu éclairé sur la question pour ceux qui ont cette envie et qui n'osent pas franchir les portes de la civette au coin de leur rue !

 

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06:00 Écrit par Edmond Dantes dans Fabrication | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Bel article ! Tu as beaucoup d'inspiration mon ami , bravo ! Je me retrouve dans ta façon de pensé à propos de la mémoire des saveurs.

Écrit par : EM | 09/06/2012

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Avant ton départ pour Cuba… Bravo pour ton exposé. Une petite précision: tu oublies que certains cigares - les Behike étant l'exemple à la fois le plus spectaculaire et le plus récent - ont plus de trois feuilles de tripe (4, pour les Behike, grâce à l'apport d'une feuille de Medio tiempo, feuilles de haut de plant). Une "innovation" qui serait en fait un retour à certaines sources. Bien avant la "Révolution", des cigariers cubains utilisaient cette quatrième feuille, paraît-il.
Quant à la référence "puro"… Le mot a été lancé par les Espagnols et, traitant du cigare, elle n'était pas aussi précise que tu l'affirmes. "Puro" signifiait avant tout un cigare "fait main". À la rigueur dont les feuilles provenaient non d'un même producteur, mais d'un même pays.
Cela dit… Bon voyage et bonnes dégustations.

Écrit par : Jean-Michel Haedrich | 21/03/2013

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Ah! Encore une petite précision. C'est vrai, la cape - moins d'une demi feuille en réalité et une feuille des plus fines - ne devrait avoir qu'un rôle gustatif secondaire. Mais - magie du cigare - une "grande cape" (grasse, huileuse) "booste" le cigare. Maya Selva, assez joliment, dit que la cape est le sel d'un cigare. Elle n'a pas tort. J'ai eu la chance de savourer, récemment, quelques Habanos "classiques" (un 8-9-8 de Partagás) habillés de capes exceptionnelles… Crois-moi, ça change! Tu pourras peut-être le vérifier - s'ils sont déjà en vente à Cuba - avec les "Lusitanias Reserve"…

Écrit par : Jean-Michel Haedrich | 21/03/2013

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Nonobstant mon pseudo, pas de bon cigare sans bonne cape, assurément !

Écrit par : Cape ! | 21/03/2013

Merci Jean Michel pour tes interventions, il faut reconnaître que la règle de la feuille de cape insipide dont la seule veritable nature était d'habiller nos cigares est de plus en plus discutable. Si tu as goûté le puro d'oro de Davidoff, avec cette nouvelle cape Yamasa dont la singularité est d'être piquante et beaucoup plus épaisse qu'une cape 'ordinaire' ou bien le goût sucré de certaine cape de Sumatra, éffectivement et obligatoirement elle intervient dans le goût ! La shade Connecticut par contre est relativement neutre et fine, à la différence de la Broadleaf maduro du Nicaragua. Je suis tout à fait d'accord avec toi sur ce point.

Écrit par : Edmond | 21/03/2013

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eh oui ! aujourd'hui il y a des exceptions et beaucoup de créativité chez certains fabricants, la règle des trois feuilles de tripes n'est pas toujours respecté, mais reste le mètre étalon du cigare. Certains compte 5 feuilles de tripe pour le Behike d'autres 9 feuilles de tripe pour les opus X d'Arturo Fuente !

Écrit par : Edmond | 21/03/2013

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